Uchronie : si Monfils avait battu Federer à l'US Open 2014

10 sept. 2020 à 12:39:00

Uchronie : si Monfils avait battu Federer à l'US Open 2014
“Contre Gaël, vous gardez toujours à l’esprit qu’il peut faire un coup en plus, comme le passing qu’il a tiré sur la balle de match, où vous espérez juste qu’il atterrisse derrière la ligne.” Après son quart de finale de l’US Open 2014 Roger Federer l’a reconnu, il a eu un peu de réussite. Gaël Monfils est passé à quelques centimètres de l’éliminer. L’année où celui-ci aurait pu ensuite affronter Marin Cilic puis Kei Nishikori pour espérer soulever son premier titre du Grand Chelem.

Par 13 fois dans sa carrière Gaël Monfils a vu un membre du top 5 se dresser sur sa route dans un tableau du Grand Chelem. Face à ce genre de maître, il s’est toujours emmêlé les pinceaux. Ou presque. Une fois, il a réussi à en faire voir de toutes les couleurs à l’un d’entre eux : David Ferrer, en quart de finale de Roland-Garros 2008. Une autre fois, il est passé à un poil d’encadrer une victoire de prestige. C’était contre l’un des joueurs les plus "nobles" de l’histoire. Ferrer avec un "de" en plus. Roger Federer. En quart de finale de l’US Open 2014, le Français l’a fait trembler en dessinant un succès aux allures de chef-d’oeuvre, sans parvenir y apporter la touche finale.

Menant deux manches à une, Monfils a eu deux balles de match dans le quatrième set. À 5/4, 15-40 service Federer. Si la deuxième a été effacé d’un coup droit imparable sur lequel le Suisse a mis la gouache, la première a dû hanter les nuits du Français. Après un service bien claqué, le Bâlois s’est avancé pour lâcher une volée liftée. Celle-ci, au centre, a laissé une chance à "La Monf'". Sur la balle, il a eu un boulevard en revers décroisé. Mais il lui a sans doute manqué un pas pour être dans une position optimale. Semblant flotter dans les airs pendant une éternité, la boule de feutre est retombée derrière la ligne de fond. De quelques centimètres.

Ensuite, le surnommé "Maestro" a tissé sa toile pour retourner la situation et s’imposer en cinq actes : 4/6 3/6 6/4 7/5 6/2. Telle est notre réalité. Alors, curieux et muni du générateur de portail dimensionnel de Rick et Morty, j'ai pu explorer un univers alternatif. Un monde parallèle où le passing de Monfils a atterri sur la ligne.

Enquiquiné par des blessures - tombé à la 119e place mondiale en mai 2013 - le Tricolore est de retour au premier plan. Comme dans notre monde, titré à Montpellier en début de saison 2014 puis quart-de-finaliste à Roland-Garros, il remonte au 24e rang du classement ATP avant l’US Open. À New York, il enchaîne les grosses performances. Jusqu’en quart de finale, il ne perd pas le moindre set. Refaisant le portrait de Grigor Dimitrov et Richard Gasquet en cours de route, il impressionne. "Il joue très, très bien. Il a un niveau top 5, lâche même un Gasquet écrabouillé 6/4 6/2 6/2. Il peut tout à fait aller en finale dans cette partie de tableau."

Gilles Simon, qui sert d'entraîneur officieux à son pote pendant le Majeur new yorkais, voit même encore plus loin. "Gaël a clairement ce qu’il faut dans la raquette pour gagner un titre du Grand Chelem un jour, lâche-t-il après sa défaite contre Marin Cilic en huitième de finale. Je ne sais pas s’il va gagner ici, mais il peut le faire. J’ai toujours pensé que si je le coachais, il en gagnerait un (rires) ! Malheureusement, je vais devoir rentrer (en France). Je le prépare pour Roger (Federer), et après il se démerde (rires) ! Roger est fort, mais en 5 sets, Gaël peut lui faire mal."

