Dimanche 29 mai, au matin, les Jeunes Talents français ont une nouvelle fois été réunis à Roland-Garros. Et mélangés. Avec les Teams américaine et italienne, mais aussi celles venues de Belgique et de Pologne. Car, avec la présence des parrains et marraines - Jo-Wilfried Tsonga, Justine Henin, John McEnroe, Tathiana Garbin, Mariusz Fyrstenberg - deux nouvelles Teams Jeunes Talents ont été officialisées.

 

Parry est magique !”. “Ici c’est Parry !”. Pendant la première semaine de Roland-Garros, journalistes et amateurs de calembours ont pu s’en donner à cœur joie. Diane Parry, 19 printemps et figure de proue de la Team Jeunes Talents - sans oublier Elsa Jacquemot, qui a aussi brillé en ouvrant son compteur sur le circuit principal - a été l’une des plus belles éclaircies bleues. Comptant parmi les cinq tricolores, hommes et femmes confondus, présents au troisième tour, elle a atteint ce stade de la compétition pour la première fois en Grand Chelem. En s’offrant lors de son entrée en lice une victoire 1/6 6/2 6/3 face à Barbora Krejčíková, numéro 2 mondiale et tenante du titre. Certes, la Tchèque n’avait plus joué depuis trois mois, mais la native de Nice a su gérer la pression à merveille. Sur le court, mais aussi en dehors.

Calme, posée, la championne du monde junior 2019 ne s’est pas laissée emporter par le tourbillon médiatique. “J’étais très heureux de voir à quel point elle maîtrise la pression, l’anglais, les médias, a observé Bertrand Cizeau, directeur de la communication de BNP Paribas. Parce qu’elle a suivi tout le programme de la Team BNP Paribas Jeunes Talents.” Outre le soutien financier apporté à ces espoirs dont les familles ne sont pas en mesure d’assumer pleinement les exigences pécuniaires des circuits jeunes, puis de l’accession au haut niveau, le projet permet une formation à l’extra-sportif. Grâce à des modules de langue, de marketing, d’histoire du tennis, sur les réseaux sociaux ou encore du media training. “Le programme nous aide dans tous les domaines, financièrement, mentalement et en apportant beaucoup de bienveillance.  nous a confié Astrid Lew Yan Foon, 16 ans. Ces réunions avec des grands joueurs, c’est incroyable. On a vraiment beaucoup de chance.

Un succès dépassant les frontières. Si, en plus de, de la française, des Teams existaient déjà aux Etats-Unis et en Italie, deux nouvelles ont vu le jour : en Belgique et en Pologne. “C’est dur pour certains parents, donc c’est une aide extrêmement précieuse pour pouvoir soutenir un projet de haut niveau en Belgique, a expliqué Justine Henin, dont 40 jeunes de son académie située proche de Bruxelles sont désormais épaulés par le programme Jeunes Talents. C’est aussi un signe de confiance fort, pour dire aux jeunes : ‘On est là, on vous soutient’. Et ce n’est pas que financier. Ce qui nous rejoint (son académie et le programme Jeunes Talents), c’est l’amour du tennis. C’est qu’on a envie de partager, avec des jeunes qui ont ce même amour. Le but est de travailler sur des valeurs qui nous semblent importantes, ramener à plus de simplicité malgré un monde de plus en plus professionnel.”

“Ce qu’on ne veut pas voir, c’est des enfants avec beaucoup de talents qui finissent gangrénés par la pression” - John McEnroe

Le tennis polonais est à son meilleur niveau actuellement, avec Hubert Hurkacz et Iga Świątek, a quant à lui déclaré Mariusz Fyrstenberg - parrain de la Team Pologne et capitaine de l’équipe de Coupe Davis de son pays - lors de la conférence de presse organisée dans un salon avec vu sur le court Philippe-Chatrier, alors que la numéro 1 mondiale s’y entraînait à ce moment-là sous les regards émerveillés de ses jeunes compatriotes. Je pense que ce n’est qu’une question de temps avant qu’une nouvelle vague n’arrive sur le circuit professionnel (dans le sillage de Świątek et Hurkacz). Ce programme (Jeunes Talents) est très important, en plus du financier, pour les voyages, les entraîneurs, les kinés, ainsi que pour pouvoir découvrir de grands stades (comme Roland-Garros ce jour-là) et rencontrer de grands champions comme Jo, Justine, John... Tout ça est très important, ça permet d’aller dans la bonne direction.

