Novak Djokovic pas content après sa victoire à l’Open d’Australie

30 janv. 2023 à 17:52:27

Novak Djokovic a remporté hier son 22e titre du Grand Chelem, en dominant Stefanos Tsitsipas, en trois sets, en finale de l’Open d’Australie. Le Serbe redevient codétenteur, avec Rafael Nadal, du record du nombre de titres en Grand Chelem. Il récupère également la place de numéro 1 mondial. Et pourtant…

Habituellement, lorsque Novak Djokovic convertit une balle de match en finale de Grand Chelem, il exulte de joie. En général, il tombe sur le dos, ou il regarde son clan avec le sourire d’un enfant à qui on vient de donner une énorme sucette. Regardez par vous-mêmes :

Certes, cette vidéo n’est pas complète, car il manque la 21e (Wimbledon 2022). Pas d’inquiétude, la voici :

Maintenant, observez bien le contraste avec la célébration face à Stefanos Tsitsipas : 

Commençons par le début et la réaction initiale du champion. Pas un sourire, pas de chute sur le dos, pas de cri. Rien. Sauf un regard défiant vers son clan avec ce doigt qui pointe successivement vers son cerveau, son cœur et ses c———-. La poignée de mains qui suit est tout à fait classique, mais l’attitude de Novak est celle d’un joueur qui vient de gagner un troisième tour et non pas son 22e titre en Grand Chelem ! 

Novak Djokovic allongé dans le box en larmes

Que veut dire ce regard ? A l’occasion de la conférence de presse qui a suivi, un journaliste a posé la question à « Nole », lui demandant d’expliquer ce que signifiaient ses gestes. Le Serbe a expliqué « qu’il fallait un grand coeur, de la force mentale et la troisième chose aussi ». Il ne s’est pas étendu et n’a alors pas mentionné sa non célébration. Mais c’est arrivé un peu plus tard pendant la conférence de presse. Ou plus exactement durant la partie des questions en serbe, où le joueur était clairement plus à l’aise et a donc commencé à retirer les couches du bouclier qu’il avait enfilé juste avant son arrivée sur le sol australien. N’oubliez pas que l'année dernière, il avait tout de même été littéralement viré d’Australie, car il représentait une soi-disant menace, alors qu'il était clairement le résultat malheureux d’un jeu politique. 

On peut comprendre facilement que le Serbe redoutait son retour dans un pays qui, 365 jours plus tôt, l’avait chassé à coups de pieds au derrière, en mode humiliation absolue. Et on peut donc imaginer que le regard défiant vers son clan pouvait s’étendre à l’Australie et tous ses habitants, dont Novak Djokovic s’est clairement vengé. Mais ce n’est pas tout.

Si l’on revient aux célébrations, si je puis dire, l’homme aux désormais 22 Grands Chelems a escaladé le mur du court pour aller embrasser sa famille et son équipe. Cette scène s’est achevée par du jamais vu, avec un Novak Djokovic allongé dans le box en larmes, craquant complètement. Laissant retomber la pression. Deux raisons pour autant de larmes, même si Marc Gicuel doute un peu de la véracité de celles-ci :

Si vous lisez les commentaires, vous verrez que tout le monde n’est pas forcément d’accord avec lui…

Evidemment que Novak était en larmes. Peut-être en a-t-il un peu rajouté pour le spectacle, mais l’émotion était bien là, et ce pour deux raisons. La première est l’absence contrainte de son père de cette finale, alors qu’il était pourtant bien en Australie. D’ailleurs, le clan Djoko a particulièrement fait attention à laisser cette place vide pour que son père, Srdjan, brille par son absence. Lors du quart de finale, ce dernier avait été vu en train de faire des selfies et des vidéos pro-Russie avec des supporters de Rublev, ce qui est un peu paradoxal lorsqu’on connaît le point de vue du joueur russe sur le conflit. Aucun doute sur la position politique de papa Djokovic. En accord avec son fils, ils ont décidé qu’il était préférable qu’il ne soit pas là. Un premier gros plan et il aurait sûrement été copieusement sifflé par tout le stade. Une situation qui aurait été très dure à vivre pour le joueur, qui plus est durant une finale de Grand Chelem lui permettant d’égaliser avec Nadal et de reprendre la place de numéro 1 mondial.

La seconde raison pour ce « nervous breakdown », qui rappelle un peu ses larmes new-yorkaises durant sa défaite face à Daniil Medvedev en finale de l’US Open en 2021, est cette blessure à la cuisse gauche.

 

Durant sa demi-finale face à Daniil Medvedev (encore lui) à Adélaïde, Novak Djokovic a ressenti une gêne à l’ischio-jambier. Ce souci ne l’a pas empêché de battre le Russe, puis d’enchaîner le lendemain avec une victoire en trois sets et 3h09 de jeu face à Sebastian Korda. Quelques jours plus tard, durant un entraînement à Melbourne, le Serbe a même dû interrompre la séance tant il était gêné. On l’a ensuite vu jouer avec une cuisse gauche « strappée ». Clairement, cette blessure n’était pas suffisamment grave pour l’empêcher de (très) bien jouer durant la quinzaine, de jouer même, d’après Novak himself, « peut-être mon meilleur tennis ». En revanche, il n’a pas du tout apprécié le fait que des gens puissent penser que c’était du « fake ».

Mats Wilander a dit, sur Eurosport, que c’était « ridicule ».

Quel intérêt aurait Novak Djokovic à jouer avec une cuisse bandée ? Et quand bien même, s’il avait envie de jouer avec des straps lui apportant un soulagement psychologique, qui sont ces personnes pour juger cela et surtout, en quoi ceci les regarde-t-il ? Si l’on va par-là, pourquoi n’a-t-on pas remis en cause le « sleeve » avec lequel jouait Milos Raonic ? Ou encore les straps d’Alizé Cornet aux deux cuisses ? Enormément de joueurs et de joueuses sont bandés, soit de manière thérapeutique, soit préventive. Du moment qu’il ou elle est bien dans sa tête, c’est tout ce qui compte. Et visiblement, dans la tête de Novak, tout allait bien. Je ne peux qu’être d’accord avec Mats Wilander qui, sur Eurosport, a dit que c’était « ridicule ».

Mais Novak Djokovic a été clairement touché par cette histoire. Et pour en revenir à la partie serbe de la conférence de presse, voici un tweet d’une journaliste, puis un peu plus de détails sur ce qu’il a dit :

« Durant ces deux semaines, j’ai réfléchi à la possibilité de publier quelque chose sur les réseaux sociaux, pour montrer des images de ce que je vivais. Je le ferai prochainement. Les gens se moquent et je veux montrer ce qui s’est passé, pas pour eux, mais pour moi. Vous saurez tout dans quelques jours. Je ne veux pas paraître pathétique, j’ai gagné le tournoi, mais la manière dont les gens se sont comportés me dérange. Il y a deux ans, une chose similaire s’est produite et les gens doutent encore aujourd’hui (de cette nouvelle blessure), ils disent toutes sortes de choses. »

La vérité arrive donc. En attendant, on ne peut que féliciter le Serbe. Prochain rendez-vous : Roland-Garros et, pourquoi pas, une finale face à Rafael Nadal avec pour enjeu, en plus de la Coupe des Mousquetaires, un 23e titre du Grand Chelem pour le vainqueur.

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