Comme un Kiwi sur l’herbe

3 juil. 2012 à 17:12:39

Comme un Kiwi sur l’herbe
Fin des années 70, début des années 80, Borg, McEnroe et Connors se réservent, à quelques exceptions près, toutes les finales de Roland, Flushing et Wimbledon. Bégaiement le plus célèbre à cette mainmise, l’année...

Fin des années 70, début des années 80, Borg, McEnroe et Connors se réservent, à quelques exceptions près, toutes les finales de Roland, Flushing et Wimbledon. Bégaiement le plus célèbre à cette mainmise, l’année 1983. Sur l’herbe londonienne, un Néo-Zélandais, Chris Lewis, réussit l’exploit de se hisser jusqu’en finale. Rembobinage.

Le jour de sa mort, l’homélie rappellera que le Néo-Zélandais Chris Lewis fut finaliste à Wimbledon en 1983. Car avant et après l’exploit de sa carrière, le Kiwi aux manières de troisième ligne de rugby n’a jamais passé un troisième tour.  Dix-neuvième mondial à son meilleur, dix mois après son exploit, il n’a jamais vraiment confirmé. Même s’il mène la Nouvelle-Zélande en demie de la Coupe Davis par BNP Paribas en 1982 contre la France de Yannick Noah (défaite 2-3 à Aix-en-Provence, Ndlr), même s’il atteint les demies du Queens et du prestigieux tournoi de Cincinnati deux ans au préalable, sa performance à Londres est une plus grosses surprises du tournoi anglais. D’habitude, ces bizarreries sont réservées à la terre battue de Roland-Garros. 1983 est l’exception qui confirme la règle.  

Une sieste sous la douche

Classé numéro quatre-vingt-onze à l’époque, Lewis devient le deuxième Kiwi après Anthony Wilding - quatre titres à Wimbledon entre 1910 et 1914, sept finales en tout - dans l’histoire à se hisser à un tel stade. Il l’est toujours. Sous la conduite de Tony Roche, Chris, 26 ans au moment des faits, sort Steve Denton en cinq sets au premier tour malgré treize doubles fautes, puis Mike Bauer 6-4, 3-6, 7-5, 6-7, 6-4 au troisième tour. Lewis devient nerveux quand il doit affronter Nduka Odizor en huitième de finale. « Après une nuit sans sommeil, j’ai réussi à dormir une heure dans le vestiaire puis encore trente minutes dans un coin des douches ». En demi-finale, il revient de l’enfer dans la cinquième manche contre le canonnier sud-africain, Kevin Curren, un habitué des lieux. Mené (0-3), il finit par arracher la victoire (8-6). En finale, en revanche, il n’existe pas : il prend 2, 2 et 2 contre un John Mc Enroe, proprement injouable. Sans rancune : « Perdre lourdement contre McEnroe en finale n’a pas entamé mon enthousiasme. Jouer une finale sur le Centre Court demeure à jamais l’expérience que je chéris le plus de toute ma vie sportive. »   Ok pour la sieste, mais comment expliquer cette performance d’une vie ? Peut-être bien grâce au matériel. Lewis a été le premier homme à atteindre une finale de Grand chelem en utilisant une raquette surdimensionnée, une Prince Original Graphite. Pam Shriver l’avait déjà fait dans l’ultime rencontre de simple dames. Dans le même registre, il est aussi le premier tennisman à porter des chaussures spécialement adaptées au tennis sur gazon. Un pionnier le Chris. Enfin, son père, un joueur du dimanche, l’avait élevé à Lower Hutt dans la banlieue d’Auckland dans le culte de Wim’ : « J’ai grandi comme un gamin néo-zed’ en écoutant les derniers tours de Wimbledon à la radio et en imaginant dans ma tête le All England Club. Ma fascination pour l’endroit était telle que la première fois que je suis venu en Angleterre, en 1974, j’y suis allé directement de l’aéroport pour voir à quoi ça ressemblait vraiment. »  

L’aérophobie de Lewis

Un an plus tard, Chris Lewis gagne le titre junior sur l’herbe londonienne avant d’atteindre la finale de l’US Open. A ce moment-là et pendant cinq ans, il va fréquenter l’académie Harry Hopman, l’usine à champions australiens. En 1978, il gagne son premier tournoi à Kitzbühel en battant en finale Guillermo Vilas mais se blesse gravement à l’épaule. Dix-huit mois seront nécessaires pour qu’il remonte à la surface. Pionnier de la préparation physique hard-core, il se met même au karaté pour améliorer sa vélocité. A force d’entrainements exténuants et d’un dur labeur jamais démenti, il se hisse dans le top 20 suite à son tube londonien, mais ne concrétise jamais ensuite les espoirs placés en lui. On connaît la chanson….   Parmi les raisons invoquées, son aérophobie ou peur de l’avion. Gros problème dans une vie ordinaire de tennismen. Par trois fois son coucou avait dû atterrir en urgence suite à des problèmes techniques. Depuis lors, il voyageait en voiture, organisant son planning en conséquence, ne réservant les trips aériens que lorsqu’il ne pouvait pas faire autrement. Une fois à la retraite, il entraînera Ivan Lendl puis Carl-Uwe Steeb. Aujourd’hui, exilé en Californie, il exploite un site internet d’expertise tennistique, une ligne d’équipements de vêtements de tennis et entraîne au…Tennis club de Woodbridge. On ne se refait pas.   Par Rico Rizzitelli  

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