2013, la fin du Big Four ?

19 nov. 2013 à 00:00:00

2013, la fin du Big Four ?
La saison 2013 s'est achevée avec la victoire de la République Tchèque en Coupe Davis par BNP Paribas. Oui mais avant, que s’est-il passé déjà ? Retour sur les faits marquants de cette année 2013, entre effritement du Big Four et surprises.

Onze mois de tennis, soixante-cinq tournois masculins, soixante-deux féminins et à peu près autant de films, d’histoires et de parcours différents. Bilan d’une année 2013 aux scripts dans l’ensemble prévisibles mais pas sans suspense. Des blockbusters bâtis autour de la célébrité des vedettes Nadal, Djokovic ou Williams. Et puis, au milieu… Marion Bartoli, la plus énorme surprise des dix dernières années en Grand Chelem.

 

Twin Peaks

 

Tous deux n°1 mondiaux, Serena Williams et Rafael Nadal ont signé une année troublante de mimétisme, dominée par des titres à Roland Garros et à l’US Open, eux-mêmes entrecoupés d’une grosse déception à Wimbledon. Le bilan chiffré confirme l’horoscope identique de la lionne et du taureau : 11 titres pour Serena, 10 pour Rafael ; 78 victoires et 4 défaites pour elle, 75 victoires et 7 défaites pour lui. Leurs chemins ont attendu le Masters, en toute fin de saison, pour se séparer : Serena y a coiffé sa quatrième couronne, « Rafa » y est toujours bredouille.

 

Bip-Bip et Zsa-Zsa

 

Un début en fanfare dans leur fief de Melbourne, avant un grand coup de massue reçu des mains de leur principal(e) rival(e) : Novak Djokovic et Victoria Azarenka ont eux aussi vécu une année similaire, commencée sous les projecteurs avant des désillusions printanières et estivales. La défaite en finale de l’US Open a toutefois marqué un coup d’arrêt dans leurs courbes parallèles : Azarenka a fini la saison sur les rotules, au bord des larmes durant le Masters. Djokovic est reparti de l’avant, aiguillonné par la perte de son sceptre de n°1 mondial, et a piqué un sprint en fin d’année, en enchaînant quatre titres à Pékin, Shanghai, au BNP Paribas Masters à Bercy et au Masters.

 

Wimbledon se dévergonde

 

Avant, c’était à Roland Garros que l’on vivait des tournois complètement fous. Mais ça, c’était avant. En particulier avant Nadal. Le sage voisin anglais, lui, n’a pas l’habitude de donner dans la fiesta permanente durant quinze jours. Mais quand il se lâche, ça compte. Rafael Nadal éliminé au premier tour par Steve Darcis ; Roger Federer au deuxième par Sergiy Stakhovsky ; Maria Shaparova au deuxième par Michelle Larcher de Brito ; Victoria Azarenka au deuxième encore sur forfait ; Jo-Wilfried Tsonga au deuxième toujours par Ernests Gulbis ; et, last but not least, Serena Williams en huitièmes par Sabine Lisicki. De quoi permettre à des invités surprise de s’approprier une large part du gâteau : chez les gars, Jerzy Janowicz a signé sa première demi-finale en Grand Chelem. Surtout, chez les femmes, Marion Bartoli s’est adjugée ce Wimbledon sans queue… ni tête (de série), puisqu’elle remporte le tournoi sans affronter la moindre joueuse classée parmi les 16 meilleures mondiales. Le choc était tel que la Française elle-même ne s’en est pas remise et a annoncé sa retraite quelques semaines plus tard.

 

Shooter : tireur d’élite

 

Entre antidouleurs et infiltrations, Andy Murray n’avait pas beaucoup de cartouches à tirer en 2013. Mais il a su frapper dans le mille en remportant Wimbledon, le plus grand tournoi du monde, celui où les Britanniques attendaient le sacre de l’un des leurs depuis 77 ans. Ancien boulimique de tournois de moindre importance, l’Ecossais fait dorénavant dans le qualificatif. Forfait à Roland Garros, saison terminée après l’US Open, son classement de 4e mondial est essentiellement bâti sur trois tournois : Wimbledon, ainsi qu’une finale à l’Open d’Australie et un titre à Miami. Epicétou. Et c’est déjà énorme.

 

Le péril vieux…

 

Ils sont 29 parmi les 100 premiers mondiaux. « Ils », ce sont « les vieux », ceux qui ont passé 30 ans, soit l’âge auquel les joueurs du passé raccrochaient la raquette. Jamais l’élite du tennis mondial n’a connu moyenne d’âge si élevée qu’actuellement. Au sommet de la pyramide, parmi le Top 10, seul Juan Martin del Potro demeure plus proche de la vingtaine que de la trentaine De l’éternelle jouvence de Tommy Haas au comeback de Tommy Robredo, de la meilleure saison de la carrière de Nicolas Mahut à la première finale de Grand Chelem de David Ferrer, les barbons ont encore fait bien des misères à la relève. Et encore : le meilleur d’entre eux, initiales RF, a connu sa pire année depuis l’époque où Grigor Dimitrov jouait encore aux billes dans une cour de récréation.

 

… et les rhumatismes de Roger

 

« J’ai créé un monstre », lâchait Roger Federer dès 2008. Cinq ans plus tard, à 32 ans, il termine sa saison 6e mondial, encore demi-finaliste à l’Open d’Australie et au Masters. Evidemment loin des standards qui ont contribué à le déifier ces dix dernières années. Alors année ratée donc pour le Suisse, qui a tout juste préservé quelques séries : qualifications consécutives pour le Masters, nombre de saisons durant lesquelles il a remporté au moins un titre… De quoi titiller l’orgueil du champion : remonté à bloc par une fin d’exercice plus conforme à son statut, apparemment débarrassé de ses problèmes de dos, l’homme aux 17 Grands Chelems a d’ores et déjà donné rendez-vous en 2014.

