#WeAre10nis Osaka, Serena Williams 2.0

17 déc. 2021 à 06:00:00 | par Steven Oliveira

Naomi Osaka
C’est en regardant un match de Serena Williams que le père de Naomi Osaka a eu envie que sa fille fasse une carrière dans le tennis. C’est avec des posters de l’Américaine que la Japonaise a grandi en tapant dans une balle jaune. Et c’est en battant Serena Williams que Naomi Osaka s’est définitivement fait un nom dans le tennis mondial, où elle a déjà dépassé son idole sur plusieurs points.

Des huées et des sifflets. Voilà ce qu’a obtenu Naomi Osaka au moment de remporter son premier titre du Grand Chelem au terme de l’US Open 2018. La raison de la colère des spectateurs de Flushing Meadows ? La défaite de l’idole de tout un peuple, Serena Williams, alors en course pour battre le record absolu de titres en Grand Chelem, qui aura reçu durant la finale un avertissement pour coaching par l’arbitre Carlos Ramos, avant de prendre un jeu de pénalité après des mots crus échangés en direction du Portugais. Cruel pour Naomi Osaka, devenue à seulement 20 ans la première japonaise - hommes et femmes confondus - à remporter un titre majeur. D’autant plus que celle qui s’était fait un nom quelques mois plus tôt en remportant Indian Wells face à la Russe Daria Kasatkina ne méritait pas une telle réaction du public tant elle n’y était pour rien dans cette bisbille entre Serena Williams et Carlos Ramos. Et, surtout, tant elle a dominé son idole de jeunesse dans tous les compartiments (6-2, 6-4). D’ailleurs, l’Américaine ne s’est pas trompée en demandant immédiatement aux spectateurs d’arrêter leur cirque et de respecter la nouvelle reine de New York : « Faisons de ce moment le meilleur moment possible. Reconnaissons le mérite où il y en a. Ne huons plus. Félicitations Naomi ! » Et les sifflets se sont alors transformés en applaudissements. Il aurait été dommage que la naissance tennistique de Naomi Osaka se termine sur une fausse note. D’autant plus qu’aujourd’hui, ce même public du Arthur-Ashe est désormais le supporter n°1 de la Japonaise. 

Joue-là comme Serena

L’histoire de Naomi Osaka est liée à celle de Serena Williams, pas seulement en raison de cette victoire à l’US Open. Il y a même fort à parier que sans l’Américaine, le Japon courait toujours derrière un premier titre en grand chelem. Retour en 1999. Avec sa sœur aînée Venus, Serena domine la paire Martina Hingis-Anna Kournikova et remporte le tournoi de double de Roland-Garros. Devant son écran de télévision, Léonard François prend une claque et n’a alors qu’un objectif en tête : que ses deux filles Naomi et Mari - âgées à ce moment-là de 2 et 3 ans - marchent dans les pas des sœurs Williams. Tant pis s’il n’a jamais touché une raquette de sa vie et que ses filles savent à peine marcher. Désormais, la famille Osaka vivra au rythme du tennis, que Naomi et Mari pratiquent alors 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. À l’image de ce déménagement depuis Long Island en Floride pour intégrer la Harold Solomon Tennis Academy à Fort Lauderdale, les deux soeurs sacrifient alors leur adolescence pour la petite balle jaune. La seule amie de Naomie est Mari. Et inversement. 

Comme Richard Williams, Léonard François ne manque jamais un entraînement de ses progénitures, et comme le père de Serena et de Venus, il a un impact immense sur les choix de ses filles qu’il façonne pour les faire grimper au sommet du tennis mondial. C’est lui qui les pousse à représenter le Japon, leur pays de naissance, et non les États-Unis, où la famille s’est installée en 2000. C’est aussi lui qui crée leur caractère sur un court de tennis. Timide et réservée, Naomi voit son paternel l’obliger à hurler des “come on” après chaque point, comme une certaine Serena, recevant même une pièce à chaque fois qu’elle le fait. Ancien coach de Naomi Osaka, Cyril Saulnier confirme l’influence de Léonard François : « Pour communiquer ce n’était pas évident car elle était très timide donc beaucoup de messages devaient passer par son papa. Il intervenait beaucoup en-dehors du cours, sur l’attitude à avoir notamment. » Et visiblement, la Japonaise a bien retenu la leçon. « Un point m’a toujours frappé : elle n’avait aucune peur, numéro un en face ou pas, continue le Français. Aucune émotion ne venait bloquer son jeu, son expression. » Un double comportement que la principale intéressée a prouvé lors de la finale de l’US Open 2018, comme elle l’a  avoué en conférence de presse d’après sacre : « Quand je vais sur le terrain, je ne suis pas la fan de Serena, je suis juste une joueuse de tennis qui affronte une joueuse de tennis. Mais quand on s’est enlacées lors de la poignée de mains, je me sentais à nouveau comme une petite fille. » Si Léonard François n'a pas réussi à reproduire la carrière des sœurs Williams - Mari n’ayant jamais fait mieux que 280e mondial en 2018 -, il peut toujours se targuer d’avoir façonné Naomi Osaka qui, à 24 ans, compte déjà quatre victoires en Grand Chelem, mais aussi un statut de sportive la mieux payée de l’histoire avec 37,4 millions de dollars de gains sur l’année civile en 2019. Ajoutez à cela le fait que c’est elle qui a eu la lourde responsabilité d’allumer la vasque olympique, en étant la dernière relayeuse de la flamme - une première pour un athlète pratiquant le tennis -, lors des JO de Tokyo et vous comprendrez à quel point Léonard François a réussi son coup. Soit deux accomplissements que n’a pas atteint Serena Williams. 