Mentor charismatique de la Team BNP Paribas Mac 1, composé de 12 jeunes au sein de son académie new-yorkaise, John McEnroe a notamment axé la transmission de son savoir sur l’aspect mental. “Quand je suis arrivé en Europe pour la première fois, j’avais 18 ans, a-t-il raconté. Je suis arrivé sans coach, kiné, préparateur physique ou mental pour sept semaines. On m’a envoyé en me disant ‘Allez, bonne chance’, et c’est tout. Vous comprenez maintenant pourquoi j’étais un peu fou. Ce type de soutien (le programme Jeunes Talents) est essentiel dans un monde du tennis de plus en plus spécialisé. Mon rôle est de donner à ces jeunes l’envie d’être sur court, en appréciant ce qu’ils font et en s’amusant à le faire, pour se donner à 100 %.  Evidemment, on leur apprend à jouer, mais on doit aussi voir s’ils ont le cœur, le feu intérieur.

S’ils n’ont pas ça, ils n’ont aucune chance, a ajouté ‘Big Mac’. Ce qu’on ne veut pas voir, c’est des enfants qui ont beaucoup de talent mais qui finissent gangrénés par la pression. On l’a vu avec Osaka ou encore Simon Biles, la santé mentale est importante. Simona Halep a eu une crise de panique (contre Zheng Qinweng au deuxième tour de Roland-Garros) alors qu’elle est sur le circuit depuis une douzaine d’années.” Parrain de la Team bleue, lancée en 2018, Jo-Wilfried Tsonga s’est mué en grand frère. “Maintenant que j’ai fini ma carrière de joueur, je vais pouvoir être encore plus présent pour les jeunes, s’est-il réjoui. Oui, bien sûr, ils peuvent me solliciter individuellement, ma porte est ouverte. Mais ça arrive très peu (sourire).

“Ma porte est ouverte” - Jo-Wilfried Tsonga

Oui, comme vous le dites, ils n’osent pas toujours, a-t-il complété. Et je comprends, parce que je mets à leur place. Quand j’avais leur âge, je me disais : “Je vais vraiment appeler Yannick Noah, Cédric Pioline ou un autre, pour qu’il m’aident alors que je ne les connais pas ?”. Il y a beaucoup de pudeur, et c’est normal. Et de mon côté, c’est pareil, il y a de la pudeur, de peur de les mettre mal à l’aise en les contactant de moi-même alors qu’ils ne m’ont rien demandé. Ça peut être un peu un langage de sourd, comme dans un couple (sourire). C’est pour ça que le programme est intéressant, il permet de faire le lien avec ces jeunes.” Une impression confirmée par Astrid Lew Yan Foon : “Au début, j’ai vraiment eu du mal, j’étais super intimidée de le voir devant moi.”

Mais ce qui est super cool, c’est qu’il nous met hyper à l’aise, a-t-elle poursuivi. Même si on reste un peu timide. J’ai eu la chance de taper avec lui sur le Central, et il est aussi venu à l’Open de Quimper où on a pu discuter avec lui. Même si, c’est vrai, on n’ose pas trop. On pourrait aller un peu plus vers lui.” En revanche, sur le terrain, pas de problème de timidité. En novembre, Astrid, au culot,  avait glissé une amortie gagnante au champion. “C’est différent sur le court’, a-t-elle ri, quelques heures avant son entrée en lice dans le tournoi junior de Roland, tout comme sept autres Jeunes Talents tricolores : Sarah Iliev, Mathilde Ngijol Carré, Ophélie Boullay, Jenny Lim, Loan Lestir, Arthur Géa et Gabriel Debru, l’un des favoris chez les garçons. Guilhem Laget, grand espoir du tennis-fauteuil, a lui pris part au tableau principal pour la première fois de sa carrière.

Et tous, avec les 23 autres membres de la Team, ont décidé de jouer, aussi, pour les autres. D’eux mêmes, sur le modèle du projet #FAAPointsForChange avec Félix Auger-Aliassime, ils ont eu l’idée d’apporter un euro à la Fondation Apprentis d’Auteuil à chaque point remporté en match. “C’est une super chose, ça permet aussi de nous responsabiliser un peu plus, a commenté Arthur Cazaux, 19 ans et 344e mondial. Quand on sera sur le court, ça nous donnera aussi une envie supplémentaire de bien faire. Nous ne jouerons plus seulement pour nous, mais aussi en ayant une pensée pour ces enfants défavorisés.” De quoi, lors des situations compliquées sur le court, avoir envie de se donner pour rendre la monnaie de leur pièces aux adversaires. Et d’en mettre quelques unes de côté pour la bonne cause. Sans mauvais jeu de mots, évidemment.