A l’issue de l’avant-dernière phase finale de Coupe Davis de l’année, Nicolas Mahut est revenu sur « l’échec » de la France, tout en louant les qualités de cette jeune équipe. Il déplore néanmoins le format et propose des solutions.

Quel bilan tires-tu à l’issue de cette semaine de Coupe Davis ?
Le bilan, forcément, n'est pas positif. On avait l’ambition de terminer parmi les deux premiers de la poule et on termine à la troisième place. On n’a donc pas atteint les objectifs qu’on s’était fixés. Donc le bilan comptable est décevant. C’est en plus mêlé à une énorme frustration puisqu’on a le sentiment d’être passés tout près de la qualification. A un point près, on finissait à la deuxième place, et à deux, on était premiers du groupe. C’est donc très frustrant, décevant, mais on n’a pas de regrets car tous les joueurs présents ont donné le maximum. C'est juste que ça n’a pas voulu tourner. On a eu beaucoup d’occasions, ce qui fait qu'on ne peut pas non plus regarder ça uniquement sous le prisme de la malchance. Ce sont des détails. Individuellement, on doit tous être meilleurs. Il faut qu’on apprenne de cet échec et, tout simplement, qu’on s’améliore pour que l’équipe soit plus forte.

Comment est l’ambiance dans cette équipe ? Elle donne l’impression d’un groupe très sain.
T’as complètement raison de le souligner. Ce groupe est hyper sain, ce qui fait qu'on arrive à se dire les choses honnêtement et c'est primordial pour la bonne vie du groupe. Parfois, il y a des désaccords mais c’est hyper sain et très transparent. C’est quelque chose qui peut vraiment permettre au groupe d’avancer et d’espérer de belles choses. Bref, personne n’a triché et ça, c’était le côté très positif de la semaine.

Si individuellement ils progressent tous, l’avenir de l’équipe de France peut être très beau.

Comment juges-tu ton association avec Arthur (Rinderknech) ? Et peut-on imaginer vous voir ensemble plus souvent sur le circuit ?
C'était une volonté de Seb (Sébastien Grosjean). Il nous a demandé d’essayer de jouer ensemble le plus possible. Il voulait anticiper le fait que Pierre-Hugues n’allait pas pouvoir jouer, car ça, on l’a su rapidement. C’est difficile de comparer avec d’autres partenaires ou de juger, mais Arthur est un formidable joueur d’équipe. Grâce à son expérience universitaire aux Etats-Unis, il a déjà beaucoup joué en équipe. Je pense d’ailleurs qu’il aura beaucoup de succès dans cette compétition. C’est aussi un très bon joueur de double. A très haut niveau, en raison de sa récente arrivée sur le circuit, il n’a pas vraiment encore eu la chance de le pratiquer beaucoup, mais je le redis, c’est un super joueur de double. Je pense qu’on se complète très bien. Le problème est qu’on avait peu de repères et peu de temps pour s’entraîner avant le premier match. Malgré tout, je trouve qu’on a fait un super match contre les Allemands. Le niveau était très bon et ça s’est joué à trois fois rien. Ensuite pour l’Australie, la récupération a été très compliquée. 

Pourquoi plus que d’habitude ?
Malgré mon expérience, je n’avais encore jamais vécu ça, à savoir jouer deux rencontres de Coupe Davis sans jour de repos. En prime, le scénario a voulu qu’en plus de la défaite, on finisse tard. Or il a tout de suite fallu tourner la page et se plonger dans cette nouvelle rencontre. Il nous manquait du jus et le match, forcément, a été moins bon de notre côté. On a montré de belles choses, mais on peut s’améliorer. Sur ce format de Coupe Davis, le double est encore plus important. Sinon sur le circuit, pour l’instant, je joue avec Edouard et je dois parler avec Pierre-Hugues. 

Je reviens juste sur la notion de « grand joueur d’équipe ». Peux-tu développer un peu ?
Arthur, au même titre que Benjamin Bonzi et ou que Hugo Gaston l’an dernier, fait partie des gars qui se fondent parfaitement dans la vie de groupe. Ce sont des gars qui iront s’entraîner à n’importe quelle heure. Qui peuvent jouer simple ou double ou les deux. Avoir des mecs comme ça dans l'équipe, c’est vraiment top. Si individuellement ils progressent tous, l’avenir de l’équipe de France peut être très beau.

