Uchronie, finale de l'Open d'Australie 2008 : si Tsonga avait réussi son passing "facile" sur balle de break à 5/5 dans le 4e set

29 janv. 2020 à 13:14:00

"Je n'ai pas envie que mon corps décide pour moi." Forcé d'abandonner au premier tour de l'Open d'Australie, Jo-Wilfried Tsonga s'est dit "un peu désabusé de la situation" et songeur quant à l'approche de sa fin de carrière, cette "petite mort" dont parle les sportifs, là où, 12 ans plutôt, il naissait aux yeux du grand public en passant proche du plus grand titre de sa vie.

"Mohamed Ali". C'est à Melbourne, en 2008, que Jo-Wilfried Tsonga décroche ce surnom. À l'entame de l'Open d'Australie, 38e mondial, il n'a rien d'un favori. Même pas d'un challenger. Pourtant, chouchou des Australiens pour ses coups à assommer un buffle et la ressemblance qu'ils lui trouvent avec "The Greatest", il crée la surprise. Murray, Gasquet, Youzhny, Nadal... Tous ces poids lourds sont envoyés au tapis. En finale, à 5/5 dans le 4e acte, il se procure une balle de break "facile" pour tenter d'embarquer Djokovic dans un ultime round. En vain. "C'est le tennis, ça se joue à rien, commente-t-il bien des années plus tard pour Le Figaro. "J'ai un passing (à bout portant) à tirer. Il choisit le bon côté..."


Depuis, le Mohamed Ali du tennis - battu 4/6 6/4 6/3 7/6 par le Serbe - court toujours après le rêve de soulever l'une des quatre ceintures majeures. Telle est notre réalité. Alors, curieux et muni du générateur de portail dimensionnel de Rick et Morty, j'ai pu explorer un univers alternatif. Un monde parallèle où Tsonga n'a pas manqué son passing.

Deux manches à une en faveur de Djokovic, 5/5 sur son engagement. Là, à 30-40, "JWT" se procure la première occasion de break de ce quatrième set. Le Serbe est tendu. Le chronomètre placé sur le court indiquant le décompte avant le service n'existe pas encore. Comme souvent avant un point important, le "Djoker" prend son temps. Il fait rebondir la balle. Une fois, deux, fois, trois fois... Dans les tribunes, certains spectateurs, selon la légende, en profitent pour faire leurs impôts et lire l'intégrale de Léon Tolstoï. D'autres s'impatientent. "COME ON !", crie l'un d'entre eux au 17e rebond (!) pour prier Djokovic de se lancer.

Asticoté, ce dernier s'arrête net. "Quiet ? Can you say quiet ?", lance-t-il sèchement à l'arbitre. Du haut de son perchoir, celui-ci s'exécute : "Quiet please." Après huit rebonds supplémentaires, il envoie une première balle à plat sur le revers du Français et enchaîne avec une amortie de revers - manquant quelque peu de toucher - suivie au filet. Tranquillement dessus, Tsonga, contrairement à notre monde, ne laisse aucune chance à son adversaire. Il lui envoie une gifle, à faire pousser des cheveux à un chauve, directement dans les pieds. Break. Dans la foulée, il égalise à deux manches partout. 7/5.

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Tsonga, au physique

"Je regrette de ne pas avoir été au 5e set en finale, confie le Tsonga de notre réalité toujours au Figaro. À l’époque, physiquement, j’avais l’impression d’avoir le dessus sur lui." En effet, à cette période, Djokovic n'est pas la machine aux batteries inépuisables d'aujourd'hui. Jusqu'à la découverte de son intolérance au gluten en juillet 2010, il souffre régulièrement de problèmes respiratoires lorsqu'un match dépasse les 3h30 de jeu. Ce qui l'empêche notamment de venir à bout de Rafael Nadal lors de duels épiques. Revigoré, soutenu par tout le stade, Tsonga envoie directs de revers, crochets de coup droit et uppercuts au service.

Mais "Djoko" résiste. Sa garde est solide. Inlassablement, les deux hommes tiennent leurs engagements... jusqu'à 12/12. À force de cavaler aux quatre coins du ring, le Belgradois n'en peut plus. Il crache ses poumons, et cède. Le Tricolore s'impose 6/4 4/6 6/3 7/5 14/12 en 4h30 dans l'une des finales les plus époustouflantes de l'histoire. Après une attente longue d'un quart de siècle, le tennis masculin français tient enfin le successeur de Yannick Noah. Et il ne s'arrête pas là. Auréolé de ce trophée, il passe un palier et atteint un niveau de confiance qu'il n'a pas la chance de connaître dans notre univers.

Les saisons suivantes, il remporte un deuxième Open d'Australie et Wimbledon. À travers la planète, "Jo-Will" est appelé "Jo-Win". C'est un autre homme. Même son jeu d'acteur dans les fameuses pubs pour des barres chocolatées est excellent. Le grand public l'adore. Chaque année, il fait partie du top 3 des personnalités préférées des Français. En 2013, il prend même la première place au nez et à la barbe de l'indétrônable duo Jean-Jacques Goldman - Yannick Noah grâce à la plus grande performance de sa carrière. Devant les siens, sur l'ocre de Roland-Garros.

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"JO-WIN ! JO-WIN !"

En demi-finale face à David Ferrer, "Jo", tombeur de Roger Federer au tour précédent, bénéficie du soutien de tout un stade. Contrairement à l'histoire que nous connaissons où, le public, lessivé par l'énorme combat entre Rafael Nadal et Novak Djokovic dans la demie précédente, quitte les tribunes du court Philippe-Chatrier pour souffler pendant que Tsonga débute le sien. Devant des tribunes vides. "Le public s'était gavé pendant plus de quatre heures avec les gladiateurs Nadal et Djokovic, il n'avait plus faim, regrette alors Noah dans une tribune pour Le Monde. Cette fois, grâce à la popularité acquise par ses titres précédents, personne n'a bougé. Electrisé par les "JO-WIN ! JO-WIN !" de la foule, le héros national domine l'Espagnol... pour en retrouver un autre : Nadal.

En finale, sur un nuage, porté par l'engouement, tout rentre. À la moindre occasion, il annihile le "surlift" du gaucher en tournant autour de son revers pour prendre la balle au sommet du rebond et envoyer un énorme parpaing. Comme lors de l'Open d'Australie, "Rafa" est dans les cordes. Il ne parvient qu'à prendre un set à Tsonga. Victoire 7/5 6/3 4/6 6/1. D'adoré, ce dernier devient adulé. Au même titre que Zidane, Mauresmo, Fourcade, Parker ou Riner, il fait partie des champions "intouchables". Ceux étant trop haut pour être attaqués par l'impitoyable Fédération Française de la Lose. Comme disait Ali : "Les mains ne peuvent frapper ce que les yeux ne voient pas."

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