2012 : Par-delà la clôture

24 juil. 2023 à 16:55:24

Evonne Goolagong pour les droits des aborigènes

À 10 ans, Evonne Goolagong jetait souvent un regard entre les mailles d’une clôture où elle observait pudiquement son voisin, Bill Kurtzman, jouer au tennis. Au fait de sa curiosité, ce dernier l’invita alors à faire ses débuts sur les courts. Une situation plus incongrue qu’il n’y paraît dans l’Australie de la fin des années 1950. Troisième enfant d’une famille d’ascendance aborigène, la future septuple lauréate de tournois du Grand Chelem est alors soumise aux contraintes de la White Australia Policy. Cette politique raciste et migratoire privilégie l’immigration européenne blanche et discrimine frontalement les populations autochtones. « Dans de nombreuses villes australiennes, les aborigènes ne pouvaient pas entrer dans un bar pour prendre un verre de vin ou encore aller à la piscine après certaines heures. Du fait des discriminations, les emplois en ville leur étaient aussi très difficiles à obtenir  », rappelle le spécialiste de l’histoire aborigène Peter Read. Illustration en 1971, alors que Goolagong vient de remporter Wimbledon : fraîchement de retour sur son île, la championne aussie ne peut pourtant toujours pas célébrer son titre dignement : « On voulait rentrer en boîte à Brisbane avec deux amies aborigènes, mais on nous en a refusé l’accès du fait de notre couleur de peau. » Deux ans plus tard, les lois raciales seront définitivement abolies.

Nécessaire mais pas suffisant pour Evonne Goolagong, qui sait que les préjugés et inégalités demeurent à l’encontre des siens. Après avoir œuvré dans diverses organisations favorisant le développement du sport auprès des populations aborigènes, elle créait en 2012 sa propre fondation. La structure a depuis prodigué à près de 6 000 enfants issus de la minorité autochtone terrains, professeurs et camps d’introduction au tennis. L’initiative, soutenue par les autorités australiennes, offre aussi à nombre de ses bénéficiaires des bourses scolaires et met à leur disposition son réseau professionnel pour aider les joueurs les plus confirmés à débuter dans la vie active.

Elle aura contribué à former des entraîneurs de tennis, des administrateurs sportifs et des universitaires comme Tiarna Williams, 19 ans, qui avait confié en 2021 au site tennis.com l’importance qu’avait pu avoir le programme dans son épanouissement personnel et estudiantin : « J’ai eu le plaisir de rencontrer Evonne il y a sept ans et je suis forte ment impliquée dans sa fondation. En 2018, j’ai eu la chance de recevoir une bourse de l’organisation pour mes réalisations académiques et sportives, ce qui m’a permis de fréquenter le Pymble Ladies’ College (une prestigieuse école privée à Sydney, ndlr), puis d’étudier le droit à l’université de Wollongong, en Nouvelle-Galles du Sud. Je ne remercierai jamais assez Evonne pour tout ce qu’elle a fait pour moi et les expériences incroyables que j’ai vécues grâce à elle. Elle est une source d’inspiration et un modèle pour tous les Australiens d’origine aborigène. » Un modèle qui continue encore aujourd’hui de se déplacer régulièrement en personne pour soutenir son initiative. Plus de 60 ans après avoir assisté furtivement à ses premiers coups de raquette, l’Australienne ne s’est pas lassée d’observer les échanges de balles. Elle n’a juste plus à se dissimuler derrière une clôture pour le faire.

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