Tant que je suis joueur de tennis en activité, je suis disponible pour le capitaine de l’équipe de France.

L’équipe de France peut-elle ambitionner de se qualifier pour la phase finale l’an prochain ?
Très honnêtement, j’y crois. Pourquoi ? Parce que les joueurs dont je viens de parler sont très attachés à l’équipe de France malgré le format. Ils progressent. Ce sont d’excellents joueurs et je pense qu’ils ont la volonté de briller avec l’équipe de France. Il faut que la Coupe Davis reste prioritaire dans leurs calendriers respectifs. Et alors oui, dans ce cas-là, je pense qu’on peut ambitionner d’aller dans le Final 8, enfin si c'est bien ce nom, je ne sais pas vraiment comment ça s’appelle !

Personnellement, es-tu et seras-tu toujours partant ?
Comme je l’ai toujours dit, tant que je suis joueur de tennis en activité, je suis disponible pour le capitaine de l’équipe de France. Cette année, j’ai eu une saison difficile, pour plein de raisons différentes. J’ai attrapé le Covid pour la deuxième fois à l’US Open et je ne l’ai su qu’en rentrant. J’ai également eu des soucis personnels. C’est une année compliquée, mais je vais faire tout ce que je dois faire pour rester performant et revenir à mon meilleur niveau. Après, si le capitaine estime que je ne suis pas au niveau... La place n’appartient à personne. S’il peut exister une autre association qu’il estime plus performante, alors je serai le premier supporter de cette équipe.

Selon toi, faut il continuer à faire évoluer le format et si oui, comment ?
Si ça dépendait de moi, je rétablirais un format « home and away » (à domicile et en déplacement), comme c’était le cas avant. Et je ferais en sorte que la compétition se dispute sur deux ans. Grâce à ça, il y aurait deux tours sur une première année, puis deux autres pour ceux qui vont en finale sur la deuxième. Je reviendrais aussi sur un format au meilleur des cinq sets même si c’est compliqué. Côté ambiance et public, peut-être que c’était mieux à Glasgow ou Bologne ou Valence, mais pour nous en Allemagne, c’était compliqué. Pas au niveau de l’organisation, de ce point de vue tout était parfait, mais les tribunes étaient vides. Pour qu’une compétition comme celle-ci soit réussie, il faut du monde en tribunes ! Quand tu mets une billetterie à 80 euros pour voir un match Australie-France en Allemagne, c’est sûr que tu ne remplis pas le stade ! En plus, on jouait dans un indoor qui n’en était pas un, où il faisait au maximum 12 degrés... Pour l’instant, les joueurs ont tellement de fierté de représenter leur pays qu’ils jouent à fond et il y a des super rencontres malgré tout, mais jusqu'à quand ? Jusqu’à quand ? C’est un sujet qui me touche énormément, car je suis très attaché à cette compétition.

Sans doute quelque chose qu’on ne reverra plus.

Comment tout ça s’organiserait ?
Au lieu de jouer le premier tour juste après l’Australie, tu commences plus tard. Puis un 2e tour après l’US Open. Ensuite, la demi-finale se joue après l’Open d’Australie.

Quel est ton calendrier jusqu’à la fin de l’année ?
Metz, Nur-Sultan ou le Challenger d’Orléans, Florence, Anvers, Vienne ou Bâle, et Bercy. Un programme assez chargé pour pouvoir gagner un maximum de points et de matches.

Avant de te laisser, juste un petit mot sur la retraite de Roger Federer.
Un joueur comme ça, t’as envie qu’il termine en grande pompe à Wimbledon. Il s’est laissé la possibilité de le faire, mais il a compris que ça ne serait pas possible. La manière dont il a joué au tennis est sans doute quelque chose qu’on ne reverra plus. On savait tous que ça allait arriver, mais il laissera malgré tout un grand vide.