Le journal de vacances de Benoît Paire

19 mars 2020 à 17:52:00

Le journal de vacances de Benoît Paire
Au chômage forcé, les joueurs doivent s’occuper. Entre l’annonce de la suspension du circuit ATP et celle du confinement en France, Benoît Paire a filé à Cancún. De quoi imaginer le récit (fictif) de son séjour mexicain.


12 MARS

Cher Journal, aujourd'hui, je suis tout excité ! Comme un collégien à la sortie des cours pour sa première soirée de vacances. Et pas des petites, genre la Toussaint, mais carrément celles d'été ! L'ATP vient d'annoncer la suspension du circuit pour six semaines. Moi, ça m'arrange. Depuis mes bons matchs en jouant pour les copains à l'ATP Cup et ma finale d'Auckland contre Ugo, j'ai un peu de mal. Je ne passe plus le deuxième tour. 6 défaites en 8 matchs. On dirait les stats du Téfécé. Mais contrairement à eux, je n'ai pas d'excuse. Je n'ai pas eu Kombouaré comme entraîneur. Quelle idée aussi de choisir un Parisien (allez l'OM !). Bref, j'ai besoin de me ressourcer. Je te laisse, je dois prendre l'avion pour Cancún. En plein spring break, ça va être la folie là-bas !


13 MARS

Cher Journal, je suis bien arrivé au Mexique. Merci de t’en soucier (oui, dans ma tête tu me parles. D'ailleurs, ça explique peut-être pourquoi les gens disent que je ne suis pas tout seul là-haut). Je viens d'apprendre que Manu a ordonné la fermeture des écoles en France. Apparemment, tous les collégiens et lycéens ont sauté de joie. Tous des Benoît Paire à qui on annonce des vacances surprise, lol ! Du coup, je me pose des questions. C'est moi qui suis resté bloqué à l'adolescence, où eux qui sont déjà aussi matures qu'un trentenaire ? Pour trouver la réponse, je vais aller marcher un peu. Ça me rappellera mon match à Rotterdam tu me diras. Sauf qu'ici, je peux le faire sur la plage. Ce soir, j'irai sans doute en boîte pour mettre le feu au dancefloor. Après tout, danser, c'est une bonne façon de travailler le jeu de jambes.


14 MARS

Cher Journal, je me suis bien réveillé dans mon lit, mais ce n'était pas ma chambre. Exactement comme dans le sketch de ce comique dont j'ai zappé le nom. Faut dire, la mémoire, ce n'est pas mon fort. J'oublie vite. Chaque fois que je dis aux journalistes "j'ai changé", dès le lendemain, je perds mes nerfs. J'ai mal à la tête. C'est Les Tambours du Bronx sous mon crâne. Sauf qu'ils jouent très mal en voulant taper de toutes leurs forces. Ça ressemble un peu à un match de Gulbis, du coup. En parlant de match, faudrait que je songe à aller à la salle pour garder la forme. Sinon, je n'aurai plus assez de force pour casser mes raquettes dans six semaines. En attendant, je vais prendre l'air dans l'eau. Aller voir les poissons. J'aime bien les poissons, ils me rappellent Bernard Tomic. Je sais, c'est méchant pour les poissons.




15 MARS

Cher Journal, je me suis bien amusé dans la mer. Faire des vagues, c'est un peu mon truc. Sur la plage, j'ai rencontré un groupe de jeunes. Des Américains. Ils avaient entendu parler de moi pendant le dernier US Open. Ils m'ont dit que mon plus beau coup de patte, c'était quand j'ai refusé de serrer la main de Bedene. On a bien rigolé. Surtout eux. Après ça, ils m'ont proposé de les accompagner en soirée : "Come on, buddy ! Come on, buddy !". Sur le moment, j'ai entendu "Benny". Alors j'ai pété un câble. J'ai rechuté. Je leur ai dit d'aller se "faire BIIIIIIIP". Heureusement qu'ils ne comprenaient pas le français. Dans le tas, deux ou trois costauds avaient des bras aussi balaises que le biceps gauche de Rafa.




16 MARS

Cher Journal, aujourd'hui je devais prendre l'avion pour Paris, mais mon vol a été annulé. Je suis tout seul au Club Med. Je commence à m'ennuyer. Si ça continue, je vais devoir aller m'entraîner. Le cauchemar... En France, Manu a fait un nouveau discours. Les gens doivent rester chez eux. Ça m'a fait comme un électrochoc, une prise de conscience : cette histoire de coronavirus est vraiment devenue très, très sérieuse. Prendre cette saleté à la légère, c'est comme arriver en tongs ou s'appeler Monfils - pardon frérot, mais 17-0 quand même... (excepté dans un monde parallèle)  -  pour jouer contre Novak : aucune chance de gagner. Demain, j'ai un autre avion pour rentrer. Sur le court, j'ai du mal avec les règles, mais là, je compte bien respecter toutes les consignes de l'arbitre. Ce n'est pas un jeu.




17 MARS

Cher Jojo (maintenant qu'on se connaît bien, je me permets de te donner un petit nom), je suis bien arrivé au pays. Les rues sont (quasi) désertes. On dirait les tribunes de mon match à Pune. Comme tout le monde, j'ai appris sur les réseaux sociaux que Roland-Garros a été décalé. Le tournoi aura lieu en automne. Du 20 septembre au 4 octobre. En plein pendant la Laver Cup... Ça m'étonnerait qu'on voit Roger à Paris. Mais il sera quand même présent dans nos cœurs. Purée, c'est beau ce que je dis. J'aurais dû faire poète. Ça m'aurait plu de casser des stylos. Apparemment, demain, ils vont annoncer l'annulation de la saison sur terre. Va falloir que je m'occupe pendant trois mois. Je pense que je vais faire comme les collégiens et lycéens, je vais jouer à Fortnite. Décidément, on a beaucoup de points communs eux et moi. Ça répond à ma question : ils sont vraiment très matures.



Avantages

Découvrez les avantages WE ARE TENNIS

En savoir plus