Federer, Sinner. Ça rime. Comme avec « monster ». Pardonnez le piètre rimeur qu'est l'auteur de ces lignes, obligé de tomber dans la facilité d’utiliser l’anglais. Tout ceci n’a qu’un dessein : tracer un lien entre une déclaration du coach de Jannik Sinner et une célèbre de Roger Federer.
« Maintenant, on dirait que c’est un drame chaque fois qu’il (Sinner) perd ». Un constat signé Simone Vagnozzi pour Punto de break cette semaine. Car son protégé nous a tellement habitués à être presque invincible contre des adversaires ne répondant pas au patronyme de Carlos Alcaraz que, lorsqu’il s’incline, certains observateurs poussent le bouchon jusqu’à parler de « crise ». Ce à quoi nous avons eu droit après ses coups d’arrêt face à Novak Djokovic à l’Open d’Australie et Jakub Menšík à Doha.
Maintenant, on dirait que c’est un drame chaque fois qu’il (Sinner) perd
Depuis, l’Italien est devenu le premier homme à accomplir le « Sunshine Double » sans lâcher un set, et le voilà en finale à Monte-Carlo. De quoi rappeler que lors des saisons 2024 et 2025 il a compilé 131 victoires, pour 12 défaites dont 7 contre Alcaraz¹. Soit 91,6 % de duels gagnés, et 15 trophées en 28 compétitions disputées².
Des statistiques similaires à celles de Federer avant les arrivées au sommet de Rafael Nadal, puis Novak Djokovic. Sur l’ensemble des années 2004, 2005, 2006 et 2007, le Suisse a affiché 315 succès pour 24 revers³. 92,9 % de joutes remportées⁴ ; 42 titres en 65 épreuves. À cette époque, il a rendu « l’anormal normal ».
En gagnant semaine après semaine, j’ai créé un monstre, s’était-il exprimé. Je dois (pour les observateurs) gagner chaque tournoi.
Alors, lorsqu’il a été sorti de l’Open d’Australie 2008 par un Djokovic de 20 ans en route vers son premier sacre en GC, beaucoup ont parlé de contre-performance. « En gagnant semaine après semaine, j’ai créé un monstre, s’était-il exprimé dans la foulée en conf'. Je dois (pour les observateurs) gagner chaque tournoi. Pourtant, demi-finale, ça reste un très bon résultat. »
Style chirurgical, presque infaillible, Sinner pourrait jouer en blouse blanche. Celle du Dr. Frankenstein, tant il est lui aussi en train de créer son monstre. Une créature que seul Alcaraz — quant à lui ogre en Majeurs, vainqueur de 3 des 4 derniers, mais plus souvent battu par des opposants autres que Sinner dans le format deux sets gagnants — est capable de dompter régulièrement dans une rivalité entre deux aspirants au titre de « monstre sacré » du tennis.
1. Les autres défaites ont eu lieu contre : Tsitsipás, Medvedev, Rublev, Bublik, Griekspoor
2. Coupe Davis incluse
3. Contre : Nadal (x 8), Nalbandian (x 3), Cañas (x 2), Henman, Costa, Kuerten, Hrbatý, Berdych, Safin, Gasquet, Murray, Volandri, Djokovic et González
4. Federer a passé la barre des 90 % de victoires sur une saison en 2004, 2005, 2006 puis 2017 ; Djokovic en 2011 et 2015 ; Nadal en 2013 et 2018 ; Sinner en 2024 et 2025 ; (Alcaraz n’a pas atteint les 90 % de victoires sur une saison jusqu’à présent)
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