BOBBY RIGGS, MACHO MAN

16 mai 2013 à 18:39:09

BOBBY RIGGS, MACHO MAN
Adversaire de Billie Jean King lors du fameux « combat des sexes » de 1973, Bobby Rings s’est fait beaucoup d’argent grâce à une méthode de pari presque infaillible. Découvrez laquelle en lisant son portrait ici.

Ancien champion de Wimbledon, l’Américain Bobby Riggs a marqué de son empreinte l’histoire du tennis. Non pas pour sa carrière sportive, un peu oubliée, mais pour avoir affronté la joueuse Billie Jean King dans le célèbre « combat des sexes », en 1973. Ou quand un misogyne carabiné rencontre la figure de proue du féminisme des années 1970. Portrait d’un drôle d’oiseau, entre punchlines sexistes et paris entre amis.  

 

« Le macho ». « Le cochon machiste ». « L’arnaqueur ». Drôles de surnoms pour un ancien double vainqueur de l’US Open. Malgré ces trois succès en Grand chelem, Bobby Riggs reste avant tout l’homme qui a participé à « la bataille des sexes » du 20 septembre 1973. Ce jour-là, ce fils de ministre américain affronte la joueuse Billie Jean King, 29 ans, homosexuelle et fière de l’avoir revendiquée au sommet de sa carrière sportive. Volontiers provocateur, la place de la femme est selon lui « dans la chambre à coucher et la cuisine, dans cet ordre », avant de clamer : « Aucune joueuse en activité ne pourrait jamais venir à bout d’un retraité. Je veux battre Billie Jean pour tous les mecs qui vont se marier, dont les épouses ne les laisseront pas jouer au poker le vendredi soir ou aller à la pêche le week-end ». Suite à ces déclarations, la télévision américaine a l’idée folle d’organiser cette scène de ménage sportive en mondovision. Un show à l’américaine, en somme, suivi par 50 millions de téléspectateurs. Toute souriante, Billie arrive dans l’Astrodôme de Houston  à la manière de la Reine de Saba, sur un trône porté par de jeunes footballeurs américains en tenue d’esclave. De son côté, Riggs arbore une veste de boxeur « Sugar daddy » (homme d’un certain âge qui entretient une amante très jeune) cachant un tee-shirt à la mention : « Pour la libération des hommes ». Son entrée est tout aussi spectaculaire : les bras en l’air, il parade dans un pouce-pouce conduit par un essaim de jeunes danseuses. Avant l’échauffement, les deux adversaires s’échangent un cadeau : une sucette géante pour King ; un bébé porc (un vrai) pour Riggs. « La mise en scène de ce simple mixte fut digne d’un péplum italien, coloriée, chargée, baroque, à la limite du mauvais goût », témoigne la journaliste français Denis Lalanne, dans son livre Le Tennis. Dans les tribunes, 30 472 spectateurs vont néanmoins apercevoir l’Américaine balader son compatriote : « C’est un vieillard qui marche comme un canard, sans voir, sans entendre, et en plus il est idiot ». Quand Riggs joue la carte de la finesse, des amortis et des slices, King contre-attaque avec violence et d’incessantes montées au filet salvatrices. Jeu, set et match. « C’est elle qui a joué comme un homme », lâchera Bobby dans son autobiographie Hustler Court, défait sans résistance 4-6, 3-6 et 3-6. Après la balle de match, j’ai sauté par-dessus le filet et je l’ai embrassée. Elle était beaucoup trop forte pour moi ».

 

Paris sportifs, féminisme et chiens en laisse

 

