Le public de la Porte d’Auteuil, ce n’est pas juste une foule polie qui applaudit entre les points et réalise des « Ola » aux changements de côté. Roland-Garros, pour peu que l’on sache chercher, c’est aussi un joyeux barnum coloré, entre cr

Le public de la Porte d’Auteuil, ce n’est pas juste une foule polie qui applaudit entre les points et réalise des « Ola » aux changements de côté. Roland-Garros, pour peu que l’on sache chercher, c’est aussi un joyeux barnum coloré, entre cris, drapeaux et gobelets de bière. Voici les meilleurs « noms » à repérer dans un tableau. Une certitude : si vous voulez assister à leurs matchs, prenez place dès la rencontre précédente, car vous ne serez pas seul !

 

Plat Pays, énorme ambiance

Nul  besoin d’aller loin pour trouver le public le plus festif de Roland-Garros : il parle français, a toujours la banane, se nourrit essentiellement de frites et se rafraîchit à la bière… Bienvenue à la Belgique ! « Pour nous, Roland-Garros est le tournoi le plus important, celui qui a le plus de visibilité, et donc celui où l’on veut le plus se faire remarquer », explique Filip Dewulf, dont la demi-finale surprise, en 1997, alors qu’il sortait des qualifications, avait suscité un élan sans précédent. Depuis, l’engouement ne s’est jamais démenti en Belgique et – lien de cause à effet ? – c’est à Paris que les joueurs du Plat Pays se sont souvent le plus illustrés : Kim Clijsters avec ses deux finales (2001 et 2003), Xavier Malisse et Olivier Rochus par leur titre en double (2004), et bien sûr Justine Hénin, gagnante chez les juniors en 1997 et surtout dans le simple dames en 2003, 2005, 2006 et 2007. Derniers coups d’éclat en date, pas plus tard qu’il y a douze mois : le titre junior de Kimmer Coppejans, et le pittoresque 3ème tour du lucky loser David Goffin. Lukasz Kubot, son adversaire pourra confirmer, lui qui était devenu fou à force de chants tels que « David ! David ! David » ou « On est chez nous », de bronca et de chambrage sur un Court 7 transformé en arène.

Les Sud-Américains en général, les Argentins en particulier

Marcelo Rios d’abord – et les « Chi-Chi-Chi… Le-Le-Le… Viva Chile » qui résonnaient par vague aux quatre coins du Central – Gustavo Kuerten ensuite, et puis la vague argentine des Coria, Gaudio, Nalbandian… Depuis une quinzaine d’années, les Sud-Américains ont pris l’habitude de transformer les travées de Roland-Garros en annexes de stade de foot : chants de supporters, drapeaux et visages peinturlurés aux couleurs nationales. Si le phénomène a perdu de son ampleur en raison de la disparition progressive des vedettes venues d’Amérique latine – le forfait de Juan Martin del Potro cette année n’aidera pas – la colonie argentine garantit toujours son lot de bons moments sur des petits courts en première semaine. Pour vivre pleinement l’expérience, choisissez donc les héros du quart de finale remporté en avril dernier, à Buenos Aires, face à la France : Horacio Zeballos, Carlos Berlocq ou Juan Monaco. Au menu : râles gutturaux et t-shirts maculés de sueur et de terre.

 

Fabio Fognini, l’arte et la commedia

Tous les Italiens ne se valent pas : un match de Paolo Lorenzi ou Potito Starace n’a jamais déchaîné les passions à Roland-Garros. Mais d’autres héritiers de Panatta drainent leur lot de supporters cocardiers. En premier lieu desquels Fabio Fognini. Actuel 29e mondial, le récent demi-finaliste de Monte-Carlo – où, déjà, les Transalpins s’étaient déplacés en nombre pour l’encourager bruyamment dans les allées feutrées du Monte-Carlo Country Club – a quelques morceaux de bravoure à son actif ici à Paris : une inoubliable victoire sur Gaël Monfils en 2010, 9 jeux à 7 au cinquième set, et un non moins homérique succès sur Albert Montanes lors des huitièmes de finale l’année suivante, remporté 11 jeux à 9 malgré les crampes l’obligeant à jouer en marchant, les gémissements, les implorations au ciel… et des fautes de pied à répétition. Le public du Suzanne-Lenglen ne savait plus alors à quelle madone se vouer : fatigue sincère ou pure commedia dell’arte ? Faute de pouvoir trancher avec certitude, la moitié du court avait chaudement applaudi l’Italien, quand l’autre moitié l’avait impitoyablement hué. Et « Fogna », l’air désolé, de hausser les épaules tandis qu’il saluait les spectateurs. A suivre aussi, dans le même style « belle gueule douée mais un peu dilettante », son compatriote Simone Bolelli.

 

Benoît Paire, doux, doué et dingue

Bien sûr, il y a Jo-Wilfried Tsonga ou Gaël Monfils, qui drainent d’innombrables fans sur tous les courts où ils se produisent. Mais côté français, il y a aussi le nouveau venu Benoît Paire. Il est loin le temps où le joueur d’Avignon quittait le Court n°17, cadre des championnats de France de tennis, sous les sifflets du public, après avoir écopé de trois points de pénalité dans le dernier jeu d’une finale en catégorie 17/18 ans. Aujourd’hui, Paire a – dans l’ensemble – appris à maîtriser ses nerfs, et présente l’un des jeux les plus séduisants du circuit : à la fois riche, esthétique… et inimitable. L’an dernier, face à l’Espagnol Albert Ramos, un Paire encore un peu brouillon avait transformé le Court 2 en fournaise. Depuis, le loustic a bien progressé, et sort d’une probante demi-finale à Rome. Sa popularité, déjà entrevue à l’entraînement ces derniers jours, ne demande qu’à exploser au grand jour dans ce tournoi…

 

Combien de fois Jerzy Janowicz ?

Lui aussi a un petit grain. Lui aussi affiche un amour gourmand pour l’amortie. Mais pour lui, ce sera la première apparition dans le grand tableau de Roland-Garros, six mois après sa finale à Bercy. Le Polonais tonitruant, tennis explosif et personnage excentrique, est désormais un phénomène au pays. Une communion certaine est née entre lui et son public, au cours notamment d’un week-end de Coupe Davis par BNP Paribas face à la Slovénie, dont il fut le héros. Un week-end où il a fini, micro en main, par reprendre en chœur avec les fans son « How many  times » de l’Open d’Australie. Sous réserve que les fans polonais fassent le déplacement à Roland-Garros, nul doute que les matchs de « Crazy Jerzy » ne manqueront pas de piment.

Par Guillaume Willecoq