Top 10 : Royal tennis club

17 avr. 2014 à 00:00:00

Avant d’être le royaume de Nadal, les courts du country club sont ceux de la famille royale de Monaco. Le Prince Rainier III et l’actrice Grace Kelly y ont notamment joué une partie de double restée célèbre pour son engagement.

Qu’on se le dise : l’histoire du Masters ATP de Monte-Carlo, qui se déroule cette semaine dans le Sud de  la France, c’est aussi celle de la famille royale de Monaco. Sans son mécénat et son sens aigu de la politique sportive, le tournoi ne serait sans doute pas aujourd’hui l’un des plus appréciés du circuit. D’ailleurs, principautés et monarchies ont toujours entretenu des liaisons étroites, étranges et parfois dangereuses avec ce sport que l’on surnommait jadis « le jeu des rois et roi des jeux ». La preuve par dix.

 

1/ Henri IV, François Ier et Louis X – rois de France

 

Hormis l'escrime, quel sport peut se vanter d'avoir eu des champions aussi illustres qu'Henri VIII et, de l’autre côté de la Manche, Henri IV et François Ier ? Ancêtre du tennis, on a souvent qualifié le jeu de paume de « jeu des rois et roi des jeux ». Même Louis X le Hutin est mort à Vincennes le 5 juin 1316 d'avoir bu trop froid après une partie de paume. « Tous les rois y ont joué jusqu'à Louis XIV, qui a dû y renoncer parce qu'il avait la goutte », explique Gil Kressmann, président d'honneur de la Société sportive du jeu de paume, dans un article paru dans le quotidien Le Monde. Passion française par excellence, la paume s’est ensuite exportée durant la Renaissance dans toute l’Europe, atteignant les Etats-Unis et même l’Australie. Robert Dallington, un maitre d’école anglais, écrit même après un séjour en France en 1598 : « La France, un pays semé de jeux de paume, plus nombreux que les églises et des joueurs plus nombreux que les buveurs de bière en Angleterre. »

 

2/ Henri VIII Tudor – roi d’Angleterre

 

Grand, plutôt bel homme et bien qu’enclin à l’obésité, le roi Henri VIII Tudor, qui règne sur l’Angleterre de 1509 à 1547, est très apprécié pour ses qualités athlétiques. Excellent cavalier, archer de première force, il jouit également  d’une certaine dextérité raquette en main. « Il y a plaisir à le voir jouer au tennis. C’était Saint Georges en personne », dit même de lui l'ambassadeur vénitien Giustiniani. Une sainteté, sans doute, un joueur assidu à l’origine de la popularité du jeu de paume, certes, mais une âme vaniteuse, despotique et jalouse qui décapite sa deuxième épouse, (il en eut six, ndlr) Anne Boleyn, ne supportant plus les soupçons d'adultères portés sur elle. La légende veut qu’elle fût exécutée quand… il joua au tennis !

 

3/ Alexandrina Victoria, dite Victoria – reine d’Angleterre

 

Bien qu’elle n’ait jamais assisté au tournoi de Wimbledon, la reine Victoria du Royaume-Uni est à l’origine directe de l’universalisation de ce sport. Souveraine sans réel pouvoir, couronnée à 18 ans, elle est la figure de l’empire anglais à son apogée. Une politique de conquête des territoires - en Afrique, en Amérique ou en Océanie - sans laquelle le tennis ne serait pas aussi répandu dans le monde entier. Elle est même la première directrice du Queen’s club qui porte son nom et accueille chaque année le tournoi éponyme britannique. C’est aussi parce qu’elle passait ses vacances en France que le tennis, par snobisme, s’y développa. Au jour de sa mort, le 22 janvier 1901, « l’Echo de Paris » consacre une page entière à l’évènement : « En France, on ne la trouvait pas généreuse, oh non ! Mais elle y était très populaire – on aimait à la voir passer très lourde, très grosse, très affaissée, tassée dans sa petite voiture à âne (…) L’œil très éteint, toujours très morne ». 

 

4/ Elisabeth II – reine d’Angleterre

 

S’il y a bien une personnalité royale qui s’est toujours moquée du tennis, c’est bien la reine d’Angleterre Elisabeth II. Pourquoi ? Parce qu’elle a déjà bien d’autres passions, comme la chasse, les chiens, les promenades à la campagne et les courses de chevaux. Alors que son époux, le prince Philippe d’Edimbourg, raffole de la chasse au fusil et que ses petits-fils, William et  Harry, ne jurent que par le football et le rugby, le tennis ne tient aucune place dans cette galerie royale. Sur le trône depuis 1952, elle ne s’est rendue à Wimbledon qu’à quatre reprises. Son avant-dernière visite date de 1977, au terme de laquelle elle lâche à propos du  tennis féminin et non sans une pointe d’humour british : « Je ne pensais pas qu’on pouvait jouer au tennis et être une si jolie femme ».

 

5/ Mary Tudor Ière – reine d’Angleterre

 

La plupart des ascendants d’Elisabeth étaient pourtant de fidèles abonnés du tournoi de Wimbledon. La reine Mary Ière, épouse de George V, ne manqua, dit-on, que trois éditons entre 1919 et 1951. En 1926, un clash éclate même entre la souveraine et Suzanne Lenglen. La raison ? Lors de sa visite annuelle au All England Lawn Tennis and Croquet Club, la reine Mary Ière exige de la championne française - dont elle est une fervente admiratrice - une présence de tous les instants. Puisque sa Majesté a réservé son après-midi, le juge arbitre change les convocations au dernier moment et contraint donc Lenglen à jouer son simple et son double l’un après l’autre.  Un changement que l’intéressée refuse catégoriquement. En proie à une terrible crise de nerfs, elle se réfugie dans les vestiaires et se cogne la tête contre les murs. Devant le court vide, la reine Mary patiente quelques minutes avant de se retirer. Le public se retourne contre l’idole. La Famille Royale refuse de la recevoir à la cour. Le lendemain, à la Une de tous les journaux, on peut lire : « Suzanne Lenglen a défié la Reine d’Angleterre ». Cet incident marquera à jamais la carrière de la joueuse, qui quitte le tournoi deux jours plus tard, pour ne plus jamais y revenir.

