Si au-delà de 35°C, il semble que jouer au tennis tienne plus de la séance de torture que du sport, une question se pose : quelles seraient alors les conditions idéales de jeu ? Tentative de réponse.

Frank Dancevic qui s'évanouit, Caroline Wozniacki qui voit sa bouteille fondre sur le sol ou Benoît Paire qui lâche : « Ce n'est pas du tennis, c'est Koh-Lanta », c’est peu dire que le principal enseignement de cette première semaine de l'Open d'Australie n’est pas tennistique. Il est climatique et/ou médical : jouer sous des chaleurs étouffantes peut vite devenir un calvaire pour les joueurs, les joueuses et leurs organismes. Mais alors, pour être sûr d’avoir les meilleures conditions, ça se passe où, quand, comment ?

 

« Je dirai qu'il vaut mieux jouer à Wimbledon en juin qu'à Melbourne en janvier. Le climat londonien est beaucoup plus tempéré, avec des températures autour de 20 et 25 degrés et des extrêmes qui ne sont pas du tout les mêmes, avance d'abord sobrement François Gourand, prévisionniste chez Météo France. Le climat de Melbourne est soumis à l'influence de l'océan austral. Dès que le vent s'oriente au nord, il ramène un air très chaud du désert ». Puis le météorologue de mettre carrément les pieds dans le plat : « A Melbourne au mois de mars, les conditions seraient bien meilleures. Le calendrier parait incohérent de ce point de vue-là ». 

 

Ce que confirment ceux qui en parlent le mieux : les joueurs. « Même si le vent et la pluie font souvent leur apparition, les meilleures conditions de jeu en extérieur sont celles de Roland-Garros ou de Wimbledon avec des températures autour de 20 degrés », explique Julien Varlet, ancien 135ème joueur mondial. « En terme de conditions de jeu, Doha en début d'année, c'est vraiment pas mal, précise de son côté Florent Serra, qui ne participe pas à Melbourne cette année. Il fait entre 20 et 25 degrés, le temps est sec, le fond d'air est un peu frais. Or je préfère avoir un peu froid qu'un peu chaud ». 

 

Le Nord du Sahara en hiver

 

Soit, mais comme le vent et la pluie à Londres, il y a risque de tempête de sable. Où serait-il donc possible de trouver ces températures sans les aléas ? « Autour de la Méditerranée, entre novembre et mars, pas trop humide, pas trop chaud. L'Espagne, l'Italie, la Grèce », répond François Gourand, avant de se reprendre : « En fait, les seuls endroits du monde où les conditions de jeu seraient optimales sont en fait le nord du Sahara, en hiver, où il fait 20 degrés et où le risque pluie n'existe pas, la Vallée de la Mort au tout début de l'année civile ou l'île de Pâques ». A bon entendeur... même si la meilleure manière de réguler la température et d'éviter les imprévus qu'offre un temps capricieux reste encore de jouer en indoor. Sauf que plus de la moitié de la saison se joue en extérieur. Dont acte.

 

Pendant qu’on y est, à quelle heure est-il préférable de jouer ? « Entre 17h et 18h, un horaire qui laisse le temps pour un réveil musculaire le matin et pour la digestion après le déjeuner », avance Julien Varlet. Florent Serra préfère lui jouer plus tôt : « Dans la deuxième ou première rotation, en fin de matinée ou en début d'après-midi, car après l'attente est trop longue ». Bernard Montalvan, médecin des équipes de France, clôt le débat : « L'idéal est de jouer deux heures après un repas. »

 

« Le tennis se joue avec de l’imprévu »

 

Mais au fond, pour celui qui soigne les joueurs tricolores depuis plus de 20 ans, les conditions climatiques ne sont qu'une variable aléatoire du jeu qu'est le tennis. Mieux, elles font ce sport. « C'est ça le tennis », clame le docteurComprendre : le vent, la pluie, les matchs en cinq sets interrompus quatre fois, les matchs débutés à 21h et terminés le surlendemain font partie intégrante de ce jeu et ont construit son histoire et ses légendes. Où l'on se souvient par exemple de Pete Sampras qui vomit contre Alex Corretja un soir de septembre 1996 à l'US Open, à l'agonie. Où l'on se remémore, entre autres, Andy Roddick à bout de souffle et gêné par des crampes venir à bout de Michael Chang à Roland-Garros en 2001 et exploser à la face du monde.

 

« Les conditions climatiques sont un élément du tennis qui est un sport qui se joue avec de l'imprévu. Les chaleurs font partie de la tournée australienne, professe-t-il. Le tennis est le seul sport où on ne sait pas quand on commence, ni quand on termine ». Julien Varlet ne dit pas mieux lorsqu’il précise avant de conclure son propos que « le tennis est fait de frustration et d'adaptation permanente ». Mieux, c’est ce qui permet souvent de départager deux adversaires. D’avoir un gagnant et un perdant. Quelqu’un capable de dompter les éléments, l'environnement et de s'en servir comme d'un moteur. Car comme le rappelle le médecin des équipes de France, lapidaire : « Il faut aussi bien comprendre que les conditions climatiques ne posent jamais de problèmes aux meilleurs joueurs et joueuses du monde. »

 

Par Antoine Mestres