Jenny Lim : « J’étais au bout de ma vie sur le court »

26 juil. 2022 à 19:46:40 | par eli weinstein

Jenny Lim : « J’étais au bout de ma vie sur le court »
A 17 ans, la parisienne Jenny Lim a remporté son premier titre sur le circuit professionnel à l’occasion de l’ITF féminin des Contamines-Monjoie, tournoi de catégorie 15 000 dollars. Dans l’entretien ci-dessous, la souriante Jenny raconte sa semaine et en dit un peu plus sur son entourage, son parcours et ses ambitions.

Félicitations, t’es officiellement une championne, tu en es bien consciente ?
J’suis bien là ! Ça met en confiance. 

Raconte-moi la balle de match et ce qui te passe par la tête juste après.
Elle (Nina Radovanovic) a eu trois balles de set dans le tie-break pour égaliser à une manche partout, puis j’ai enfin cette balle de match. J’étais au bout de ma vie sur le court. Elle a fait un bois en coup droit, ce qui lui a fait perdre le point et d’un coup, toute la pression est tombée. Il y avait beaucoup de monde qui regardait, la structure était vraiment belle, avec des juges de lignes, des ramasseurs de balles... J’avais donc énormément de pression avant de rentrer sur le court. Et quand elle a enfin raté ce dernier point, je ne l’ai pas trop montré, mais dans ma tête c’était un peu la fête.

Tu soulèves des coupes depuis que tu joues au tennis (elle a commencé à l’âge de 5 ans), mais celle-ci, j'imagine que c’était différent.
Complètement. Ce titre, c’est mon premier dans un tournoi professionnel et j’espère que ce n’est pas le dernier. Et surtout, c’était dur physiquement et mentalement, il fait donc encore plus de bien. J’étais vraiment trop contente.

Est-ce que tu t’attendais à réaliser une aussi belle semaine ?
Sachant que je n’ai jamais fait mieux qu’un deuxième tour sur un 15 000 $ et que j’y allais juste pour faire des matches, franchement, je ne m’y attendais pas trop. Mais au fur et à mesure, je voyais que j’enchaînais les victoires et je me suis dit : « Autant le gagner ! » Mon niveau s’améliorait tous les jours et forcément, la confiance augmentait avec mon niveau. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de prendre l’ascendant sur chacun de mes matches.

Je devrais partir seule plus souvent !

A quel moment dans la semaine t'es-tu dit que tu pouvais gagner le tournoi ?
J’ai joué en quarts de finale contre Astrid (Lew Yan Foon) et j’ai gagné une grosse bataille 6-4 7-5. Ça a encore plus boosté ma confiance et là, je me suis dit que c’était le moment ou jamais de se lancer.

Donc le fameux « match après match », finalement…
Oui et non. Je sentais que j’étais en confiance, mais il fallait quand même que je reste concentrée match par match. Je ne pouvais pas non plus me projeter directement en finale alors que je venais seulement de gagner en quarts. Mais vu le boost de confiance que j’avais pris, je suis quand même rentrée sur mes deux derniers matches en me sentant très forte.

Et ton entraineur (Yann Lemeur) a-t-il ressenti ça aussi ? Et a-t-il essayé de te faire redescendre un peu ?
Alors il faut savoir qu’il est parti avant ma demi-finale. Sur ma demi-finale et ma finale, j’étais toute seule. Il avait un engagement prévu depuis longtemps. 

Tu n’avais personne dans ta box ?
En demi-finale, sur le premier set, il y avait Astrid, mais elle a dû partir car elle avait un tournoi à Bâle. Et en finale, j’étais toute seule. 

Et tu regardais qui pour trouver du soutien ?
Ben, je ne regardais personne ! Je me concentrais sur moi-même, c’est tout. Je devrais partir seule plus souvent !

La chaleur durant cette semaine n’a-t-elle pas été trop pesante ?
Si. Il a fait très chaud toute la semaine. Et la surface, c’était du « quick », la chaleur remonte donc énormément. 

Ma famille est assez discrète et je pense que mon calme sur le court vient de là.

Penses-tu que cela a pu jouer en ta faveur ?
Oui, car les conditions n’étaient pas du tout simples. En plus de la chaleur, il y avait l’altitude, la balle volait donc un peu plus et il fallait avoir beaucoup de contrôle. Et moi, comme j’aime bien jouer avec la balle, j’arrivais à faire « péter des câbles » à mes adversaires.

