Maja Chwalinska : le calme pour faire (encore) trembler la terre

6 juin 2026, 10:11:00 | par Mathieu Canac

Surprise du tournoi, issue des qualifications et inconnue du grand public avant d'éliminer Zheng Qinwen, Elise Mertens, María Sákkari, Diane Parry, Anna Kalinskaya et Diana Shnaider dans le tableau principal, Maja Chwalińska réussit l'une des performances les plus inattendues de l'histoire du tennis en gardant un calme olympien sur le court. Qualifiée pour la finale, elle a rendez-vous avec Mirra Andreeva ce samedi pour tenter d'atteindre le sommet d'une des montagnes sacrées du tennis, Roland-Garros.

Nul besoin de continuer à visualiser un lac paisible ou de vous imaginer chaudement emmitouflé dans un cocon de coton bleu pour ressentir le calme. Pour ce faire, il suffit de regarder Maja Chwalińska sur un court. Elle dégage une sérénité irradiante.

Une maîtrise d’elle-même qui n’a rien d’une mince affaire. La Polonaise de 24, qui a rendez-vous avec une Mirra Andreeva dotée comme elle d'un très haut QI tennis en finale de Roland-Garros ce samedi, n’est pas un robot. Intérieurement, les émotions tourbillonnent. Mais sans la tournebouler, parce qu’elle sait aussi éviter de se tourmenter avec des pensées négatives.

Avant, quand je faisais un mauvais coup droit, je me disais : “Je suis nulle, vraiment nulle !”

Maja Chwalińska

Une leçon retenue de la dépression vécue entre 2019 et 2021, en raison de nombreuses blessures — poignet, genou, coude, main — et des « coups de poing mentaux » qu’elle s’infligeait dans le combat face à ses propres attentes. Au point d’aller au tapis et ne plus toucher la raquette pendant trois mois.

« Je ne suis plus aussi dure avec moi-même, je ne me punis plus, j’essaie de contrôler mon monologue intérieur,a-t-elle confié en s’extirpant des qualifications à Wimbledon fin juin 2022¹. Là où, un an auparavant, elle avait décidé de se retirer du circuit jusqu’à début octobre.

« Avant, quand je faisais un mauvais coup droit, je me disais : “Je suis nulle, vraiment nulle !”, a-t-elle ajouté. On pourrait croire que ce n’est pas grand-chose, mais à force de se le répéter, ça devient écrasant. Je fais des exercices de respiration et j’essaie de contrôler mes pensées, ou de simplement les laisser filer. »

Chwalińska et Raducanu, seules dans l'histoire du tennis

Visage impassible, la petite gauchère de 1,64 m au jeu tout en variations qui enchante le public de Paris au fur et à mesure que ses adversaires déchantent est lancée dans un exploit hors du commun. Avec Emma Raducanu — titrée à l’US Open en 2021 —, Chwalińska, 114e mondiale, est la seule personne de l’histoire pouvant se targuer d’avoir atteint une finale de Grand Chelem en sortant des qualif’.

Restant « dans [s]a bulle », elle n’en prend « toujours pas conscience ». Une façon de s’aider à garder son calme, avant la tempête d’émotions si elle venait à faire tomber Andreeva. De quoi provoquer une nouvelle secousse sismique, une de plus dans ce grand tremblement de terre qu'est RG 2026.

1 - Elle avait ensuite passé un tour dans le tableau principal de Wimbledon 2022, son unique match gagné en Grand Chelem avant de débarquer à Roland-Garros en 2026.