L’affaire du joueur tunisien interdit par sa fédération de jouer contre un Israélien vient rappeler que ce ne sont pas forcément des blessures qui empêchent les joueurs d’entrer sur le court. La preuve par dix.

La récente affaire « Malek Jaziri », du nom du Tunisien interdit par sa fédération de jouer un match face à son ami israélien Amir Weintraub vient rappeler que ce ne sont pas forcément des blessures qui empêchent les joueurs d’entrer sur le court mais parfois des motifs politiques, économiques, religieux ou autres. Top 10 de ces petites et grandes histoires de boycott dans le tennis.

 

Wimbledon 73 : la fronde des joueurs pro

 

Numéro 1 yougoslave, Nikola Pilic se sent fort en cette année 1973. Alors quand se présente à lui le choix entre rejoindre son équipe de Coupe Davis par BNP Paribas ou disputer un tournoi plus lucratif à Las Vegas, il décide de prendre la direction du Nevada. Sa fédération s’offusque, avançant que le joueur aurait dit ok à la sélection avant de se rétracter sans prévenir. Pour non-respect de ses engagements, Pilic est condamné à une suspension de 9 mois. Le tout jeune syndicat des joueurs ATP prend sa défense et menace de boycotter le prochain gros tournoi à venir : Roland Garros. Si un appel et un réexamen de la situation par les instances internationales permettent de sauver le tournoi parisien, c’est finalement Wimbledon quelques semaines plus tard qui subit le boycott massif de 79 des 82 joueurs pros masculins de l’époque, dont Stan Smith, Arthur Ashe et John Newcombe, remplacés par des lucky losers et des amateurs du Bloc de l’Est. En finale, le Tchèque Jan Kodes bat le Soviétique Alex Metreveli.

 

Le refus de l’apartheid sud-africain

 

Lors de la Coupe Davis par BNP Paribas 1974, l’équipe sud-africaine affiche un gros niveau de jeu et passe les tours les uns après les autres. Une situation qui dérange, le pays soulevant à l’époque l’indignation d’une bonne partie de l’opinion internationale pour sa politique d’apartheid. En 1970 déjà, les instances de tennis d’Afrique du Sud s’étaient défavorablement distinguées en interdisant l’accès à un tournoi à l’Afro-Américain Arthur Ashe. Quatre ans plus tard, l’équipe italienne de Coupe Davis par BNP Paribas est sur le point de boycotter la compétition car elle demande que la demi-finale qui doit l’opposer à son homologue sud-africaine se joue en Italie et non à Johannesburg. Finalement disputée en Afrique du Sud, les locaux gagnent et doivent affronter l’Inde en finale. Mais cette fois, l’équipe indienne met ses menaces à exécution et déclare forfait. Encore aujourd’hui et malgré la controverse, l’Afrique du Sud est considérée comme le pays vainqueur de l’édition 1974 de la Coupe Davis par BNP Paribas.

 

Shahar Pe’er, le visa de la discorde

 

« Sa participation aurait pu attiser la colère du public. » Invité à justifier l’absence de Shahar Pe’er, alors 48e joueuse mondial, au tournoi WTA de Dubaï dont il est le directeur, Salah Tahlak n’est franchement pas convaincant. Nous sommes en février 2009 et l’armée israélienne vient de pilonner Gaza pendant 21 jours, au grand dam de la communauté internationale. Au Moyen-Orient particulièrement, c’est le choc. Alors quand les douanes des Emirats Arabes Unis ont eu à se pencher sur le cas de l’Israélienne Shahar Pe’er, ils ont tout bonnement refusé de lui délivrer un visa. L’année précédente déjà, les joueurs de double Andy Ram et Jonathan Erlich s’étaient vu interdire l’accès à ce même tournoi.

 

Andy Roddick, le geste solidaire

 

L’affaire Pe’er va provoquer la colère de certains joueurs et joueuses du circuit pro. « C’est inacceptable », réagit à l’époque Amélie Mauresmo, alors qu’Ana Ivanovic, Venus Williams et Elena Dementieva notamment décident aussi de se montrer publiquement solidaires de l’Israélienne. Plus que des paroles, Andy Roddick décide carrément de boycotter l’Open ATP de Dubaï, dont il est pourtant le tenant du titre et qui a lieu dans la foulée du tournoi féminin. « Je ne suis pas du tout d’accord (avec la décision des autorités émiraties, ndlr). Ce n’est pas la meilleure chose de mélanger la politique et le sport », s’est-il expliqué.

