Pourquoi les tennismen aiment tant le foot ?

12 juin 2014 à 00:00:00

Nadal, Djokovic, Federer, Murray… Nombreux sont les tennismen à revendiquer leur amour pour le football. Hasard ou réalité scientifique ? Alors que s’ouvre aujourd’hui le Mondial, le Mag WAT est allé demander aux intéressés leur avis.

Rafael Nadal qui avoue supporter le Real Madrid depuis sa plus tendre enfance, Roger Federer qui concède être un fidèle du Parc Saint-Jacques du FC Bâle, Novak Djokovic qui rappelle qu'il aura un œil très attentif sur la Coupe du monde au Brésil... Malgré leurs différences, le tennis et le football auraient-ils des choses à partager ? Eléments de réponse, en ce jour d’ouverture du Mondial au Brésil.

 

D'un côté, les footballeurs tennismen. En vrac : Diego Forlan, Yoann Gourcuff, Manuel Neuer, Hugo Lloris, Stefano Torrisi, Elvir Bolic, Sylvain Wiltord et tant d'autres. Tous ces footeux ont en commun d’avoir joué au tennis à un très bon niveau avant de lâcher la raquette pour se lancer dans le football. Diego Forlan a ainsi participé aux tournois avec les meilleurs jeunes d'Uruguay, Sylvain Wiltord a gagné le tournoi des personnalités à Roland-Garros cette année, quand Yoann Gourcuff, classé 15/3, champion du Morbihan à 12 ans, a joué contre Rafael Nadal à l’Open Super 12 d’Auray. De l'autre, les tennismen footballeurs. En vrac : Nicolas Escudé, Michaël Llodra, Roger Federer, Rafael Nadal ou Yannick Noah ont tous été des footballeurs aguerris avant de laisser les crampons au placard pour épouser une carrière raquette en main. Au milieu, quelques histoires de légende, comme celle de Hasse Jeppson. En 1953, joueur à Naples, le Suédois demande la permission à son président de s’inscrire à un tournoi de tennis. Requête acceptée, à la condition que l'attaquant joue sous une autre identité. Jeppson devient alors Verde, dispute le tournoi et gagne un match contre Hermann, membre de l’équipe de Coupe Davis allemande. Pour finir de dissiper tout doute sur le parallèle entre les deux sports, une histoire d'amour : celle entretenue il y a peu par Samir Nasri et Tatiana Golovin... Conclusion : un sport issu de la classe ouvrière made in UK et un autre né, non loin, dans les résidences de l'aristocratie anglaise du 19ème siècle peuvent avoir des choses à se dire.

 

Une histoire de rencontres

 

Pourquoi, comment ? Pour certains, les rencontres. Edouard Roger-Vasselin évoque ses années passées ado au Centre éducatif nantais pour sportifs (CENS). « La structure se trouvait à la Jonelière, qui est aussi le centre de formation et d’entraînement du FC Nantes, se souvient le vainqueur du double messieurs de ce Roland-Garros, avec Julien Benneteau. De ma salle de cours, je voyais les footballeurs s’entraîner tous les jours. Forcément, ça faisait rêver… Et puis je suis tombé au meilleur moment : mon année là-bas, c’était en 1995. La grande époque du FC Nantes, de Loko, Pedros, Ouédec, N’Doram, Karembeu… Je ne pouvais pas faire autrement que devenir supporter de ce club ». De son côté, Alberto Berasategui se rappelle le moment où il quitte le Pays basque pour les structures d’entraînement barcelonaises : « Là-bas, tout le monde parlait de football et du FC Barcelone à longueur de journée. Même si à la base le foot te passe au-dessus de la tête, tu es obligé de t’impliquer et de devenir fan du Barça tellement ce club est un sujet incontournable dans toutes les conversations. Peu importe le sujet de départ de la discussion : on finit toujours par parler du Barça ».

 

Souvenirs d'enfance et solitude

 

Mais le hasard de la vie ne doit pas cacher la réalité d'un phénomène beaucoup plus puissant. Nicolas Mahut avance une autre raison : « Parce que tous les parents inscrivent leurs gamins au foot et au tennis. Un sport individuel, c'est parfois compliqué. Un joueur de tennis est très égoïste. Il se retrouve souvent seul. C'est bien pour un enfant de pouvoir aussi partager, communiquer ». Les faits sont, il est vrai, têtus : tous les tennismen précédemment cités ont pratiqué les deux sports durant leur enfance. Rafael Nadal aime même raconter que petit, le ballon rond avait sa préférence : « Miguel Angel, mon oncle qui jouait au Barça, était bien sûr un modèle. Je pratiquais dans la rue, avec mes copains et en club dans les catégories de jeunes, à Manacor. D'ailleurs, mon premier grand souvenir de sport est notre victoire en championnat des Baléares, catégorie 11 ans ! ». Avant de lâcher : « J'adorais le fait d'être dans une équipe ». Même histoire chez Roger Federer. Jusqu'à l'adolescence, il pratique les deux sports. Ses idoles s’appellent Zinedine Zidane, Luis Figo, Marco Van Basten. Il choisit ensuite la balle jaune avec la réussite que l'on connaît. L'histoire retiendra qu'il a fait le bon choix. Lui y a laissé quelques minces regrets : « En tant que joueur de tennis, on regrette de ne pas faire partie d'une équipe lors d'une victoire. Comme lorsqu'on remporte Wimbledon et qu'on se trouve seul sur le court sans personne à serrer dans ses bras... »

 

Sport universel

 

La solitude du joueur de tennis... C'est en parti pour y remédier que François Valleriaux a créé il y a une quarantaine d'années l'Association Tennis Football. Son but ? « Organiser à Paris des tournois de foot entre joueurs de tennis pour qu'ils puissent s'occuper l'hiver, casser la routine et prendre du plaisir dans un collectif. Le tennis est un sport où l'on est suffisamment seul face à soi-même », professe-t-il. Dans les équipes de cette petite ligue ? Yannick Noah, Richard Gasquet, Julien Benneteau, Arnaud Clément... Et même Hicham Arazi ou Andrei Chesnokov – « un bon gardien de but », rigole-t-il - pour les nostalgiques des nineties, à côté d'anonymes des tournois amateurs, des joueurs de troisième ou quatrième série. Une nouvelle preuve, s'il en était besoin, que la frontière entre le tennis et le football est du genre poreuse, sans réel équivalent. A François Valleriaux le privilège de conclure : « Je ne vois pas d'autres sports qui se côtoient autant, c'est vrai. L'avantage du foot, c'est que tout le monde sait ou peut y jouer dans un club de tennis. C'est le sport universel par excellence. Il suffit d'un ballon et les mecs sourient… » Et l’avantage, c’est qu’il est même possible d’y jouer avec une balle de tennis.

 

Par Antoine Mestres, avec Guillaume Willecoq

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