Le premier tournoi après la reprise va être rigolo (Pierre Hugues Herbert)

16 mars 2020 à 16:25:00

Comme tout le monde, Pierre-Hugues Herbert est en arrêt forcé. Lors de l'entretien qu'il m'a accordé, il explique comment il a appris la nouvelle de la suspension du circuit, comment s'est passé son retour en France et surtout ce qu'il a l'intention de faire dans les semaines à venir.

Où étais-tu lorsque tu a appris l'annulation du BNP Paribas Open d'Indian Wells, puis la suspension du circuit?
La façon dont j'ai appris les infos en provenance de l'ATP ressemble un peu à ce qu'on a vécu ces jours-ci, c'est-à-dire par étape. Je suis arrivé le vendredi soir à Indian Wells et je me suis entraîné pendant deux jours. Puis le dimanche soir, je suis dans ma chambre et je lis un message sur un de nos groupes WhatsApp, qui dit «  On va pouvoir se relaxer ce soir  ». Ensuite, j'ai eu la confirmation par mon cordeur qui est passé me voir pour chopper mes raquettes et qui m'a dit qu'il n'y avait plus de tournoi. On n'y croyait pas. On était déboussolés. J'ai eu une sensation très bizarre pendant une heure, mon ventre était dans tous ses états. Et puis, une semaine après, on se dit surtout : « Mais comment a-t-on pu croire que le tournoi allait avoir lieu ? » 
Pour rappel, c'est donc la première décision qui a été prise, et direct je me suis dit  : « Qu'est ce que je vais faire pendant deux semaines  ?  » A l'époque, on avait encore dans l'optique de jouer Miami. On ne savait pas trop si ce serait à huis clos ou pas, on essayait de savoir ce qui allait se passer. Il y avait 16 jours avant Miami mais on y croyait encore, avec cette espérance que le tournoi se joue à huis clos. Le lendemain, on est allés voir l'ATP qui nous a assurés que le Challenger de Phoenix allait se jouer, comme Miami et Monte-Carlo. Du coup, mon coach est rentré dans l'optique de me retrouver à Miami si jamais le tournoi se jouait. Lui, il rentre et il me dit qu'il sont en train de démonter les tribunes à Monaco. On se posait mille questions  : On rentre  ? On ne rentre pas  ? On s'entraîne  ? On se disait que si on rentrait, on ne pourrait peut-être pas revenir pour jouer Miami.Tous les jours, on découvre les infos, jusqu'à l'annonce de l'OMS qui déclare la pandémie, qui a été suivie de très près par l'annonce de la suspension du circuit pendant six semaines. Avec le recul qu'on a maintenant, croire que Miami allait se jouer était complètement fou. En gros, il y avait 200 joueurs sur place qui ne savaient pas quoi faire, vu que c'était complètement inédit.

Une fois la décision prise de rentrer, ça a été compliqué de changer de vol  ?
C'est le discours de Trump annonçant la fermeture des frontières qui nous a mis la puce à l'oreille. On a tout de suite compris qu'il fallait partir, sous peine de se retrouver bloqués pendant 2 mois aux Etats-Unis. Mieux vaut être à la maison pour passer tout ce temps. Le problème, c'est que les compagnies aériennes ne voulaient pas envoyer des vols vides aux USA pour rapatrier les Européens qui devaient rentrer, et pareil à l'inverse pour les compagnies américaines qui ne voulaient pas nous ramener et rentrer à vide. On a vite compris qu'il fallait vite se barrer. Moi je ne bosse pas avec une agence de voyage, je réserve mes vols tout seul avec Julia (NDLR : Julia Lang est la fiancée de Pierre-Hugues Herbert). On a donc essayé de joindre Swiss car il fallait changer notre vol de retour de Miami. Je pense avoir appelé 40 numéros différents pour les joindre d'une façon ou d'une autre et dans tous les pays possibles. J'ai fait la Belgique, la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Espagne, la Norvège, la Suède. J'ai appelé tous les numéros possibles, aucun ne répondait. Finalement, c'est un ami à moi en Suisse qui a réussi à débloquer la situation. J'ai mis 5h30 à résoudre le problème! On a décollé de Los Angeles le jeudi soir, on est arrivé à Zürich le vendredi dans un aéroport désert et le soir, on était à la maison. 

Alors maintenant, parlons de la période qui arrive. Comment utilise-t-on son temps de manière productive quand on est joueur de tennis professionnel  ?
Ça va être difficile d'être vraiment productif. Il faut déjà essayer de passer du bon temps et de ne pas trop stresser. On essaie de gérer. Ça va d'abord être une période de repos, mais il faut garder la forme tant que possible. Moi, j'ai un tapis à la maison, je vais faire des séances dans le salon avec un TRX (renforcement musculaire en suspension avec un système d'anneaux), des élastiques, du gainage, des étirements, pour rester un minimum actif. Si je le peux, je vais profiter de là où j'habite (le Jura suisse) pour faire des balades ou du vélo.

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Tu n'as pas un court de tennis près de chez toi où tu pourrais taper  ?
J'ai mon club de tennis mais il sera fermé. Et je n'ai pas de court privé, donc je ne vais pas pouvoir jouer dans mon jardin ! J'ai l'impression que je ne vais pas reprendre la raquette. Si on est en confinement pendant deux mois, j'ai peur de ne plus savoir jouer au tennis. 

Quelle est la période la plus longue que tu aies vécue, où tu n'as volontairement pas joué au tennis  ?
Les neuf mois que j'ai passés dans le ventre de ma mère  ? Sinon, je n'ai pas le souvenir d'avoir un jour lâché la raquette. Depuis que je suis pro, ça ne dépasse jamais 10 jours à moins d'être blessé.  Donc vraiment, la reprise sera pour le moins intéressante.

L'avantage est que tout le monde va être logé à la même enseigne...
A part ceux qui ont un court privé et il doit y en avoir quelques-uns. Mais c'est sûr que lorsqu'on va reprendre après une période de confinement et que personne n'aura pu taper, le premier tournoi, il va être rigolo  ! Il y aura des joueurs tout blafards qui auront passé leur temps devant la télévision. Il y aura des blessures…

Et pour le physique  ?
Si j'ai le droit d'aller faire du vélo en montagne, j'irai. Sinon, je m'entraînerai dans mon salon…

Et extra-tennis  ?
Je vais jouer de la gratte, c'est certain. Je vais faire des choses à la maison que je n'ai jamais le temps de faire, du genre ranger la cave, faire du tri et organiser la maison. Aussi me plonger dans un peu d'administratif,   si c'est possible. Ou en profiter pour apprendre des techniques de cuisine.

Avant cela, avais-tu déjà vécu quelque chose d'aussi bizarre tout en étant sur le circuit  ?
Je n'ai jamais vécu de report ou d'annulation, mais le premier Masters où on s'était qualifiés avec Nico, il y avait eu les attentats à Paris et c'était la première fois que je vivais ça. Ma première sélection en Coupe Davis a coïncidé avec l'attentat à Nice. L'Open d'Australie, cette année, avec les feux. Ce sont des choses particulières, mais on avait dû gérer ça et jouer. Je ne me sens pas aussi angoissé que lors des attentats. Il faut stopper la pandémie. Il faut juste rester chez soi.

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