"Gaël a clairement ce qu'il faut pour un titre du Grand Chelem"

La préparation sous la houlette de "coach Gillou" paye. À l’instar de ce que nous connaissons, Monfils malmène Federer. Mais, cette fois, son passing sur la fameuse première balle de match reste dans le court. 6/4 6/3 3/6 6/4. Monfils tient sa victoire de prestige en Grand Chelem. Il vient de couper l’une des trois têtes du "Fedalovic", ce cerbère gardant férocement les portes des titres majeurs. Depuis Roland-Garros 2005 inclus, seuls trois trophées ont échappé au molosse : l’Open d’Australie 2014, empoché par Stan Wawrinka, ainsi que les US Open 2009 et 2014, glanés par Juan Martin del Potro et Andy Murray.

Après cet exploit, notre héros affronte Marin Cilic en demi-finale. Le tombeur de Simon. Monfils sait que l’expertise tactique de son ami peut lui être d’une aide précieuse. Pour le convaincre de prolonger le séjour américain à ses côtés, il lui propose un marché. "Si tu restes pour me coacher, je t’apprends à gagner un point en deux frappes", lui lance-t-il, taquin. Affaire conclue. Le natif de Nice repousse son départ. À cette époque, Monfils et Cilic ne compte qu’un duel, remporté par le Parisien en 2009. Simon, lui, mène 4 succès à 1 face au Croate. De quoi pouvoir espérer trouver des solutions efficaces.

"Coach Gillou" aux côtés de Monfils

La lutte est âpre. Cilic, vainqueur du tournoi dans notre réalité, est flamboyant. Mais Monfils résiste. Il emmène le géant de Medjugorje jusqu’au cinquième round. Là, entamé par ses 4h13 de combat avec Simon, l’escogriffe de 1,98 m finit par flancher. 4/6 7/6 1/6 7/5 6/3, Monfils. Pour la première fois depuis Jo-Wilfried Tsonga à Melbourne en 2008, un Bleu est en finale d’une levée du Grand Chelem. "S’il va chercher la coupe, j’espère qu’il ne claquera pas tout son prize-money en McDo ou jeux vidéos, et qu’il donnera un bon pourcentage à son nouvel entraîneur", glisse, malicieux, Simon après la rencontre.

Une ambiance bon enfant qui aide à détendre l’atmosphère à l’approche de l'évènement. Surtout pour un joueur qui, de son propre aveu, peut avoir du mal à gérer ses émois pendant les grands matchs. "Parfois, je me fatigue à contrôler mes émotions, explique-t-il. Ça dure quelques minutes, peut-être le temps de deux jeux, mais contre un grand joueur ça ne pardonne pas. Il breake et ça devient compliqué." Mais le destin lui sourit. Dans l’autre demi-finale, Kei Nishikori vient à bout de Novak Djokovic. L’homme que Monfils ne bat jamais. En septembre 2014 le bilan est déjà de 10-0 en faveur du Serbe (17-0 désormais).

Monfils devient grand

En revanche, "La Monf" n’affiche qu’une joute avec le Japonais. Perdue à Halle deux mois plus tôt, celle-ci est toutefois peu significative car sur gazon. Une surface que Monfils abhorre. Et, autre motif d’espoir, Nishikori n’a plus grand-chose dans le réservoir. La mobylette de Matsue vient successivement de rouler 4h19 pour se défaire de Raonic, 4h15 contre Wawrinka, et 2h53 à toute allure face à Djokovic. En finale, sa réserve ne tient qu’une manche. Plus frais, Monfils triomphe. 7/6 6/3 6/2. Des étoiles plein les yeux, il lève le trophée vers celles du ciel. À une main. Comme son idole d’enfance, Yannick Noah, à Roland-Garros en 1983.

Le nouveau champion devient un héros national. 31 ans que la France attendait un vainqueur en Grand Chelem chez les hommes. "Monfils est devenu grand !", titre L’Équipe qui n’oublie pas de consacrer une page au rôle de Gilles Simon : "Monfils, acteur majeur grâce au cours Simon". Ce dernier, quant à lui, vient de se découvrir une nouvelle passion. Il accepte d’être le coach officiel de Gaël Monfils, mais sans toutefois stopper sa carrière. Tel Ruud Gullit ou Gianluca Vialli à Chelsea dans les années 90, le voilà entraîneur-joueur. "Mais j’ai mis une clause dans le contrat, en tout petit, plaisante-t-il. Il doit me laisser gagner si on se rencontre en tournoi."

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