Dans la mythologie grecque, Sisyphe, le plus malin des humains, a osé défier les dieux. Ce qui, vous l’imaginez bien, ne leur a que très peu plu. Résultat, il a été condamné à faire rouler à flanc de colline un énorme rocher redescendant tout en bas chaque fois qu’il arrivait au sommet. Pour une durée un tantinet longuette : l’éternité.
Homme le plus à même de venir chatouiller les divinités du tennis actuellement, Carlos Alcaraz est notre Sisyphe ; mais son rocher, ce sont les records. À peine en a-t-il battu un, qu’il assume tout le poids d’un autre à aller chercher.
Carlos a prouvé qu’il pouvait gagner plusieurs (titres du) Grand Chelem en une année, donc le rêve serait de remporter les quatre
Vainqueur de l’Open d’Australie, il est devenu le plus jeune joueur masculin de l’histoire à avoir collectionné les quatre tournois du Grand Chelem. Mais son coach a déjà annoncé une quête plus grande encore, celle du Graal absolu dans ce sport : gagner les quatre Majeurs au cours de la même saison.
« Carlos a prouvé qu’il pouvait gagner plusieurs (titres du) Grand Chelem en une année, donc le rêve serait de remporter les quatre, a déclaré Samuel López — son entraîneur principal depuis la fin d el'aventur avec Juan Carlos Ferrero — dans l’édition de mars de AQUÍ en Villena, le mensuel d’Alicante. C’est ambitieux, mais possible. »
Dans l’histoire, deux dieux seulement ont accompli cet exploit sur le circuit masculin¹ : Don Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969). Ce dernier étant le seul à l’avoir réussi dans l’ère Open, lancée en 1968 ; et aucun ne l’a fait sur trois surfaces différentes².
Autre record à viser, mais encore très loin : le meilleur début de saison de l'ère Open
Avant l’objectif Roland-Garros, Alcaraz a un autre record dans le viseur. L’un de ceux du Zeus du tennis. « Je sais que Novak (Djokovic) détient le record du meilleur début de saison (masculin), avec 41 victoires de suite (2011), a-t-il confié lors de son media day au au BNP Paribas Open d'Indian Wells. Avant de chasser ça, on pense : 'OK, 41, ce n’est pas tant que ça.' Puis on arrive à 12 et on se dit : 'Mer** ! Il faut encore gagner quatre ou cinq des tournois les plus importants pour y arriver.' »
Pour ajouter 30 succès de plus à sa série, Alcaraz, s'il suit le même calendrier que l'an passé, doit s’imposer — sans forfait — à Indian Wells, Miami, Monte-Carlo, Barcelone, Madrid et passer deux tours à Rome. Il va encore falloir être sacrément costaud, pour pousser ce rocher jusqu’au sommet.
1️. Trois femmes ont réussi le Grand Chelem calendaire : Maureen Connolly (1953), Margaret Court (1970), Steffi Graf (1988, en gagnant aussi l’or olympique cette année-là)
2️. Roland-Garros était alors l'unique tournoi du GC qui ne se jouait pas sur gazon. Steffi Graff est la seule à avoir réussi le Grand Chelem calendaire sur trois surfaces différentes (dur, gazon, terre battue)