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Le jour où la finale des Masters féminins s’est jouée en cinq sets

Il y a 25 ans très exactement avait lieu le premier match en cinq sets sur le circuit pro féminin. Une rencontre épique disputée dans le cadre du Masters et remportée par Monica Seles.

En novembre 1990, il y a 25 ans très exactement, avait lieu le premier match en cinq sets sur le circuit pro féminin. Une rencontre épique disputée dans le cadre du Masters et remportée par Monica Seles face à Gabriela Sabatini. Si l’expérimentation prit fin moins d’une décennie plus tard, le débat, lui, reste encore d’actualité, sur fond de polémique concernant l’égalité hommes-femmes…

 

C’était le 18 novembre 1990 au Madison Square Garden de New York. Un dimanche, jour de finale des Masters de tennis féminin. Une façon de clore en apothéose la saison avec cette opposition prometteuse entre la populaire Gabriella Sabatini et la très jeune Monica Seles, pas encore 17 ans à l’époque. C’est cette dernière qui a la faveur des pronostics, en qualité de tête de série numéro 2 du tournoi, tandis que la numéro 1 mondiale Steffi Graf a été sortie en demi-finale par Sabatini. L’Argentine, elle, a le soutien d’une large partie du public new-yorkais, lequel assiste à un début de rencontre déséquilibré qui tourne largement en faveur de la jeune Yougoslave. Elle remporte sans trembler la première manche 6/4, mène 5/4 service à suivre dans la seconde. Match gagné ? Non car même en cas de deuxième set remporté, il faudra en disputer au moins un troisième. Depuis 1984 en effet, la WTA avait instauré la règle de la victoire en trois sets gagnants pour la finale du dernier tournoi de la saison. Une décision inédite depuis l’ère Open et même depuis 1901, une époque où les organisateurs des Championnats américains, l’ancêtre de l’US Open, avaient fait le choix de raccourcir les matchs féminins en instaurant la règle des deux sets gagnants qui était déjà la norme sur les autres tournois. Depuis 1984, donc, la finale du Masters WTA se joue en trois sets minimum. Mais jamais jusqu’en 1990 aucune rencontre ne s’éternise jusqu’à disputer cinq sets. Ce match entre Seles et Sabatini ne semble d’ailleurs pas en en prendre le chemin…

 

« Un des plus beaux matchs de l’histoire »

 

Dans le courant du deuxième set néanmoins, Sabatini se réveille enfin et décide de mettre plus d’agressivité dans son jeu. Elle surprend son adversaire et renverse la situation, remportant la deuxième manche 7/5 puis la troisième dans la foulée, 6/3. Vexée certainement par ce scénario imprévu, Seles se ressaisit et reprend le dessus pour empocher la quatrième manche 6/4. C’est un moment historique que vivent alors les spectateurs du Madison Square Garden : pour la première fois depuis 1901, l’issue d’un match féminin va se jouer au cinquième set. Et pas question de s’en plaindre. « Plus ça allait et moins je ressentais de la fatigue », explique Monica Seles à l’issue d’un face à face impressionnant qu’elle finit par remporter, 6/2 dans la dernière manche. Durée totale : 3h47 de jeu et « l’un des plus beaux matchs de l’histoire du tennis féminin », n’hésite pas à écrire la correspondante Judith Elian dans son compte-rendu pour L’Equipe.

 

 

De quoi définitivement faire pencher les suffrages en faveur des défenseurs de ces matchs à rallonge lors des grands tournois de tennis féminin ? Pas vraiment. Jamais depuis la WTA n’a instauré cette règle en Grand Chelem et elle a même fini par la supprimer lors de l’édition 1999 des Masters, avec un retour au format court. Lors de la décennie 90, deux autres finales se tiendront en cinq manches, toutes deux remportées par Steffi Graf : en 1995 face à sa compatriote Anke Huber (6/1 2/6 6/1 4/6 6/3) et l’année suivante face à Martina Hingis (6/3 4/6 6/0 4/6 6/0).

 

Les anciennes gloires sont pour, les actuelles contres

 

Ce retour à l’ancienne règle ne veut pas dire que le débat n’a pas continué sur le circuit, bien au contraire. Il perdure et est même entretenu par les plus hautes instances du tennis. La présidente de la WTA depuis 2009, Stacey Allaster, s’est elle-même prononcée en faveur des matchs en cinq sets lors d’une interview accordée en 2011 à un média japonais : « Les femmes s'entraînent aussi dur que les hommes. Nous avons toujours dit que les femmes étaient prêtes à jouer cinq sets. Ce sont les organisateurs de Grands Chelem qui nous en empêchent. » Des propos confirmés deux ans plus tard, appuyés par le lobbying de quelques anciennes joueuses influentes, tels Martina Navratilova et Billie Jean King. Certains anciens (Pat Cash) ou actuels (Gilles Simon) joueurs ATP se sont aussi prononcés en faveur de ce changement de règle, sur fond d’égalité des efforts à accomplir pour gagner des tournois et donc empocher les plus beaux gains proposés durant la saison. « Ce n’est pas sexiste, mais j’estime que les femmes devront gagner autant que les hommes à partir du moment où elles joueront, comme eux, en trois sets gagnants. Sinon, ça n’a pas de sens », argumente ainsi l’ancien champion australien. Néanmoins, les figures du circuit WTA actuelles Serena Williams et Maria Sharapova ne partagent pas cet avis. Elles bénéficient d’ailleurs du large soutien des organisateurs de tournois et des diffuseurs, pour qui l’allongement des matchs du tableau féminin constituerait un vrai casse-tête niveau planning. Surtout, à l’instar de la mise en place du tiebreak au cinquième set en Coupe Davis par BNP Paribas, la tendance actuelle est plus à une volonté de raccourcir les matchs plus que de les allonger. « Plutôt que de songer à réinstaurer des matchs en cinq sets chez les filles, mieux vaudrait au contraire qu’on généralise les matchs en deux sets gagnants chez les hommes, estime Nathalie Tauziat. Les matchs marathons peuvent certes produire parfois des moments forts en émotion mais ils ne sont plus dans l’air du temps. »

 

Par Régis Delanoë

Article rédigé par

So Press

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