La Coupe Davis va mieux

24 nov. 2023 à 14:02:08 | par Eli Weinstein

La Coupe Davis 2023
Cette semaine a lieu à Malaga, en Espagne, la phase finale de la Coupe Davis, sous forme d’un « final eight ». De ce qu’on a vu pour le moment, il y a du monde en tribunes, de l’ambiance et de l’émotion. Ça, c’est la Coupe Davis !

Au moment où il a remporté le premier set face à Cameron Norrie, dans le quart de finale qui opposait la Grande-Bretagne à la Serbie, Novak Djokovic a d’abord mis sa main derrière l’oreille pour faire mine « Je ne vous entends pas, là ! ». Puis, après sa victoire et l'élimination des Grands-Bretons, le numéro un mondial, agacé d’être gêné durant son interview sur le court par un bruit de tambour incessant, a apostrophé les fans de Cameron Norrie pour leur dire de « se la fermer » et de « respecter les joueurs et les gens ». Regardez par vous-mêmes.

Ça, c’est la Coupe Davis ! Des joueurs qui perdent leurs nerfs, un public qui se lâche ! Si la salle avait été vide et sans ambiance aucune, alors ce type d’altercation ne pourrait avoir lieu. On a beaucoup critiqué la Coupe Davis et son nouveau format. Dans un premier temps, à juste titre, car les matches se jouaient à huis clos. Un huis clos non imposé, ni par les corps gouvernants, ni par une pandémie mondiale, mais bel et bien par un chamboulement des habitudes et traditions.

Cela fait quatre ans maintenant que nous sommes entrés dans la nouvelle ère de cette compétition et il semblerait qu’on commence à sentir des progrès en termes d’expérience client. Pour avoir été sur la phase finale de la Billie Jean King Cup, qui s’est disputée il y a dix jours à Séville, je peux témoigner du fait qu’il y avait du monde en tribunes. Les nations étaient représentées par leurs groupes respectifs de supporters et le reste des places étaient occupées par des fans de tennis, des écoles de tennis, des invités VIP, des curieux… Et la vérité, c'est que les arbitres devaient, régulièrement, demander le silence. Pas toujours un bon signe, mais lorsqu’on est en quête d’ambiance, il s’agit alors d’une stat intéressante.

En ce qui concerne la Coupe Davis, c’est encore plus flagrant car l’Espagne ne fait pas partie des huit équipes en lice en début de semaine. Et pourtant, les tribunes sont bien garnies. D’ailleurs, les chiffres ne mentent pas. Quatre mille fans finlandais (il y en aura encore plus aujourd’hui pour la demi-finale) étaient présents pour la victoire de leur équipe face au Canada tenant du titre, avec une salle quasi pleine. Mais également cinq mille spectateurs britanniques venus soutenir l’équipe d’Andy Murray, malheureusement forfait de dernière minute. Pour la finale, il n’y a déjà plus de place. Elle se jouera à guichets fermés ou « Agotado », comme on dit en Andalousie.

Mais ce qui, à mon avis, contribue largement à la tension et au « drama » - comme aiment dire les anglophones -, c'est ce format sportif à élimination directe. Chaque rencontre est une finale. Tu gagnes, tu continues. Tu perds, tu rentres à la maison. Ça rappelle un peu la Ligue des champions avant que les phases de poules n’entrent en vigueur. Cette peur d'une défaite si brutale fait que tout le monde est à cran. Et ça c’est bon !

Mon seul regret est de voir l’Italie et la Serbie s’affronter en demie et non en finale. Mais ça, c’est la faute à pas de chance et à personne d’autre. En effet, le tirage de cette semaine s’est fait immédiatement à l’issue des pré-phases finales de poule, avec le vainqueur de groupe face au 2e d’un autre groupe. On n’est pas sur un tirage de la Coupe du Monde de rugby, qui se fait 43 ans avant la compétition et qui voit donc ses affiches de quarts de finale être mille fois plus alléchantes que les demies (oui, je suis encore un peu aigri et alors ? Pas vous ?!?!).

Cela étant dit, globalement, la compétition, en 2023, a retrouvé de l’âme. Il y a eu cette rencontre, à Manchester, entre la France et la Grande-Bretagne, qui était une vraie rencontre de Coupe Davis. Et il y a cette phase finale à huit avec élimination directe. Il faut maintenant étendre ce regain de forme à toutes les rencontres, qu’il s’agisse d’un Corée du Sud / République tchèque à Valence, ou d’un Croatie / Etats-Unis à Split. Il ne s’agit en aucun cas d’un tabou.  

Dans l’équipe du 21 novembre dernier, David Haggerty, président de la Fédération Internationale de Tennis (ITF), a évoqué le fait que le format allait évoluer et que l’ITF était en train de plancher dessus. A la question « Quelles sont les options sur la table ? On parle d'une compétition étalée sur deux ans, avec le retour du "home and away" et une finale à quatre la deuxième année… », le président a répondu ceci : « Ce n'est pas une des options que nous étudions. On est plutôt sur une formule "home and away" sur deux ans, avec le format actuel pour finir, quelque chose entre les deux donc, mais pas ce que vous évoquez. ». Puis, Romain Lefevre (le journaliste de L’Equipe) enchaîne : « 2025 va arriver vite. Quand vos décisions seront-elles annoncées aux joueurs et officialisées ? » Ce à quoi Haggerty répond : « Pas plus tard qu'en mars prochain. Il va y avoir une élection du board et nous souhaitons que ce nouveau bureau ait toutes les informations pour travailler sur ces changements éventuels, tout en échangeant avec l'ATP pour avoir son retour et celui des joueurs. Nous avons une réunion cette semaine à Malaga (Espagne). Nous allons continuer à échanger avec les tournois du Grand Chelem également pour qu'ils nous donnent leur avis. ».

On est content de savoir que les ajustements sont en cours et, surtout, on est heureux de voir que la Coupe Davis va mieux. En atteste la présence des deux finalistes du Masters…

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