Arthur Fils : « Peut-être qu'un jour je pourrais me comparer à Alcaraz et Sinner, mais pour le moment, non »

20 avr. 2026, 18:41:00 | par Mathieu Canac

Vainqueur 6-2, 7-6² contre Andrey Rublev dimanche, Arthur Fils a remporté le tournoi de Barcelone. De quoi confirmer sa montée en puissance après une finale à Doha, puis un quart de finale et une demi-finale lors des Masters 1000 d'Indian Wells et de Miami. Revenu sur le circuit après une longue absence — seulement deux matchs disputés entre mai 2025 et février 2026 — en raison de sa blessure au dos, il s'est, déjà, imposé comme l'un des hommes les plus performants, et impressionnants, de ce début de saison.

Il était à deux doigts d’être éliminé d’emblée, il a finalement posé les dix sur le trophée Conde de Godó.

Après avoir sauvé une paire de balles de match lors de son entrée en lice contre Térence Atmane, Arthur Fils, tombeur ensuite de Brandon Nakashima, Lorenzo Musetti, Rafael Jodar puis Andrey Rublev, est allé chercher le titre à Barcelone. Le quatrième de sa carrière, le troisième en ATP 500. À 21 ans seulement. Not too bad, comme dirait un certain Novak D. en prenant l’accent italien.

Être absent une demi-année et jouer comme ça, c’est quelque chose d’irréel

Andrey Rublev, au sujet d'Arthur Fils

Au-delà de ces chiffres, le Français a épastrouillé par son niveau de jeu. Outre sa puissance, il a imposé à ses adversaires une intensité difficile à soutenir. Jodar, nouveau joyau espagnol dont le physique est encore à polir, en a fini avec les guiboles flageolantes ; Musetti et Rublev, pourtant habitués aux cadences de l’élite, ont été globalement étouffés à l’échange.

« Ton tennis est hallucinant, en a plaisanté le Russe lors de la remise des prix. Être absent une demi-année et jouer comme ça, c’est quelque chose d’irréel. Moi, j’ai pu m’entraîner tous les jours, et je ne suis pas à ce niveau. »

Nouveau geste en coup droit

Une longue convalescence — durant laquelle Fils a pris conscience d’être « plutôt fort mentalement » —, dont son équipe et lui ont su tirer du positif. En plus des changements pour soulager son dos, ils ont réfléchi aux moyens de pouvoir rivaliser avec les meilleurs. Quitte à modifier son atout maître, le coup droit.

« On a raccourci le geste, a-t-il confié pendant le BNP Paribas Open d'Indian Wells. J’avais une préparation plus ample. Ça permettait de mettre beaucoup de puissance et de lift, mais quand les gars envoyaient des balles rapides il m'arrivait de les prendre un peu derrière. Maintenant, je les frappe plus devant moi. Et ça va, je peux toujours taper plutôt fort (sourire). »

Il a le tennis pour rendre la vie difficile à Sinner ou Alcaraz

Ivan Ljubičić

6e à la Race sans avoir pris part à l’Open d’Australie, il s’est affirmé comme un des cadors de ce début de saison. « Il a le tennis pour rendre la vie difficile à Sinner ou Alcaraz, a même déclaré Ivan Ljubičić — responsable du haut niveau à la FFT, ex n°3 mondial et ancien coach de Roger Federer — dans L’Équipe ce lundi. Arthur n’a pas besoin de révolutionner son jeu pour gagner contre Sinner, surtout pas sur terre. »

La veille, le principal intéressé s’était montré plus mesuré. « La dernière fois que j’ai joué contre Carlos, il m’a botté le c** (défaite 6-2, 6-1 en finale à Doha), donc je dois être humble, a-t-il répondu en conf’ après son sacre en Catalogne. Je ne peux pas me comparer à eux (Alcaraz et Sinner). Peut-être qu’un jour je le pourrai, mais pour l’instant, non. » Un « pour l'instant » en témoin de toute la belle ambition du bonhomme.