 

6/ Mary Tudor Ière – reine d’Angleterre (bis)

 

Chaque visite londonienne de la reine Mary Ière était un événement. Et chaque après-midi,  une sacrée organisation : horripilée par le soleil, et au fur et à mesure que le jour baissait, sa majesté demandait à remonter d'un rang dans les tribunes pour rester à l'ombre. Dans la loge royale, tout le monde était alors contraint de se lever et de se tasser. Surtout pour tous ceux placés sur les rangs du haut, car il était hors de question de s'asseoir devant la reine… Capricieuse et autoritaire, elle mettait aussi un point d’honneur à faire respecter les traditions. Lorsqu'elle arrivait pour s'installer, le jeu s'arrêtait et tous les spectateurs se levaient pour la saluer. Idem pour les joueurs, assujettis à la révérence et qui attendaient patiemment qu’elle soit assise confortablement. Puis le jeu reprenait. En 1919, le Français André Gobert joua un double victorieux sur le Central de Wimbledon quand, justement, la souveraine débarqua. Après deux minutes d'interruption, le jeu reprit et Gobert perdit tous ses moyens. Il lança alors à son partenaire : « Comment veux-tu que je joue avec une reine dans le dos ! »

 

7/ Tamim ben-Hamad Al-Thani – émir du Qatar

 

Héritier de la famille Al-Thani qui dirige le Qatar depuis 150 ans, le prince Tamim est l’un des hommes les plus puissants de la planète. Mais c’est aussi un grand amoureux de sport : président du Comité olympique national depuis 2000, membre du Comité international olympique (CIO) depuis 2002, il fut durant sa jeunesse une assez bonne raquette. Un veinard qui a longtemps profité des leçons avisées de son ami et compatriote, Nasser Al-Khelaïfi, ancien joueur professionnel de tennis et président du club de football du Paris Saint-Germain, dont Tamim ben-Hamad Al-Thani est l’heureux propriétaire. La légende urbaine raconte que les négociations pour la reprise du club de la capitale française, en 2011, auraient d’ailleurs été menées dans les travées de Roland-Garros. Classe.

 

8/ Gustave V – roi de Suède

 

Le seul et unique roi du tennis, c’est lui : Gustave V, monarque de Suède, qui règne sur son pays entre 1907 et 1950. Excellent joueur, vigoureux et bien bâti, il remporte sous le pseudonyme de « Mr. G » plus de 200 prix dans différents tournois internationaux aux côtés de grands champions comme Suzanne Lenglen ou Gottfried von Cramm. Créateur du premier club de tennis suédois, il intervient notamment durant la Seconde Guerre Mondiale auprès des autorités nazies afin d'obtenir la grâce de champions de tennis emprisonnés. En octobre 1950, d’un naturel philosophe, Gustave commence son testament par ces mots : « Si je meurs… ». Et finit par mourir. Après sa disparition, il rejoindra le Panthéon du tennis qu’est le Hall of Fame de Newport. Il est jusqu’ici le seul souverain à avoir reçu cet honneur. Royal au bar.

 

9/ Rainier III – prince de Monaco

 

Comme la quasi-totalité des manifestations sportives de la Principauté, le tournoi de Monte-Carlo doit sa popularité et sa professionnalisation au prince Rainier III de Monaco. Grand mécène du sport monégasque, qui trôna sur son Rocher de 1949 à 2005, la compétition lui doit beaucoup. Entre autres : l’arrivée de prestigieux sponsors, le tampon « Masters » délivré par l’ATP ou l’embellissement du country club, créé en 1927 - comme Roland-Garros - en forme d’amphithéâtre naturel adossé à une corniche escarpée, et considéré comme l’un des plus beaux du monde. Envisageant le sport comme un vecteur d’éducation, le prince Rainier a lui-même une raquette. Bon joueur de tennis, il est du style mauvais joueur. Lors d’un double organisé un matin entre amis, il touche volontairement son épouse et adversaire du jour, Grace Kelly, alors positionnée à la volée, d’un retour en pleine figure. Le prince Rainier justifie son geste d’un laconique : « J’avais juste envie de gagner ».  

 

10/ Grace Kelly – princesse de Monaco

 

Actrice, princesse de Monaco, muse d’Alfred Hitchcock et victime d’un tragique accident de voiture, la vie de Grace Kelly est un roman. Avec quelques chapitres érotiques. Dans son livre posthume The Wimbledon final that never was… And other tennis tales frome a Bygone era, l’ancien champion américain des thirties Sidney Wood raconte, pour sa part, avoir eu une liaison secrète « de plusieurs semaines » avec l’actrice. Quelques mois seulement avant qu’elle n’abandonne sa carrière hollywoodienne pour un mariage et un destin princier, en 1956. Sidney Wood se souvient : « C’est très difficile d’être amoureux d’une fille qui ne peut tout simplement pas s’empêcher de jouer un rôle. Une fois, Grace a mis une bande son de cris d’animaux multiples – mêmes des baleines ! Elle voulut alors qu’on dorme toute la nuit nu et allongé sur le tapis. Comme des bêtes ».

 

Par Victor Le Grand

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