Absent du tournoi de Bercy organisé du 2 au 8 novembre, Novak Djokovic est à Vienne cette semaine. Comble de l’ironie, s’il a préféré privilégier un ATP 500 à un Masters 1000, c’est pour amasser le plus de points possibles dans le but de battre deux prestigieux records. En cas de victoire ce mercredi face à Borna Coric, il sera d'ores et déjà assuré d'égaler celui de Sampras et ses 6 saisons terminées à la première place mondiale.

 

Certes, ils n'ont rien de canards. Ni bec, ni plumes, ni pieds palmés. Pas même une aile, bien que certains semblent planer sur leur discipline. Pourtant, les meilleurs sportifs du monde ont un point commun avec l'Oncle Picsou : ils en veulent toujours plus. Peu importent les montagnes de pièces sur lesquelles il skie dans son coffre-fort, le tonton de Donald Duck n'en a jamais assez. Avec les records, Rafael Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic sont pareils. Et ils ont besoin de ça. C'est un de leurs moteurs. C'est ce qui différencie les champions, qui peuvent connaître une perte de motivation après un accomplissement majeur, et les monuments.

"Quand ils gagnent, ils pensent tout de suite au prochain tournoi, analyse Carlos Moya - ancien numéro mondial, vainqueur de Roland-Garros 1998 et entraîneur actuel de Rafael Nadal - au cours du podcast Subidos a la Red d'Alex Corretja et Javier Fana fin avril. Je m'étais fixé des objectifs élevés, mais quand je les ai atteints j'ai eu une baisse de motivation. J'étais comblé. D'une certaine façon, je manquais un peu d'ambition. Je vois quotidiennement à quel point Rafa a encore envie de continuer à progresser malgré tout ce qu'il a déjà accompli. Les trois (Nadal, Federer, Djokovic) veulent constamment gagner. Encore et encore. C'est ce qui les différencie de nous, les 'mortels'."
 

Égaler Sampras et battre Federer

Si Novak Djokovic préfère faire une croix sur le Masters 1000 de Bercy pour privilégier l'ATP 500 de Vienne, c'est parce qu'il a deux records prestigieux en vue.

"Pete Sampras était mon idole quand j'étais enfant, ça signifierait beaucoup pour moi de l'égaler, confie-t-il lors d'une conférence de presse avant le tournoi autrichien. Je veux aussi rester dans l'histoire comme celui qui aura passé le plus de semaines en tant que numéro 1 mondial.

Ayant une avance confortable sur Nadal, Djokovic sera assuré de terminer 2020 sur le trône de l'ATP s'il s'impose face à Borna Coric ce mercredi. Il réussirait alors cette performance pour la 6e fois de sa carrière. Autant que Pete Sampras, et une unité de plus que Nadal, Federer et Connors.

Pour décrocher l'autre pompon, le Serbe doit rester roi du manège jusqu'au 8 mars 2021. En cas de réussite, il compterait alors 311 semaines au sommet du classement ATP. Soit une de plus que Federer.

En Autriche, il n'a qu'une chose à l'esprit : gagner "pour collecter le maximum de points et prendre le plus d'avance possible avant la saison prochaine." Je vous entends vous questionner d'ici  "Dans ce cas, pourquoi ne pas plutôt venir à Bercy qui rapporte plus de points ?!" Parce que, depuis la reprise du circuit et ce jusqu'en mars, le système du classement est différent. Afin que les joueurs ne se sentent pas "forcés" de participer à des tournois en pleine pandémie, ils ne peuvent pas perdre de points.

Il est déjà assuré de conserver ses 1000 points de Bercy

Par exemple, si un concurrent éliminé au troisième tour de Bercy 2019 va jusqu'en demi-finale cette saison, c'est cette dernière performance qui est comptabilisée. En revanche, en cas de défaite dès son entrée en lice, il garde ses points de 2019. Sacré à Paris l'an dernier, Novak Djokovic est par conséquent déjà assuré de conserver ses 1000 points. Sur le plan mathématique, il n'a donc aucun intérêt à s’aligner à Bercy. Dans sa quête de records, il est plus judicieux d'aller grappiller à Vienne, où il était absent 12 mois en arrière, puis de se reposer en vue du Masters de Londres. Un calcul que lui reprochent les moins sagaces de ses cancaniers. Pourtant, dans la situation du Serbe, la plupart auraient adopté la même stratégie.

En 2018, dans la foulée de son triomphe à l'Open d'Australie synonyme de 20e titre du Grand Chelem, Roger Federer avait décidé d'ajouter Rotterdam à son calendrier.

Tournoi qu'il ne jouait plus depuis 2013. Aux Pays-Bas, il était allé chercher un nouveau Graal : celui du plus vieux numéro 1 mondial de l'histoire. "36 ans et 195 jours... Federer continue de mettre la barre très haut dans notre sport", avait alors tweeté un Andre Agassi détrôné par le Suisse. Comme l’a dit Moya, Nadal sue sang et eau à l’entraînement pour grimper toujours plus haut. “Oui, j’adorerais finir ma carrière en tant que joueur ayant gagné le plus de titres du Grand Chelem, je l’ai toujours dit”, déclarait d’ailleurs le Majorquin suite à son récent succès à Roland-Garros lui permettant d’égaler Federer et ses 20 trophées en Majeur.

Nadal - Djoko - Federer

Présent à Bercy la semaine prochaine, “l’Ogre de l’ocre” a sûrement un record dans un coin de la tête. En cas de premier couronnement dans la salle parisienne, il reviendrait à égalité avec Djokovic dans la course au nombre de titres en Masters 1000, 36 chacun.

Sans en faire une obsession. En se concentrant sur soi. “Je ne peux pas penser sans arrêt à Novak qui gagne ceci et Roger qui gagne cela, ajoutait l’Espagnol porte d’Auteuil. Vous ne pouvez pas vous rendre malade parce que le voisin a une maison plus grande, un bateau plus beau ou un meilleur téléphone. Vous devez vivre votre vie, non ?” A la fin de leurs carrières, l’un des trois, par son palmarès, restera peut-être comme le seul coq de la basse-cour. Mais ça n’enlèvera rien aux deux autres. Personne ne pourra les déplumer de tous leurs exploits.