Pendant les 15 derniers jours, j’ai eu le privilège d’échanger avec celles et ceux qui ont contribué à écrire l’histoire de Roland-Garros. Ces échanges ont permis de faire vivre le tournoi autant que possible, en attendant le 20 septembre et l’édition 2020 des Internationaux de France !

Je suis tout à fait conscient de la chance que j'ai de pouvoir gagner ma vie en regardant du tennis. Certes, c'est un petit raccourci, mais le fait est que je suis privilégié de pouvoir travailler dans un milieu qui me passionne. Mais durant ces 15 derniers jours, je suis devenu encore plus chanceux, car grâce à l'opération «  Echanges de légendes  », j'ai eu le privilège de discuter avec tous ces joueurs et joueuses qui ont écrit l'histoire de Roland-Garros.

L'opération s'achève ce soir avec Ivan Lendl. Mais avant lui, j'ai pu échanger avec, dans l'ordre : Martina Navratilova, Stefan Edberg, Boris Becker, Justine Henin, Jim Courier, Chris Evert, Marat Safin, John McEnroe, Arantxa Sanchez et Yannick Noah  ! Tu parles d'un casting  ! On est sur du très, très lourd. L'équivalent d'un Ocean's Eleven ou des Petits Mouchoirs. Chaque jour, j'avais une star encore plus impressionnante que la veille ! Certes, il m'a manqué certains noms, et notamment Björn Borg et Rafael Nadal, mais pour ne rien vous cacher, ce n'est pas faute d'avoir essayé …

Les mêmes trémolos dans la voix

Toute ces conversations ont permis d'en apprendre un peu plus sur les uns et les autres, et notamment sur leur personnalité. Certains m'ont donné volontiers leur numéro de téléphone perso pour faciliter le contact, d'autres ont refusé, préférant que je passe par leur agent. N'y voyez en aucun cas un reproche, il s'agit juste de façons de fonctionner qui ne sont pas les mêmes. Certains voulaient absolument faire des tests de connexion auparavant, d'autres s'en moquaient et se contentaient du seul rendez-vous du jour J. Il y en a avec qui on a parlé 1 heure et d'autres qui sont restés près de 2 heures.

En revanche, tous, qu'ils soient Américains, Français, homme, femme, ancien vainqueur, demi-finaliste, finaliste, septuple vainqueur, avaient les mêmes trémolos dans la voix lorsqu'ils se remémoraient leurs souvenirs de Roland-Garros. Ce tournoi n'est très clairement pas comme les autres aux yeux des joueurs. Il est clivant. Soit vous êtes Rafael Nadal et vous l'aimez plus que tout, soit vous êtes Pete Sampras et vous n'êtes pas fan, car vous n'avez jamais réussi à le museler.

Marat Safin m'a touché en expliquant la souffrance qu'il éprouvait sur un terrain. Il m'a aussi beaucoup fait rire en expliquant que beaucoup de joueurs qu'il avait affrontés à Roland-Garros pouvaient lui offrir un resto, tant il leur avait «  donné  » des victoires face à lui.

Un regret qu'il aura toujours

Boris Becker m'a surpris en me racontant la  «  night life  »  parisienne pendant le tournoi et les soirées chez Castel en compagnie de McEnroe, Wilander, Noah et d'autres.

Chris Evert m'a impressionné par l'humilité avec laquelle elle raconte sa domination absolue de ce tournoi chez les femmes.

Justine Henin m'a inspiré en expliquant à quel point elle était habitée lorsqu'il s'agissait de gagner Roland-Garros.

Yannick Noah m'a ému (presque aux larmes) lorsqu'il a raconté que dans la folie d'après la balle de match de sa victoire en 1983, il n'avait pas vu sa maman qui l'appelait de la tribune pour qu'il vienne l'embrasser. Un regret qu'il aura toujours au fond de lui.

Tous ces moments ont été revécus grâce aux équipes de We are Tennis, qui ont imaginé ce projet car ils voulaient à tout prix faire vivre l'âme de ce tournoi, de manière à combler autant que possible cette quinzaine vierge de tout tennis que l'on vient de traverser.

Maintenant, je n'attends qu'une chose  : le 4 octobre 2020, pour ce qui sera soit le 13e sacre de Rafa, soit la tant attendue victoire française, 37 ans après Yan qui, lui, avait succédé à Marcel Bernard, vainqueur 37 ans plus tôt...