Nadal : “Mon bonheur ne dépendra pas du fait d’avoir gagné ou non plus de titres du Grand Chelem que Federer et Djokovic”

26 janv. 2022 à 17:02:00 | par Mathieu Canac

Après la qualification de Rafael Nadal pour les demi-finales de l’Open d’Australie, l’éventualité d’un 21e titre du Grand Chelem, synonyme de record, fait de plus en plus parler. Un objectif dont l’Espagnol ne fait pas une obsession.

 

J’ai pour habitude de dire que le mieux classé encore en lice dans le tableau est le favori, mais cette fois, je vais donner ce statut à Rafa, parce qu’il a 20 titres du Grand Chelem (sourire).” Au micro d’Eurosport après sa victoire contre Henri Laaksonen au premier tour de l’Open d’Australie, Daniil Medvedev, numéro 2 mondial et joueur le mieux classé du tournoi après l’éviction de Novak Djokovic, avait malicieusement rejeté la pression sur Rafael Nadal. Qualifié pour une demi-finale programmée vendredi face à Matteo Berrettini, l’Espagnol n’est plus qu’à deux victoires de devenir le premier homme à compter 21 sacres en Majeur en simple. Un possible record ancré dans l’esprit de chaque amateur de tennis l’empêchant d’avancer en sous-marin, à l’abri des regards.

Bien que privé de bathyscaphe pour prolonger sa plongée dans les eaux australiennes, le gaucher des Baléares a trouvé un moyen de résister à la pression. Naviguer à vue, sans se fixer de destination finale précise entre les deux chemins qui s’offrent à lui : le ciel avec un nouveau triomphe, ou toucher terre. Son but principal ? Profiter de sa passion. Le tennis. “La vérité, c’est que deux mois en arrière, nous (ses proches et lui) ne savions pas si j’allais pouvoir revenir sur le circuit, a-t-il répondu à Jim Courier lors de l’interview sur le court après son succès épique de 4h08 et cinq manches contre Denis Shapovalov mardi. Être ici, pouvoir jouer au tennis, c’est un cadeau de la vie.

“Deux mois en arrière, nous ne savions pas si j’allais pouvoir revenir sur le circuit” - Rafael Nadal

Touché au pied gauche - résurgence du syndrôme de Muller-Weiss dont il est atteint depuis 2005 - pendant sa demi-finale brutale de Roland-Garros perdue face à Novak Djokovic l’an passé, le Majorquin a dû faire une croix sur les six derniers mois de 2021. Toujours diminué, sa tentative de retour à Winston-Salem, début août, avant l’US Open, fut un échec. Le scaphoïde en piteux état, un esprit tiraillé pendant des mois par les doutes quant à la suite de sa carrière, et un organisme frappé par les symptômes éprouvants de la covid-19 fin décembre, le Majorquin, 35 ans, a, déjà, réussi un come-back édifiant. Digne de son statut de monument.

Vainqueur de l’ATP 250 de Melbourne début janvier pour son retour en compétition officielle, il a aligné neuf succès consécutifs depuis le début de l’année. De quoi retrouver quelques certitudes. “Maintenant, je me sens bien, a-t-il répondu en conférence de presse après avoir dompté la fougue de Shapovalov. Nous (son équipe et lui) sommes en demi-finale, encore en course pour gagner le tournoi. C’est incroyable pour moi.” Une présence sur l’un des plus grands courts du monde, raquette en main, amplement suffisante à ses yeux. Sans faire du fameux 21e une obsession qui pourrait prendre les ailes d’une chimère, et noircir ses vieux jours en s’envolant définitivement dans le cas d’une carrière bouclée sans atteindre cet objectif.

“Vous ne pouvez pas être frustré parce que le voisin a une plus grande maison que vous” - Rafael Nadal

Je n’espère rien, a-t-il répondu devant les journalistes au sujet de l’éventuel record. Je continue simplement ma route, en prenant du plaisir à jouer au tennis, comme je l’ai dit des centaines de fois. Bien sûr, j’ai envie de gagner le plus de titres possible, mais honnêtement, du fond du cœur, je continue avant tout pour profiter du tennis aussi longtemps que possible plus que pour avoir davantage de trophées que les autres. Le fait que Novak (Djokovic), Roger (Federer) et moi-même soyons chacun à 20 (titres du Grand Chelem), ça montre que nous partageons une ère incroyable de l’histoire de notre sport, et c’est un honneur pour moi d’en faire partie.

Mais en ce qui concerne mon avenir, je ne crois pas que mon bonheur dépendra du fait d’avoir gagné un Majeur de plus ou de moins que les autres, a-t-il poursuivi. Je suis déjà super satisfait et je me sens très chanceux d’avoir pu vivre tout ce qui m’est arrivé dans la vie. J’ai ma façon de voir la vie. Vous ne pouvez pas être frustré parce que le voisin a une plus grande maison que vous, un meilleur téléphone ou autre. Je ne vais pas être frustré si Novak ou Roger terminent leurs carrières avec plus de titres du Grand Chelem que moi.” Exemple célèbre du vice de l’envie, Louis XIV, jaloux de la splendeur du château de Vaux-le-Vicomte, avait envoyé Nicolas Fouquet en prison. Avant de faire bâtir son propre joyaux, Versailles, plus somptueux encore. Peu importe la suite, Nadal ne sera pas ce genre de roi dans l’histoire du tennis.

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