Il était au bord du gouffre, il a fait un grand pas en avant. En prenant le temps d’enfiler ses bottes de sept lieues pour enjamber le précipice. Nettement distancé par Tommy Paul, 6-2 dans le tie-break de la dernière manche, Arthur Fils n’a plus perdu un seul échange pour s’imposer 6-7³, 7-6⁴, 7-6⁶ à Miami.
Alors que la défaite se pointait avec ses gros sabots, le Français de 21 ans s’en est moqué comme de sa première paire. « J’ai juste dû croire en moi, c’était le plus important, a-t-il expliqué, comme l’a relayé L'Équipe. Je me suis simplement dit : “OK, point par point, si j’ai de la chance je m’en sors, sinon ce n’est pas grave, ce n’est pas un drame.” »
Fils avait déjà réussi une remontée similaire à Indian Wells
Une dédramatisation, alors qu’il s’était déjà incliné quatre fois en quart de finale de Masters 1000, qui lui a permis de se sentir bien dans ses pompes pour aller chercher sa première demi-finale dans un grand tournoi.
Ne jamais baisser les bras, sans avoir peur de perdre, voilà la meilleure façon de rester caillou dans la chaussure de son adversaire jusqu’au dernier coup de raquette. Et ça, Fils l’a très bien compris. Après s’être « découvert plutôt fort mentalement » pour traverser sa très longue convalescence due à sa blessure au dos, il a une nouvelle fois prouvé l’être aussi sur le court.
Quinze jours avant son duel contre Paul, il avait déjà réussi une remontée épastrouillante face à Félix Auger-Aliassime au BNP Paribas Open d'Indian Wells. Mené 5 points à 0 puis 6-3 dans le jeu décisif, il avait réussi à ne pas se prendre les pieds dans le tapis pour sortir vainqueur 6-3, 7-6⁹ en écartant cinq balles de set.
Lors des moments importants, il vaut mieux être sans sa bulle. Si on commence à célébrer ou se plaindre après chaque point, on ne se rend pas service.
« Dans ces situations, je me mets en “vision tunnel”, avait-il confié en conf’. Je bloque tout ce qu’il y a autour, et j’essaie de me voir gagner point après point. (...) Ma personnalité fait que j’aime laisser parler mes émotions. (...) Mais lors des moments importants, il vaut mieux être sans sa bulle. Si on commence à célébrer ou se plaindre après chaque point, on ne se rend pas service. »
Opposé à Jiří Lehečka, vendredi, pour une place en finale, Arthur Fils vise désormais un troc : celui des bottes de sept lieues contre les sandales ailées d’Hermès pour aller plus haut.