A l’heure du confinement de la moitié du globe, souvenons-nous de ces matches de tennis où, s’ils s’étaient déroulés à huis-clos, l’issue finale aurait sans doute changé. Troisième volet de ces parties où le public a pleinement joué son rôle : le parcours de Daniil Medvedev à l’US Open 2019, galvanisé par un public d’abord hostile. Avant la réconciliation du Russe avec les Américains, en fin de tournoi.

« Merci à tous, c’est votre énergie qui m’a permis de gagner ce soir. Plus vous me sifflez, plus vous me donnez de l’énergie. (…) Quand vous allez vous coucher ce soir, je veux que vous sachiez que j’ai gagné grâce à vous ! » Samedi 31 août 2019, le dernier match de la journée vient de s’achever sur le court Louis Armstrong et les tribunes se vident. Mais même en quittant leur siège, nombre de spectateurs continuent de huer le vainqueur de ce 16e de finale auquel ils viennent d’assister, d’autant plus que Daniil Medvedev continue de jouer la carte de la provocation au moment de commenter sa victoire. Micro en main, il ne se déballonne pas, fixe les travées avec morgue et lève un bras pour réclamer plus de sifflets.

Adoubé par McEnroe


Le Russe aura beau calmer un peu le jeu en conférence de presse (« J’ai été un idiot (…) je travaille pour devenir un homme meilleur sur le court »), le jeune homme de 23 ans est soudainement devenu le « vilain » de Flushing Meadows. Celui qui, face au vaincu Feliciano Lopez, a arraché sa serviette des mains d’un ramasseur de balles, lancé sa raquette vers sa chaise et tendu un majeur devant la caméra, geste obscène retransmis sur grand écran. Un comportement sanctionné de 9 000 $ d’amende mais qui, forcément, plait à John McEnroe. « Medvedev a été capable de recevoir à bras ouverts ce rôle de méchant en transformant quelque chose de négatif en positif », réagit le maître en la matière.

 

Au tour suivant, le nouveau trublion du circuit maitrise ses nerfs et assure sa qualification face au qualifié allemand Dominic Koepfer, non sans se faire encore conspuer. « C’est encore grâce à vous que j’ai gagné, merci ! », s’en amuse l’intéressé, avant de préciser face aux journalistes : « J'ai un peu provoqué la foule mais on sait tous comment peut être le public de New York, le plus électrique du monde ! (…) J'espère que ça les a amusés. » Les huées continuent d’accompagner ses victoires en quart de finale face à Stan Wawrinka puis en demi face à Grigor Dimitrov mais Daniil n’en a cure. Mieux, il s’en sert comme combustible pour continuer de rouler sur l’Amérique, à la fin d’un été où il a connu la joie d’un premier titre majeur à Cincinnati et se hissant en finale des tournois de Washington et de Montréal.

Finale épique contre Nadal


Comme au Canada, c’est Nadal qu’il retrouve moins d’un mois plus tard en épilogue de l’US Open. Entre le trentenaire espagnol réservé et le facétieux jeune Russe, c’est une opposition de génération autant que de caractère et de style. Le combat est féroce, magnifique d’intensité et c’est finalement l’aîné qui l’emporte en cinq sets, malgré l’admirable abnégation de son adversaire. « Je sais que j’ai dit certaines choses à propos de l’énergie négative du public plus tôt pendant le tournoi, cette fois je vais en parler dans le bon sens. Je garderai toujours le souvenir de cette soirée car j’ai joué sur le plus grand court du monde (…). Grâce aux spectateurs je me suis battu comme un diable », conclut-il avec classe lors de la cérémonie d’après-match. La bronca du début a laissé place à l’ovation méritée. Un chouchou est né.

A lire ou à relire : 

"Avantage, public" épisode 1 : Hingis-Graf à Roland-Garros, 1999

"Avantage, public" épisode 2 : Croatie-Argentine, finale de Coupe Davis, 2016