VILAS : « JE ME SUIS INSPIRE D’UNE PUB POUR UN WHISKY »

30 mai 2013 à 00:00:00

Immense joueur de terre battue, Guillermo Vilas est aussi l’inventeur officiel de la « Gran Willy », un coup qui consiste à renvoyer la balle à l’adversaire entre les jambes, dos au filet. Un coup qui s’invite chaque année ou presque dans le za

Immense joueur de terre battue, Guillermo Vilas est aussi l’inventeur officiel de la « Gran Willy », un coup qui consiste à renvoyer la balle à l’adversaire entre les jambes, dos au filet. Un coup qui s’invite chaque année ou presque dans le zapping de la quinzaine de Roland-Garros. Un coup que son inventeur décompose ici pour le Mag.

 

Comment vous est venue l’idée de la « Gran Willy » ?

Les jours de pluie, comme on ne pouvait pas faire de match d’entraînement, j’aimais bien faire des petits jeux, comme les footballeurs qui jonglent. J’essayais de trouver des façons différentes de frapper la balle, de la taper avec le rebord de la raquette, bref… Et ça m’amusait de frapper vers l’arrière. Chaque fois que je le faisais à l’entraînement, je gagnais le point. Je m’étais inspiré d’une pub pour un whisky dans laquelle on voyait le joueur de polo Juan Carlos Harriott effectuer un « backhander » (Ndlr : un coup de maillet vers l’arrière, sur le côté du cheval ou entre ses pattes).

 

Vous vous souvenez de la première fois où vous l’avez fait en match ?

Je disputais un tournoi d’exhibition dans une salle de basketball de Buenos Aires contre le Français Wanaro N’Godrella. Il était à trois points de la balle de match. Sur l’échange, il me lobe et je suis obligé de courir vers le fond du court. Là, je vois que si je continue ma course pour lui renvoyer la balle normalement, je me prends le panneau de basket de plein fouet, alors je décide de frapper la balle entre mes jambes, comme ça (Ndlr : il se lève et reproduit son geste avec enthousiasme). Je n’ai pas vu où la balle est partie, mais elle est retombée de l’autre côté du filet et j’ai gagné le point.

 

Comment a réagi  le public?

Il y avait à peine trois cent personnes. C’était un petit terrain de basket de quartier. Les gens se sont levés et n’ont pas arrêté d’applaudir. Ils devenaient fous ! Je l’ai refait lors du tournoi du Munich, en 1975, cette fois-ci en lobant mon rival. Le lendemain, ça a fait la Une des journaux locaux. Je l’ai refait aussi une fois contre Manuel Orantes lors du tournoi de Buenos Aires et je lui ai envoyé directement dans la poitrine. Il s’est agenouillé. Il y a des photos mémorables de ce moment-là aussi. J’ai réussi à le faire sept ou huit fois d’affilée, dont une fois contre la Bolivie, en Coupe Davis par BNP Paribas, après m’être fait lober sur le point antérieur. Et puis un jour, je l’ai raté à Wimbledon. Je ne l’ai plus jamais refait ensuite. La bonne série était terminée.

 

Que requiert ce geste ?

C’est un coup qu’il faut savoir doser, car sinon vous pouvez vous casser le poignet. Surtout si vous avez une raquette assez lourde comme la mienne. Il ne faut pas que vous laissiez votre raquette emporter votre poignet. Il faut donner un coup sec. La balle va tout droit (Ndlr : il mime le coup) Pfiou !

 

On imagine que c’est une vraie fierté d’avoir laissé votre nom à un geste qui reste dans l’histoire du tennis ?

C’est un journaliste argentin nommé Carlos Marcelo Thiery qui lui a donné ce nom. Au début de ma carrière, il m’avait demandé de lui montrer un nouveau geste à l’occasion d’un entraînement et quand je lui ai montré ça, il a dit : « C’est la Gran Willy ! », en référence au « wheeling » (Ndlr : roue-arrière en anglais). Maintenant, les joueurs le font pour frimer… Mais moi, au départ, je l’ai fait pour me sauver ! Federer en a réalisé une très belle il y a quelques années à l’US Open (Ndlr : en 2009. Le Suisse considère ce point comme le plus beau de sa carrière). Yannick (Ndlr : Noah) en a aussi fait une extraordinaire au Madison Square Garden, qui a traversé le terrain en diagonal !

 

 

Propos recueillis par Florent Torchut, à Buenos Aires

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