Le tennis féminin et les cinq sets

6 nov. 2019 à 11:00:00

Alors que la finale de la Fed Cup approche, son suspens, aussi beau soit-il, ne pourra nous tenir en haleine jusqu'au cinquième set d'un double décisif remporté, évidemment, par "Caro" et "Kiki". Contrairement aux hommes, naguère en Coupe Davis, les femmes sont limitées aux trois manches. Toujours. Peu importe la compétition.

"Les joueuses sont prêtes. Prêtes et capables de jouer en cinq sets dans les tournois du Grand Chelem, lançait Stacey Allaster en 2013. Tout ce qu'ils ont à faire, c'est nous le demander." Apparemment, l'ancienne présidente de la WTA n'avait aucun fan de Sergueï Bubka ou Renaud Lavillenie dans ses contacts. Personne n'a saisi la perche. Six ans après, les femmes se battent toujours en deux rounds gagnants quelle que soit la compétition. Principalement pour des raisons sans rapport avec les capacités athlétiques.

"Mais réussir à tout programmer serait un vrai défi, avait ajouté Allaster, consciente des enjeux de programmation et retransmission TV. Je sais qu'il est déjà très compliqué pour les organisateurs de gérer le calendrier d'un tournoi avec des matchs en cinq sets seulement pour les hommes." Certains rêvant même de raccourcir les efforts de ces messieurs, voir ceux des dames être allongés semble aussi probable que croiser un ours polaire au Sahara. Pourtant, la gent féminine est tout à fait capable de tenir la distance.

"Aucune raison physiologique ne différencie femmes et hommes"

L'endurance n'est pas une qualité réservée aux hommes. "Aucune raison physiologique ne différencie femmes et hommes, affirme Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport interrogé par France info. "Les capacités d'endurance sont réparties de la même façon." Pour preuve, dans les ultra-trails - courses d'une distance au minimum supérieure à un marathon - les femmes jouent des coudes avec les "jambes velues". Régulièrement, elles se classent au sein du top 10 et viennent se mêler à la lutte pour le podium.

Voire mieux, à l'instar d'Alissa Saint-Laurent. Gagnante 2015 de l'harassante Canadian Death Race - épreuve longue de 125 km avec 5 000 m de dénivelé au milieu des Rocheuses -, elle jouit du statut de première femme sacrée dans une compétition de ce type. Depuis, d'autres suivent ses traces et soulèvent des montagnes. Évoquer de prétendues limites physiques empêchant les femmes de jouer en cinq manches n'est donc que calembredaines. D'ailleurs, ce format ne serait pas inédit sur le circuit féminin.

De 1891 à 1901, temps de l'effort élégant en longue jupe plissée, la finale de l'US Open se joue en trois manches gagnantes. Tout comme celle du Masters, plus récemment, entre 1984 et 1998. En 1990, Monica Seles et Gabriela Sabatini en profitent pour flirter avec les lignes et écrire l'une des pages les plus homérique de l'histoire du tennis. Depuis, le professionnalisme et la résistance des joueuses ne cessent de progresser. "Je pense que chaque athlète féminine est prête à jouer cinq sets", confirme Serena Williams au cours du dernier Wimbledon.

Cinq sets chez les femmes, ce ne serait pas une première

Des propos faisant écho à ceux d'Angelique Kerber six ans plus tôt : "Je pense que nous sommes suffisamment préparées et fortes pour jouer cinq sets." Quant à celles ne s'estimant pas assez solides, un peu d'entraînement ferait l'affaire. "J'aurais besoin de travailler un peu plus mon endurance et faire plus de footings", explique Petra Kvitova. Que la Tchèque se rassure, les heures sup' ne sont pas pour tout de suite. Augmenter la durée des matchs n'est pas à l'ordre du jour. Ce dossier est laissé, depuis bien longtemps, au fond du tiroir d'un casier oublié dans un sombre placard du couloir le plus reculé des bureaux des diffuseurs.

Néanmoins, Martina Navratilova - qui œuvre comme BNP Paribas en faveur de l'égalité hommes/femmes - a une solution qui ne pertuberait pas les grilles : réduire le nombre de rencontres au meilleur des cinq sets chez les hommes. "Tout le monde, femmes et hommes, devrait jouer les premiers tours en deux manches gagnantes, propose-t-elle au pendant Wimbledon 2019. Puis on passerait au format cinq sets dans les deux tableaux à partir des quarts de finale." Une nouvelle perche qu'aucun décideur n'a osé saisir pour se risquer à faire le grand saut.

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