 

Deux amis dans le tourbillon politique

 

Le Tunisien Malek Jaziri empêché de disputer une demi-finale à Tachkent car l’adversaire était l’Israélien Amir Weintraub. C’est donc la dernière affaire en date et elle a particulièrement été commentée car il se trouve que les deux joueurs sont amis et évoluent dans le même club de Sarcelles, en région parisienne ! Sous la menace d’une lourde suspension par la fédération internationale pour ce forfait et sommé de s’expliquer, le Tunisien, 169e joueur mondial, a fourni un certificat médical pour prouver qu’il était blessé au genou et qu’il était dans l’incapacité physique de jouer. Ce ne serait donc pas un boycott pour raisons politiques ? Pas si sûr, une autre version, rapportée par son propre frère Amir Jaziri à une radio privée tunisienne, raconte que le joueur aurait été mis sous pression par sa fédération nationale, qui lui aurait intimé, par mail, l’ordre de déclarer forfait.

 

Le Grand Pardon, c’est sacré

 

Yom Kippour, vous connaissez ? Il s’agit du Jour du Grand Pardon, considéré comme la fête la plus sainte du calendrier juif. Chômage et jeûne complets doivent impérativement être observés par les pratiquants, tous les pratiquants, y compris les joueurs de tennis. L’équipe israélienne de Coupe Davis par BNP Paribas, qui doit théoriquement jouer à Anvers contre la Belgique ce samedi 14 septembre 2013, demande un report d’un jour. Les Belges refusent et la fédération internationale doit s’en mêler. Verdict : décalage d’un jour accepté (début des rencontres le jeudi au lieu du vendredi pour observer le repos le samedi) mais 10 000 euros d’amende pour les Israéliens. « Nous nous tenons fermement et fièrement devant ceux qui refusent de reconnaître l’importance de la tradition juive », réagit le président de la fédé, un brin énervé.

 

Ne jamais vexer les sœurs Williams !

 

Tournoi BNP Paribas Open à Indian Wells en 2001 : Venus et Serena Williams sont en pleine bourre et se retrouvent l’une contre l’autre au stade des demi-finales. Mais la confrontation attendue par le public n’aura pas lieu car l’aînée déclare forfait, officiellement pour raisons médicales. Sauf que la presse américaine relaie des soupçons d’arrangements entre les deux sœurs et leur père. En finale, Serena gagne face à Clijsters sous les huées de ses compatriotes. Vexées, elle et sa sœur accusent un racisme ambiant et décident de ne plus jamais participer au tournoi californien. Parole tenue, elles n’y ont plus jamais mis les pieds depuis.

 

 

Satané court bleu 

 

« Ils peuvent faire ce qu'ils veulent: je ne serai pas là l'an prochain s'ils maintiennent ce court bleu. C’est une surface totalement différente, alors qu'on prépare Roland Garros. C'était un test, le test est un échec. » En 2012 à Madrid, Novak Djokovic est en colère. Et il n’est pas le seul : son principal concurrent Rafael Nadal aussi voit rouge (ou plutôt bleu) et menace : « Je suis désolé d’admettre qu’il y aura un tournoi en moins à mon calendrier l’an prochain. » Le prestigieux tournoi espagnol a voulu innover avec une terre battue bleue et a reçu l’aval de la fédé internationale, mais pas des joueurs qui protestent. Plainte retenue : le Masters 1000 de Madrid s’est tenu cette année sur une terre battue rouge. Avec Djoko et Nadal. Lequel a d’ailleurs gagné.

 

 

Le ras le bol des sans-grades

 

Scoop du Sunday Times à l’été 2012 : le prestigieux journal croit savoir qu’une menace de boycott massif plane autour de la prochaine édition de l’Open d’Australie en janvier 2013. Le directeur du tournoi Craig Tiley a beau démentir d’un « je suis absolument convaincu qu’on verra les joueurs à Melbourne », Eric Butorac, représentant du conseil des joueurs, confirme le courroux de certains d’entre eux. « Nous proposons un spectacle de bonne qualité qui devrait être récompensé de manière équitable », avance-t-il. En fait, beaucoup de joueurs en ont ras le bol de voir les seuls Nadal, Federer et Djokovic empocher à eux trois un quart des gains totaux mis en jeu ! Une discussion est engagée sur une meilleure répartition des gains et l’affaire est vite enterrée.

 

Inde : le pouvoir aux joueurs

 

Un meilleur partage de la dotation, des changements dans l’encadrement et le staff médical et plus de pouvoir dans les prises de décision, rien que ça. Voici ce que demandent les joueurs de l’équipe indienne de Coupe Davis par BNP Paribas en février dernier. Et ils sont clairs : s’ils ne sont pas entendus, ils boycotteront la rencontre prévue quelques jours plus tard face à la Corée du Sud lors du premier tour du groupe Asie/Océanie. « Nous ne pouvons forcer quiconque à jouer pour l’Inde », s’agace d’abord le président de la fédé Hironmoy Chatterjee, avant d’entendre la voix de la raison. Des négociations permettent de mettre fin à la grève des joueurs, ce qui ne les empêche pas de perdre 1-4 le match qui les oppose aux Sud-Coréens…

 

Par Régis Delanoë