Après deux victoires de prestige en septembre, Félix Auger-Aliassime a su bâtir sur la confiance emmagasinée pour poursuivre la construction de sa carrière. Avec deux titres en deux semaines, et une première qualification pour le Masters en vue.

 

Laissez les somnifères au placard. Meilleur remède à l’insomnie ? Soulever des trophées. “J’ai eu des nuits durant lesquelles je ne trouvais pas le sommeil, parce que je pensais trop à ce premier titre, tels furent les mots de Félix Auger-Aliassime en février lors de l’ATP 500 de Rotterdam, terre de son premier sacre ATP. Après huit échecs en autant de finales sur le circuit principal, le Canadien avait, “enfin”, concrétisé l’un de ses rêves. Depuis, il a sans doute pris l’habitude de dormir comme un bébé. Ou sur ses deux oreilles. Voire même comme un bébé sur ses deux oreilles, tant il a enchaîné les victoires ces derniers temps.

Huit à la suite, pour être précis. Vainqueur de l’ATP 250 de Florence, FAA a doublé la mise en empochant celui d’Anvers le week-end dernier. Son troisième trophée individuel en carrière. Le troisième sur dur intérieur, surface où sa qualité de service est devenue un problème bien souvent insoluble pour ses adversaires. En Belgique, il n’a concédé que quatre balles de break tout au long du tournoi. En ne lâchant son engagement qu’une fois, face à Dan Evans en quart de finale. Des statistiques parlantes, comme témoins d’un secteur de jeu qu’il a encore amélioré cette saison. Notamment dans les moments de tension.

  • Aces par match :
    2021 : 9,03
    2022 : 11,02
  • Premières balles réussies :
    2021 : 62,93 %
    2022 : 64,17 %
  • Jeux de service gagnés :
    2021 : 83,85 %
    2022 : 85,25 %
  • Balles de breaks sauvées :
    2021 : 59,02 %
    2022 : 65,97 %

Si je n’avais pas servi comme je l’ai fait, ça aurait été vraiment compliqué de gagner, a déclaré le joueur de 22 printemps au micro de Tennis TV, après avoir claqué 22 aces pour s’imposer 7/6 7/6 face à un Richard Gasquet en feu samedi. Il jouait vraiment bien. Après toutes ces années sur le circuit, il est toujours très fort. C’est un grand leader et un bel exemple de notre sport.” Face au prometteur Sebastian Korda, 22 ans, la finale fut moins accrochée le lendemain. Devant un adversaire ayant fait appel au kiné pour manipuler son épaule droite, le natif de Montréal a déroulé. 6/3 6/4 en 1h26, sans montrer le moindre signe de doute. Parce qu’il a aussi progressé dans sa gestion des émotions. De quoi légitimer encore un peu plus ses ambitions.

En (très) bonne position pour le Masters

J’ai vécu deux semaines de rêve en ce qui concerne l’apport d’inspiration pour continuer à poursuivre mes objectifs, a-t-il écrit via les réseaux sociaux lundi. Ça me donne confiance dans le fait d’être sur la bonne voie, et j’ai hâte de voir ce qui m’attend pour la fin de la saison.” Avec, possiblement, une première participation au Masters. S’il avait manqué cet objectif de peu l’an passé, le protégé de Frédéric Fontang et Toni Nadal s’est mis en très bonne position dans la course à l’épilogue réservé au huit “maîtres”. Avec quelques foulées d’avance sur la concurrence.

En s’imposant sur les bords de l’Escaut, il a consolidé son retour dans le top 10 du classement ATP et sa 7e place à la Race. La dernière qualificative actuellement, en raison d’un Novak Djokovic 10e et qui - de par son statut de vainqueur de Grand Chelem cette année - n’avait besoin que d’assurer sa place dans les 20 premiers pour valider son billet. Comptant 3225 points, Auger-Aliassime s’est confectionné un matelas moelleux sur lequel se reposer : 315 unités d’avance sur Taylor Fritz, son premier poursuivant. Soit un titre ATP 250 plus 75 points. De quoi voir venir.

Pour tenter de conserver le sésame, le Québécois a décidé de s’aligner chaque semaine. En lice dans le tableau de l’ATP 500 de Bâle - entrée en matière contre Marc-Andrea Huesler ce mercredi - il est aussi engagé pour Bercy la semaine prochaine. En ayant conscience de pouvoir battre le gratin mondial. Après avoir poussé Daniil Medvedev, Novak Djokovic et Rafael Nadal dans leurs retranchements durant des duels épiques - respectivement à l’Open d’Australie, Rome et Roland-Garros -, il a fini par faire tomber deux cadors. En Coupe Davis, il s’est offert Carlos Alcaraz, son premier numéro 1 mondial. Neuf jours plus tard, en Laver Cup, il battait Novak Djokovic.

“Je suis convaincu que Félix gagnera un tournoi du Grand Chelem dans les deux prochaines années”

Deux compétitions où pression, tension et enjeux ne sont pas venus peser sur les épaules. Certes. La première, tuée par Gérard Piqué et ses associés, n’étant plus qu’un squelette putride désincarné de sa passion d’antan ; la seconde s’apparentant plus à une exhibition jouée à fond, beaucoup moins exigeante nerveusement qu’un tournoi Majeur. Mais venir à bout de deux gros morceaux comme Alcaraz et Djokovic n’a pas été anodin. “Ce sont deux super victoires, avait déclaré l’actuel 9e de la hiérarchie planétaire suite à son succès contre le Serbe fin septembre. Évidemment, ça donne beaucoup de confiance pour la suite.

Le but est de comprendre pourquoi et comment j’ai obtenu ces victoires, a-t-il ajouté. Je pense que c’est la clef. Vous ne pouvez pas vous dire que ça va se reproduire tout seul, par magie. Je dois connaître mes forces et savoir comment j’ai pu battre ces gars, et le répéter. Si j’y parviens, de belles choses m’attendent. Mais je dois encore travailler.” Dans l’objectif de trouver le graal donnant la vie éternelle à travers les livres d’histoire du tennis : remporter un titre du Grand Chelem. Seulement une question de temps, pour certains.

Il a un peu plus de confiance, et je pense qu’il n’a plus de problèmes avec les finales, a déclaré Guillaume Marx, coach de l’intéressé de 2014 à 2020, dans la presse canadienne. Maintenant, je suis convaincu que Félix gagnera un tournoi du Grand Chelem dans les deux prochaines années.” Sans jamais changer. “Sa personnalité n’a pas bougé. Il est resté très simple, toujours engagé dans son processus. Il montre que c’est possible d’atteindre le plus haut niveau en restant le même.” Et en gardant ses valeurs. A l’image du projet #FAAPointsForChange lancé en soutien des enfants du Togo début 2020, alors qu’il n’avait que 20 ans, et pour lequel il a passé la barre des 16 000 points après ses derniers succès.