Huitième-de-finaliste de Roland-Garros pour la première fois de sa jeune carrière, Félix Auger-Aliassime s'est imposé en habitué des deuxièmes semaines de Grand Chelem. C'était la quatrième fois consécutive qu'il y était présent. Surtout, vaincu en cinq sets par Rafael Nadal, il a de nouveau prouvé sa capacité à pousser le gratin mondial dans ses ultimes retranchements. De quoi pouvoir légitimement espérer faire tomber une tête couronnée à Wimbledon, terre - ou plutôt gazon - de sa révélation en Majeur l’an passé.

 

Pour atteindre les sommets, il faut procéder par paliers. Plus on se rapproche de la pointe de l’Everest, plus l'oxygène devient difficile à trouver. Félix Auger-Aliassime grimpe à son rythme. L’un des plus rapides actuellement. A 21 ans, 9e mondial, il ne voit qu’un seul joueur plus jeune le devancer au classement, Carlos Alcaraz, 19 printemps et 6e. Depuis le début de la saison, le Canadien ne cesse de se rapprocher d’un nouveau cap pour poursuivre son ascension : faire tomber l’un des colosses du circuit à son meilleur niveau lors d’une compétition de premier plan. S’il a trouvé les prises et la voie à suivre, il n’est pas encore parvenu à se hisser assez haut pour le faire.

Open d’Australie, Masters 1000 de Rome, Roland-Garros. Ces trois tournois ont un point commun pour Félix Auger-Aliassime. Ses parcours y ont pris fin face aux trois seuls hommes titrés en Grand Chelem depuis le sacre de Dominic Thiem à l’US Open en 2020, en les poussant dans leurs derniers retranchements. En quart de finale à Melbourne, le natif de Montréal a forcé Daniil Medvedev à jouer son tout meilleur tennis lors d’un duel épique de cinq manches et 4h42. “Il (Félix Auger-Aliassime jouait à un niveau fou, avait commenté le Russe après la rencontre. Je ne l’avais jamais vu aussi bien jouer, même si je n’ai évidemment pas vu chacun de ses matchs. C’était irréel.

Nadal, Medvedev et Djokovic poussé dans leurs retranchements

Dans la foulée, il a confirmé avec un premier titre en simple sur le circuit principal, lors de l’ATP 500 de Rotterdam, et une finale à Marseille. Puis, deux mois plus tard, l’occasion de se mesurer à une montagne s’est à nouveau présentée. En quarts de finale des Internationaux d’Italie, il a défié Novak Djokovic pour la première fois de sa carrière. Comme sur le dur de la Rod Laver Arena face à Medvedev, il a été capable de répéter les avalanches de coups puissants mariés, bien plus souvent pour le meilleur que pour le pire, à une prise de balle précoce. Bien que battu - 7/5 7/6 -, il a poussé le Serbe à se montrer sous son plus beau jour.

Je pense que c’était du tennis de haut niveau, a analysé celui qui était alors numéro 1 mondial. C’est (Félix Auger-Aliassime) un joueur vraiment très complet. Il m’a poussé à élever mon niveau.” Deux semaines après cette performance, le Québécois en a réussi une encore plus ébouriffante en tentant de gravir ce qui est considéré comme le mont le plus risqué du tennis : Rafael Nadal par la face Roland-Garros. Impressionnant aussi bien défensivement qu’offensivement tout en étant animé par la volonté d’imposer son rythme et d’avancer - 54 montées au filet sur les 287 points de l’empoignade, soit 18,9 % -, il a frôlé un exploit. Et en a accompli un autre.

“Si vous n’arrivez pas à faire reculer Félix, c’est très difficile de le contrôler” - Rafael Nadal

Alors qu’il s’agissait du 112e match et de la 109e victoire du pape de la terre battue pour sa 18e participation à la grand-messe parisienne, Auger-Aliassime est devenu le troisième joueur, seulement, à l’emmener au cinquième set. Avant lui, seuls John Isner en 2011 et Novak Djokovic deux ans plus tard y étaient parvenus. Mais, comme eux, il a perdu l’ultime round. Défaite 3/6 6/3 6/2 3/6 6/3 en 4h21. “Félix joue de mieux en mieux, a observé l’homme aux 22 titres du Grand chelem après la baston. Si vous n’arrivez pas à le faire reculer, c’est très difficile de le contrôler, il est très agressif. Il a un énorme service et est très fort avec son coup droit sur le premier coup qui suit.

Capable d’être plus qu’un caillou dans la chaussure des plus grosses pointures, le protégé de Frédéric Fontang et Toni Nadal a, pour le moment, manqué du petit plus pour les faire tomber dans les grands rendez-vous. “Le travail est quotidien, il faut sans cesse essayer de devenir un meilleur joueur, chaque jour à l’entraînement, a-t-il expliqué à Paris. Je sais que j’ai des très bonnes frappes, mais elles peuvent encore être plus précises, plus puissantes, plus régulières. Mais c’est bien de jouer ces batailles de 4h sur ces grands courts, ça permet de se tester mentalement, physiquement, et d’apprendre. Il faut vivre ces situations difficiles pour finir par trouver une solution.

Rester constant à haute intensité pour franchir un nouveau cap

Par moments, même si lui (Rafael Nadal) a élevé son niveau, j’ai eu quelques baisses, physiquement, mentalement, et j’ai perdu mes intentions de jeu, a-t-il poursuivi. Pour moi, le but est de maintenir mon intensité à un très haut niveau sur toute la durée d’une partie, y compris en cinq sets. Ça demande beaucoup d’efforts, beaucoup de concentration, mais je pense que je suis sur la bonne voie.” Ferrailler aussi régulièrement avec ce qui se fait de mieux au monde en les amenant à être à 100 % est souvent gage de promesse. Ce n’est sans doute plus qu’une question de temps - souhaitons-lui - avant qu’Auger-Aliassime ne franchisse le pas en les faisant trébucher sur une grande scène. Et pourquoi pas dès juillet.

L’an passé, il s’était montré très à son aise sur gazon, avec une finale à Stuttgart, une demi-finale à Halle - en s’offrant Roger Federer sur sa route - puis son premier quart de finale en Grand Chelem, à Wimbledon. Pour lancer sa saison verte 2022, FAA a débuté avec une demi-finale à ‘s-Hertogenbosch. Où il s’est incliné au jeu décisif de la troisième manche face à l’invité trouble-fête Tim van Rijthoven, vainqueur du tournoi après une semaine de rêve ponctuée par une victoire écrasante contre Medvedev. Proche de la barre des 14 000 points pour le projet #FAAPointsForChange, Félix Auger-Aliassime est en lice à Halle cette semaine. Un dernier bivouac pour affûter ses piolets avant de s’attaquer à Wimbledon. Là où il peut ambitionner prendre encore un peu plus d’altitude.