2008 : Rendre au quartier

17 mai 2023 à 15:59:58

A l'occasion des 50 ans de partenariat de BNP Paribas avec le tennis, voici 50 histoires qui montrent que le tennis peut avoir un impact au-delà des courts, et qu'il représente bien plus qu'un simple sport individuel. Ne jamais sous-estimer la force du collectif !

Serena Williams, Légende de Compton

Ici, Los Angeles n’est qu’à dix kilomètres. Mais on pourrait tout aussi bien être à l’autre bout du pays. En Californie, la piste aux étoiles s’arrête à Compton. La peinture écaillée des maisons, les barreaux aux fenêtres des édifices et une succession de palmiers desséchés dessinent le paysage urbain de cette cité de 100000 âmes, pierre angulaire de la culture populaire américaine. Kendrick Lamar, The Game, Dr.  Dre, Ice Cube et Coolio y ont notamment fait leurs débuts. Venus et Serena Williams aussi. Ce sont sur deux terrains du East Rancho Dominguez Park, alors un point de deal notoire de la ville, que le duo a tapé ses premières balles. Avant chaque entraînement, les frangines balayaient avec leur père les morceaux de verre et de débris qui jonchaient les courts, avant d’enchaîner les coups de raquette des heures durant. Parfois, elles devaient interrompre leurs échanges pour se jeter au sol, lorsque résonnait la détonation d’un coup de feu.

Serena s’en était elle-même amusée à l’US Open 1999, lorsqu’on lui avait demandé si le vacarme des avions qui survolaient Flushing Meadows la perturbait pendant ses matchs : « Ça ne m’a pas dérangée. J’ai grandi à Compton, j’ai l’habitude. ». Malheureusement, c’est aussi à Compton que Yetunde Price, une de leurs sœurs aînées, trouvait tragiquement la mort le 14 septembre 2003, tuée par balles par des trafiquants de drogue. La cadette de la fratrie Williams mettra des années à faire son deuil : 

"C’était une période vraiment sombre pour moi. J’étais extrêmement proche de ma sœur... J’ai fait une dépression. Je n’en ai jamais parlé à quiconque, même pas à ma mère. Personne ne savait que j’étais en thérapie."

Un traumatisme qui aura en partie orienté son engagement associatif. Sa fondation, créée en 2008, vise prioritairement à lutter contre la précarité et la violence dont peut être victime la jeunesse des milieux dévalorisés. Outre la construction d’écoles en Jamaïque, en Ouganda, au Kenya ou au Zimbabwe et le financement de bourses universitaires à destination d’étudiants américains peu fortunés, l’organisation de Serena s’est aussi associée avec la Caliber Foundation, une structure de soutien aux victimes, familles et communautés touchées par la violence armée aux États-Unis. « Quand quelqu’un est tué ou blessé par des actes de violence insensés, ce n’est, par ricochet, pas la seule victime, déclarait Serena à une levée de fonds de l’organisation en 2014. Outre la personne qui a perdu la vie, des enfants, des familles et des communautés sont aussi impactés. Ces gens-là luttent pour trouver des réponses ou se retrouvent simplement avec un trou dans le cœur. »

Serena et Venus Williams ont-elles jamais vraiment quitté Compton ?

« Nous restons toujours discrètes. Nous n’annonçons jamais quand nous revenons ici », avait confié l’aînée du duo au quotidien américain The LA Times. C’est ici que sont et seront toujours nos racines. » La fratrie opérera un come-back plus médiatique en novembre 2016, pour célébrer la rénovation des deux courts de tennis qui ont vu leurs débuts. Mais aussi pour annoncer le lancement du Yetunde Price Resource Center, une organisation qui offre un soutien logistique et psychologique aux familles de Compton touchées par des crimes et actes violents. « Nous voulions rendre hommage à notre sœur via une initiative qui répondait au crime dont elle a été victime, expliquait alors Serena au LA Times. Dans ce genre de situation, on se demande comment va réagir la famille. Si les enfants de ma sœur ne nous avaient pas eues, ma mère, Venus et moi, à leurs côtés à ce moment-là, les conséquences auraient pu être dévastatrices pour eux. Nous avions une structure familiale solide mais en cas de drame, tout le monde n’a pas la chance d’avoir des gens vers qui se tourner. Nous avons créé ce centre pour cela. ».

Vingt ans après la disparition de Yetunde Price, Compton n’a pas été entièrement purgée de la violence des gangs locaux. Le pic de criminalité de la fin des années 1980-90, décrit en 1988 par le mythique groupe NWA dans son album Straight Outta Compton, semble cependant désormais dépassé. L’héritage local des sœurs Williams y est aujourd’hui comparé à celui de cette formation iconique du gangsta rap : « NWA avait du positif, mais aussi du négatif, estimait en 2021 dans les colonnes de L’Équipe Christopher Bailey, un résident de longue date de Compton. Serena et Venus, elles, nous ont représentés d’une manière totalement positive. Ici, beaucoup de gens pensent que cette ville est tout ce qu’ils verront, tout ce qu’ils vont connaître, mais elles nous ont donné de l’espoir. » Serena Williams prenait sa retraite sportive un an plus tard, après son élimination au troisième tour de l’US Open 2022.

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