 

Un revers balayé d’une seule main

 

Avec les soucis de son plus prestigieux représentant, c’est une année difficile qu’a vécue le revers à une main. Le plus beau coup du tennis n’a triomphé qu’à 19 reprises en 65 tournois disputés. Principal pourvoyeur : Richard Gasquet, avec trois titres. Plus important trophée soulevé : Valence, par Mikhail Youzhny. Un ATP 500… Et parmi les 13 joueurs impliqués dans ces 19 succès, un seul affiche moins de 27 ans sur son état civil : Grigor Dimitrov, qui a ouvert son palmarès à Stockholm. Les derniers feux d’un coup de légende ?

 

A quel sein se vouer ?

 

« Mes seins étaient très lourds. A cause d’eux, je perdais en vitesse, j’avais mal au dos et cela me perturbait pour servir. Je ne pouvais pas continuer comme ça. » En 2010, la Roumaine Simona Halep prend donc une décision un peu folle : avoir recours, à tout juste 19 ans, à une réduction mammaire, pour passer d’un bonnet E à un bonnet D. Ce drôle de pari – une carrière ou une poitrine – a trouvé sa récompense en 2013 : lauréate de six titres entre juin et octobre, la jeune femme a atteint son objectif : intégrer le cercle des toutes meilleures mondiales. Le Top 10 lui tend les bras. Elle n’aura plus jamais à se demander si elle n’est pas passée sur le billard pour rien.     

 

Les tennismen sont des gens comme vous et moi

 

Physiquement, Tomas Berdych en impose : pas loin de deux mètres, quatre-vingt-dix kilos, un palmarès pas dégueu dominé par une finale à Wimbledon et un titre au BNP Paribas Masters de Bercy, une fiancée parfaite incarnation de la beauté slave… Mais qu’est-ce qui cloche alors chez Tomas Berdych, en-dehors de ses « toiles » à répétition quand il s’aventure au filet ? Ah oui, c’est vrai : le sponsor vêtements « H&M », bien visible au niveau du cœur est, il faut l’avouer, plus propre à faire sourire qu’à inspirer la crainte. Tant qu’à paraître ridicule, autant l’assumer avec style, n’est-ce pas son ami et partenaire de Coupe Davis par BNP Paribas Radek Stepanek ?

 

 

Wawrinka au tableau d’honneur

 

Contre Novak Djokovic à l’Open d’Australie. Contre Richard Gasquet à Roland Garros. Contre Novak Djokovic, encore, à l’US Open. C’est peu dire que Stanislas Wawrinka a été omniprésent dans les plus beaux matchs de l’année. Demi-finaliste à l’US Open et au Masters, finaliste à Madrid, l’autoproclamé « Suisse qui perd » s’est permis de finir sur les talons de Roger Federer au classement 2013. Deux Suisses parmi le Top 8 mondial, c’est évidemment une première. Ne manque plus au grand pote de Benoît Paire qu’à enfin apprendre à battre « Djoko »… et au moins à prendre un jour un set à Rafael Nadal. Comme le dit la citation de Beckett qu’il s’est fait graver sur le bras gauche : « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. »

 

Génie sans bouillir

 

Avec eux, c’est tout ou rien. En moins de temps qu’il n’en faut pour fracasser une raquette, ils peuvent passer du coup de génie au coup de folie, voire à l’autodestruction. Cette saison pourtant, ça n’a pas trop tempêté sous les crânes de Fabio Fognini (16e), Jerzy Janowicz (21e), Ernests Gulbis (24e), Benoît Paire (26e) voire même Gaël Monfils (31e), après une saison 2012 pourrie par les blessures. On est par contre sans nouvelles d’Alexandr Dolgopolov (57e).

 

Une finale ne se joue pas, elle se gagne

 

Il est Français, elle est Tchèque. Ils s’appellent Julien Benneteau et Lucie Hradecka et ils n’aiment pas les finales. Ou les finales ne les aiment pas, c’est selon. Tous deux ont encore incrémenté leur calamiteux bilan dans l’exercice en 2013 : Benneteau a égalé le record « historique » de Cédric Pioline en son temps en perdant ses huitièmes et neuvièmes finales, à Rotterdam et à Kuala Lumpur. Hradecka, de son côté, a perdu son sixième rendez-vous du dimanche à Strasbourg. En six matchs, elle n’a même gagné qu’un seul set… Heureusement pour eux, l’un comme l’autre excellent dans l’exercice du double. Vers un mixte de consolation ?

 

Ils ne gagnent pas de Grands Chelems, mais au moins avec eux on s’amuse

 

Alors là, autant dire qu’il y avait match. Entre Jerzy Janowicz et son tonitruant « How many times » terrorisant une malheureuse juge de chaise à l’Open d’Australie, ou le bravache « Beaucoup de gars du Top 100 ne savent pas jouer au tennis et n'ont rien à faire là » d’Ernests Gulbis, il y avait de la concurrence. Mais la palme revient sans discussion possible à Bernard Tomic pour sa pastèque du début d’année, quand son titre à Sydney lui a semblé suffisant pour se comparer à Sampras ou Federer, lâchant – entre autres perles – un magistral : « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’un jour, je serai le meilleur joueur à avoir jamais joué à ce jeu. » Champion.

 

 

Par Guillaume Willecoq

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