Joie sans douleur

4 oct. 2019 à 12:12:00

Andy Murray s'est, certes, incliné face à Dominic Thiem en quart de finale du tournoi de Pékin, mais si on lui avait dit ça dans la foulée de sa défaite à Cincinnati face à Richard Gasquet, il aurait signé fissa. Murray est sur la bonne voie car la douleur n'est plus là et «  qu'il n'y a pas que le tennis dans la vie  ». S'il le dit...

Parfois, il faut un drame pour retrouver la joie. Le décès d'un proche peut réunir des soeurs qui ne se parlaient plus. Heureusement, pour Andy Murray, il n'y a pas eu de perte de vie humaine. Mais il a quand même subi une “near tennis death expérience”*. C'est grâce à cela qu'il voit les choses, sans douleur, avec un oeil désormais différent.

Face à Richard Gasquet, dans son pseudo match à Cincinnati, on ne va pas se le cacher : Andy Murray faisait de la peine. Ce match s'était fini sur le score de 6-4 6-4 pour «  Ritchie  », mais uniquement parce que ce dernier l'avait bien voulu. Il ne l'admettra jamais, mais Richard a été sympa avec Murray. Si en face, ce jour-là, il avait eu un gars du genre Lendl, Andy serait rentré dégoûté en vélo, pour peut-être ne plus jamais revenir ...

"j'ai commencé à ne plus aimer jouer au tennis"

Nous voici deux mois plus tard et v'là-t'y-pas qu'Andy Murray dispute un tie-break au 2e set face à Dominic Thiem (Top 10 donc), après avoir débreaké à 4-5, tout ça en quart de finale du tournoi de Pékin. Certes, l'Ecossais était en dessous physiquement et aurait sans doute perdu le 3e set, mais sait-on jamais... Rappelons qu'avant Thiem, Murray avait sorti, au 1er tour de ce même tournoi, le demi-finaliste de l'US Open, Matteo Berrettini 7-6 7-6. A priori, deux mois ne suffisent pas à retrouver le rythme après un break aussi long, suite à une intervention chirurgicale aussi lourde. Et en effet, il n'est pas encore «  back  », mais ça ne saurait tarder s'il parvient à poursuivre sur sa lancée.

Mais comment diable a-t-il fait  ? Mercredi, après sa victoire en huitième face à son compatriote Cameron Norrie (victoire en 3 sets en 2h52), dans un entretien accordé à l'Equipe, «  Muzza  » a expliqué qu'il est revenu « tout simplement parce que j'adore ça. J'adore jouer au tennis. C'est ce que je fais depuis que j'ai quatre ans. À partir du moment où j'ai senti que je pouvais rejouer, j'ai voulu essayer. Ces deux dernières années, j'ai commencé à ne plus aimer jouer au tennis, je ne prenais plus de plaisir sur le terrain. J'étais malheureux quand je m'entraînais, j'étais malheureux quand je jouais.  ». 

Maintenant qu'il évolue à nouveau sans douleur, il peut reprendre du plaisir, alors qu'avant l'opération, même lorsqu'il gagnait un match, il n'était pas heureux  : «  Quand  j'ai gagné mon premier match après ma première opération de la hanche, à Eastbourne  (le 25  juin 2018 face à Stan Wawrinka), il n'y avait aucune joie. J'ai dit à mon équipe  : "Pour quoi faire  ?" Je n'ai pas aimé ça.  ».

bel et bien de retour en 2020

Mais la simple disparition de la douleur n'explique pas tout. Un autre élément crucial lui a fait reprendre goût au tennis. Et c'est paradoxalement grâce au fait qu'il ne jouait pas qu'il a pu comprendre. Le fait d'avoir passé du temps à la maison avec sa femme et ses enfants, presque comme quelqu'un de normal, lui a permis de réaliser qu'il pouvait être heureux sans le tennis. Sa joie de vivre n'était pas limitée aux Players' Lounge, aux séance d'entraînements, aux matches, aux victoires, aux défaites... Il s'est aperçu que changer une couche lui procurait du plaisir, jouer avec ses enfants, préparer à manger, bref, les choses de la vie. Ce n'est pas moi qui le dis mais lui  : «  Tout au long de ces derniers mois, j'ai appris une chose essentielle  : sans le tennis, je peux aussi être bien dans ma vie. C'était quelque chose dont je n'avais pas vraiment conscience avant cette opération. Le tennis a été toute ma vie et la seule question que je me posais après mes blessures et mes opérations auparavant, c'était comment j'allais faire pour revenir sur le terrain. Mais là, après l'opération, j'ai eu quatre, cinq mois, où je sentais que la douleur s'amenuisait, où j'avais le temps de profiter de mes enfants et j'ai apprécié cela. C'est bon de jouer au tennis, mais je sais que quand j'aurai fini, dans dix-huit mois, dans trois ans ou quand que ce soit, je serai heureux. Et ça, je ne le savais pas vraiment avant l'opération. Je me demandais toujours ce que j'allais faire de moi  !  »

Andy va achever sa tournée asiatique à Shanghai, puis sa saison au tournoi d'Anvers, à moins qu'il ne bénéficie d'une wild card à Vienne, Bâle ou Bercy. En revanche, ce qui est certain, c'est qu'il sera bel et bien de retour en 2020. Et je parie volontiers ma télécommande (j'en ai 4 donc je ne prends pas trop de risques) qu'il va faire encore de belles choses, avec des victoires en tournois et des deuxièmes semaines en Grand Chelem. Et peut-être que Gasquet y est pour quelque chose...

* Expérience de mort tennistique imminente

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