Avant d’être le gros macho du tennis mondial, Robert Larimore Riggs est un joueur de ping-pong sans histoire. Né le 25 février 1918 à Los Angeles, ces aptitudes autour d’une table le pousse naturellement à prendre ses premières leçons de tennis à l’âge de 12 ans. Un modèle de précocité : en 1934, il n’a que 16 ans quand il remporte son premier tournoi amateur à Cincinnati. Petit, alerte et doté d’un étonnant touché de balle, il remporte à 18 ans la Coupe Davis par BNP Paribas avant d’atteindre la finale de Roland-Garros en 1939, puis de remporter son premier Grand chelem à Wimbledon. Cette même année, il s’octroie la coquette somme de 105 000 dollars (1,2 millions d’euros aujourd’hui) en pariant sur son triple succès londonien : en simple, double et double mixte. Car en réalité, plus qu’aucun autre joueur de cette époque, Riggs cherche avant tout à capitaliser sur son activité de joueur de tennis amateur. Pour ce faire, il parie donc de l’argent sur lui-même, parfois même pendant un jeu, selon que sa cote monte ou redescend auprès des bookmakers. Des années plus tard, alors retraité, il assure à un jeune joueur qu’il pourrait encore le battre en tenant deux chiens en laisse. Un autre jour, il soutient à un inconnu pouvoir se le faire un parapluie ouvert dans sa main gauche, du premier au dernier point. Les parties de golf ? Bobby les joue avec un seul club, si cela amuse quelqu’un de miser quelques dollars. « Si je ne peux pas jouer pour beaucoup d’argent, je joue pour peu d'argent. Et si je ne peux pas jouer pour un peu d'argent, bah alors je préfère rester au lit toute la journée », précise-t-il en direct à la télévision avant son fameux match face à Billie Jean King. En effet, ce retour spectaculaire après vingt ans de disparition coïncide sans doute avec l’offre du producteur Jerry Perenchio, metteur en scène de ce fameux « combat des sexes », et quelques années avant, du « combat du siècle » entre Mohamed Ali et Joe Frazier. Combien en cas de victoire ? 200 000 dollars. La moitié pour le vaincu. « Bobby s’est juste battu pour l’argent, moi pour une cause », attaque alors Billie, première militante pour l'égalité des sexes dans le tennis. C’est elle qui est à l’origine des premières tournées professionnelles féminines et de l’égalité des gains en tournois : « Je pense que le tennis aurait reculé de 50 ans si je n'avais pas gagné ce match. Cela aurait ruiné le circuit féminin et affecter l'estime de soi de toutes les femmes ».

 

« Bobby, je t’aime »

 

Avec cette défaite, Bobby Riggs participe à sa manière à la reconnaissance du tennis féminin, mais également du tennis comme sport majeur. « Pour un mâle machiste, il a fait beaucoup de bien à notre cause », note finalement Rosie Casals, ancienne joueuse de tennis américaine. En effet, l'année suivante, les circuits masculin et féminin connaissent la plus forte fréquentation jamais enregistrée et signent leurs premiers contrats de diffusion avec des chaînes de télévisions nationales aux Etats-Unis. Dans son livre Le Tennis, Michel Sutter rappelle dans quel contexte s’est jouée cette rencontre : « Cette même année 1973 voyait la création du syndicat des joueuses, la WTA (Women’s Tennis Association), dont le rôle est d’administrer et de promouvoir le tennis féminin. Tâche parfaitement réussie puisqu’en treize ans, la masse salariale distribuée aux joueuses est passée de 1,5 millions de dollars à 14 millions de dollars ». Pour Riggs, « l'opération a été un grand succès, une belle promotion, se gargarise-t-il. Le seul truc, c'est que j’ai perdu. Mais, hey, c’est un dénouement heureux. J'ai pleuré de joie sur tout le chemin me menant à la banque ». Insatiable, il remonte sur le court en 1985 pour un même spectacle aux côtés de Vitas Gerulaitis. Sans grand succès, les comparses s’inclinent en double face à Martina Navratilova et Pam Shriver. Mike Penner, du Los Angeles Times, se souvient : « Riggs avait alors 67 ans. Il ne pouvait servir, ne pouvait pas retourner un service, ne pouvait même plus lever le bras au-dessus de l’épaule. Il était plus vieux que Navratilova et Shriver réunies ! » Atteint d'un cancer de la prostate, son état de santé se dégrade ensuite année après année. En 1988, il fonde la « Bobby Riggs Tennis Museum Foundation » au profit de la recherche médicale contre le cancer. Par pudeur, Bobby refuse toute visite personnelle. La veille sa mort pourtant, le 25 octobre 1995, il reçoit un dernier coup de téléphone. Au bout du fil : Billie Jean King, son éternelle amie avec qui il gardait une relation privilégiée. ­­­« Il ne parlait plus. Mais moi je me souviendrais toujours de ce que je lui ai dit à ce moment là : ‘Bobby, je t’aime’ ».

 

 

 

 

 

 

Par Victor Le Grand

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