Une voix qui porte

Il n’y a pas que raquette en main que Naomi Osaka a suivi les pas de Serena Williams. C’est aussi le cas en-dehors des courts où, comme son aînée, la Japonaise use de son nouveau statut pour faire passer des messages qui lui tiennent à cœur. Et notamment concernant le mouvement Black Lives Matter. Alors en plein confinement, Naomi Osaka assiste devant son écran de télévision à la mort de George Floyd et décide dans la foulée de se joindre aux manifestations à Minneapolis. Avant de s’offrir une tribune dans le magazine Esquire pour  « dénoncer le racisme systémique et la brutalité policière » et d’impliquer directement les fans de tennis. D’abord en obligeant la WTA à reporter sa demi-finale de Cincinnati suite aux tirs de la police sur l’Afro-américain Jacob Blake, Naomi Osaka annonçant « qu’en tant que femme noire, j'ai l'impression qu'il y a des questions bien plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis ». Puis en arrivant sur les courts de l’US Open 2020, qu’elle remportera en finale contre Victoria Azarenka - avec un masque noir - différent à chaque tour - sur lequel est écrit le nom d’une personne victime des violences policières. Loin, très loin de la Naomi Osaka qui cherchait ses mots, stressait et offrait « le pire discours de l’histoire » lors de sa victoire à Indian Wells en 2018. 

Il faut dire que le sujet du racisme tient particulièrement à cœur à Naomi Osaka qui l’a vécu tout au long de sa vie. D’abord au sein de sa propre famille puisque ses grands-parents maternels, qu’elle n’a rencontré qu’à l’âge de 11 ans, ont tourné le dos à leur fille Tamaki Osaka, en raison de sa relation avec Léonard François, un étudiant noir haïtien. Puis au sein de son pays de naissance dans lequel elle a d’abord été moquée par des “humoristes” qui déclaraient qu’elle avait « besoin de Javel pour sa peau trop bronzée » avant de voir son sponsor Nissin faire une publicité en dessin animé dans laquelle la double vainqueure de l’Open d'Australie apparaît avec la peau blanchie. Même sa coéquipière en Fed Cup, Nao Hibino, parle dans le New York Times Magazine d’une joueuse « physiquement différente » qui « n’est pas comme Kei Nishikori qui est un pur joueur japonais ». Un racisme frontal de la part d’un pays où la diversité ethnique est l’une des plus faibles de la planète qui ne l’a pas empêché de représenter le Japon au tennis, permettant ainsi aux jeunes afro-japonais d’avoir un modèle et un exemple à suivre. 

« La vérité est que j'ai traversé de longues périodes de dépression »

Naomi Osaka est ce qu’on peut appeler un personnage complexe. Il y a d’abord cette timidité et cette voix douce et lente lorsqu’elle s’exprime. Puis cette hargne et sa rage de vaincre une fois la raquette en main. Enfin cet engagement et cette volonté de défendre des causes qui lui tiennent à cœur. Et si dans les deux derniers domaines elle semble faire preuve d’une grande confiance en elle, la réalité est toute autre comme elle l’a confiée dans la foulée de son retrait du dernier Roland-Garros où elle a, dans un premier temps, refusé d’assister aux conférences de presse afin de préserver sa santé mentale. « Je ne suis pas naturellement à l'aise pour parler en public et je ressens d'immenses vagues d'anxiété quand je dois m'adresser à la presse mondiale, avait-elle confiée dans un long texte sur Instagram pour expliquer sa décision de quitter le tournoi parisien. Quiconque me connaît sait que je suis introvertie, et quiconque m'a vu pendant des tournois aura remarqué que je porte souvent un casque audio parce que ça m'aide à atténuer mon anxiété sociale. La vérité est que j'ai traversé de longues périodes de dépression depuis l'US Open 2018 et que j'ai eu beaucoup de mal à m'en remettre. » Étonnament, là encore Naomi Osaka marche sur les traces de Serena Williams qui a, elle aussi, traversé une période de dépression en 2018 et qui a donc assez logiquement tenu à soutenir son padawan : « J’aimerais pouvoir la serrer dans mes bras en ce moment. Je sais ce qu’elle ressent parce que j’ai aussi été dans la même situation. Nous avons tous des personnalités différentes et chacun gère les choses différemment. Nous devons la laisser gérer cette situation comme elle le souhaite et comme elle pense que c’est le mieux pour elle. » Et pour Naomi Osaka son souhait était visiblement de se reposer en déclarant forfait pour Wimbledon et de stopper sa saison après l’US Open pour faire un long voyage en Grèce, sur les terres de son ami Stéfanos Tsitsipás, et ainsi couper avec le tennis. Pour mieux réattaquer 2022 ? Cela se pourrait bien. D’autant plus qu’il lui manque encore 19 Grand Chelem à aller chercher pour égaler Serena Williams au palmarès.

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