Pour les raisons que vous savez, Wimbledon n'a pas eu lieu cette année. Les 10 ans du match du siècle entre Nicolas Mahut et John Isner n'ont donc pas pu être fêtés. Grâce à We Are Tennis, j'ai eu la chance et le privilège de parler avec eux deux, ensemble, de ce match. Ce qui n'était encore jamais arrivé  !

Parfois, les étoiles s'alignent et les choses se font facilement. A l'occasion de Wimbledon, et un peu à l'instar de ce que j'ai fait pendant ce qui devait être la période de Roland-Garros, je voulais parler avec Nicolas Mahut pour revenir sur ce match de dingo qu'il a disputé au 1er tour du tournoi anglais 2010, face à John Isner. Match qui, je vous le rappelle, avait duré 11h05. Puis, en discutant avec mes contacts chez We Are Tennis, on s'est dit  : « Et pourquoi pas les réunir  ?  » C'est donc ce que j'ai fait, grâce à ma bonne relation, de longue durée maintenant, avec Nicolas Mahut et à l'aide de son agent qui a facilité la liaison avec le clan Isner.

« J'avais vraiment besoin d'y aller  »

Donc, après avoir trouvé le bon créneau et la bonne connexion internet - l'intéressé se reconnaîtra ! -, on a pu lancer cette conversation qui, depuis 10 ans, n'avait jamais eu lieu.

On entend souvent l'un et l'autre dire que, depuis ce match, ils sont devenus amis et patati et patata. Lorsque John Isner s'est connecté et est apparu à l'écran pour la première fois, le visage de Nicolas Mahut, qui lui était déjà en ligne, s'est en effet illuminé. Il ne pouvait plus s’arrêter de sourire. Comme quelqu'un qui retrouve un bon pote qu'il n'avait pas vu depuis un moment. Ce qu'ils disaient sur leur relation était donc plus que vrai. Pas étonnant, car il s'agit de deux joueurs ayant des valeurs communes, qui sont celles du fair-play et de l’honnêteté. Cette éducation similaire, que l'un et l'autre ont reçue à deux bouts opposés de la planète, est la raison pour laquelle ils ont pu offrir au monde du tennis ce spectacle qu'on n'oubliera jamais. Durant la conversation, John Isner a rappelé qu'à aucun moment durant ces 11h05 de match, les deux joueurs n'ont essayé de gagner du temps, en profitant du règlement pour faire appel à un kiné. Je connais plus d'un joueur qui l'aurait fait. D'ailleurs, leur premier «  pipi break  » a eu lieu à 58 jeux partout dans le 5e set et après 6h48 de jeu. Pour la petite histoire, ils étaient côte à côte dans les toilettes et l'Américain en a profité pour s'excuser auprès de son adversaire, mais comme il dit  : « J'avais vraiment besoin d'y aller  » !

Un moment très fort de la conversation a eu lieu lorsque Nicolas Mahut a questionné son ami, lui demandant s'il y avait eu autre chose que la simple motivation et l'envie de gagner, qui lui avait permis de tenir aussi longtemps. Dans un premier temps, et sans doute à cause de la pudeur américaine, John Isner a répondu que c'était de voir son adversaire se battre avec autant de persévérance qui lui avait permis de comprendre ce que lui-même devait faire. Mais Nico et moi sentions que ce n'était pas tout. J'ai donc relancé en lui demandant s'il n'y avait pas une autre raison, peut-être extra-tennistique à laquelle il s'accrochait. Le «  big man  » du Texas s'est alors ouvert un chouia, en expliquant que sa maman, qui a suivi toute la rencontre des tribunes, avait survécu à un cancer et qu'à côté d'une telle épreuve, face au défi qu'elle avait relevé, un match de tennis, aussi long et difficile qu'il puisse être, n'était finalement pas grand-chose.

Ce sont eux qui trancheront

Mahut lui a emboîté le pas en expliquant que lui aussi pensait à sa maman, décédée 5 ans auparavant, durant ce match. Elle avait pour habitude de dire à son fils que quand il se sentait fatigué en jouant au tennis, il devait toujours penser qu'il y avait des réserves au-delà de ce qu'on pense être le point de fatigue absolu. Il s'est accroché à ce conseil, en se disant que c'était le moment de l'appliquer, et surtout en espérant que sa mère pourrait être fière de lui où qu'elle soit.

Avant de les quitter, je les ai un peu mis au pied du mur en leur demandant de donner un nom à ce match, afin qu'il entre de manière encore plus claire dans la légende. Les deux ont trouvé l'idée bonne mais étaient plutôt à court d'inspiration. On s'est donc dit qu'il serait sympa que vous, fans de tennis et membres de la communauté de We Are Tennis, soumettiez vos propositions qu'on enverra ensuite à John et Nicolas. Et ce sont eux qui trancheront. Alors à vos calepins !

Je ne vais pas tout vous raconter non plus, mais je vous invite vivement à regarder cette conversation qui, je vous rassure, ne dure pas 11h05. Un vrai moment sympa avec deux chics types, qui donnaient vraiment l'impression d'être heureux de revenir sur ce moment hors du temps.