Pourrais-tu décrire quel type de joueuse tu es ?
Alors, je dirais que cette petite Jenny Lim a un jeu plutôt atypique. Je joue avec la balle, j’aime bien faire beaucoup de chops et d’amorties, mais j’aussi un gros coup droit avec lequel je suis capable de mettre beaucoup de lifts. Tout ça me permet d’avoir autant de puissance que d’agilité. C’est un jeu avec beaucoup de variation.

Tu slices en coup droit aussi ?
Uniquement en défense.

Tu t’inspires de qui ? Ons Jabeur, Harmony Tan ?
Ons Jabeur oui, beaucoup Harmony Tan, et un peu Ashleigh Barty comme elle a un super revers slicé. Mais c’est vrai que je m’associe surtout à Harmony.

Qui sont les personnes qui ont accompagné ton parcours pour arriver à la joueuse que tu es aujourd’hui ?
Mon entourage y est évidemment pour énormément. Par exemple, ma famille est assez discrète et je pense que mon calme sur le court vient de là. Après, bien sûr, il y a mes entraîneurs, kinés, médecins, ostéos... Tout le monde est tellement bienveillant que ça m’apporte énormément d’énergie positive. Sinon, mon idole au niveau de l'attitude, c’est Rafael Nadal, pour sa combativité. C’est d’ailleurs un exemple à suivre pour tout le monde.

Je ne veux plus faire de tournois juniors.

Tu as pensé à lui quand tu jouais la semaine dernière ?
Hier (dimanche), pendant le deuxième set, c’était vraiment chaud et je me suis dit que je devais m’accrocher. Et là, j’ai pensé à sa finale face à Medvedev à l’Open d’Australie. Sur les balles de set de mon adversaire, je me suis alors dit que tout pouvait arriver. Je me suis battue à fond et ça a payé puisque j’ai gagné 10-8 au tie-break.

Peux-tu nous parler de ta situation familiale ? Tu n’as pas grandi dans un duplex de 800 m2 dans le 16e, on est bien d’accord ?
Pas du tout. Mes parents sont Chinois. Ils sont nés au Cambodge, ont fui les Khmers Rouges et se sont réfugiés au Vietnam. Puis ils sont venus en France en 1990. Ma sœur est née en 1999 et moi, six ans plus tard, en 2005. On vivait dans notre petit coin tranquillou et j’ai découvert le tennis par hasard.

T’entends quoi par « par hasard » ?
J’avais 4 ans et mes parents avaient des amis qui jouaient eu tennis. Ma mère nous a proposé, à ma sœur et moi, d’y aller et j’ai plutôt bien aimé. Ensuite, j’y suis retournée chaque semaine. Un jour, dans le 13e, il y a eu une animation et un monsieur qui connaissait Yann m’a repérée. Et depuis, je suis licenciée au PUC.

Tu fais partie d’une « Team », peux-tu la présenter et expliquer ce qu’elle t’apporte ?
Je fais partie de la Team BNP Paribas Jeunes Talents qui regroupe plusieurs jeunes grands espoirs de différentes catégories. Cette « Team » m’apporte énormément, déjà parce que le parrain est Jo-Wilfried Tsonga et qu’à chaque regroupement, on a l’occasion de discuter avec lui. Il nous donne des conseils, c'est hyper enrichissant. En plus de ça, on assiste à beaucoup de formations sur des thèmes comme l’alimentation, le dopage, le media training… Et le plus important est l’aspect financier, car sans cela, je ne pourrais pas faire de tournois et pour progresser, il n’y a que ça de vrai.

On a l'impression que dans cette équipe, il existe une vraie alchimie qui tire tout le monde vers le haut. Est-ce vraiment le cas ?
Complètement. Voir Gabriel Debru, Elsa Jacquemot ou encore Luca Van Assche gagner Roland-Garros Juniors, c’est très motivant. On se dit « tiens, si eux ont réussi, alors pourquoi pas moi ». Puis on s’envoie des messages régulièrement, on se croise sur les tournois. D’ailleurs Zoé (Maras) qui est une joueuse de tennis fauteuil était aux Contamines, elle a malheureusement perdu en finale.

Quels sont tes objectifs pour la saison à venir ?
Je ne veux plus faire de tournois juniors. Un gros objectif, c’est les qualifs de Roland-Garros et le deuxième, c'est de rentrer dans le Top 500. 

Tu as remporté un peu de prize money avec cette victoire ?
Oui.

Tu vas te faire un petit cadeau ?
Ben oui, bien sûr. J’ai mérité ! Je vais le faire bientôt, je vais m’acheter une petite paire de chaussure, mais chuuuutt, il ne faut pas le dire ! Et le reste, j’épargne, j’économise.

Merci beaucoup et encore bravo pour ta performance.

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