Après Henin, c’est au tour de Clijsters d’annoncer sa retraite, après l’US Open cet été. La fin d’une époque. Celle où un Royaume trois cent fois plus petit que les Etats-Unis dominait le tennis féminin. Comme ce 7...

Après Henin, c’est au tour de Clijsters d’annoncer sa retraite, après l’US Open cet été. La fin d’une époque. Celle où un Royaume trois cent fois plus petit que les Etats-Unis dominait le tennis féminin. Comme ce 7 juin 2003, date de la première finale 100% belge lors d’un grand chelem. D’autres suivront mais Justine Hénin resterait à jamais la première à en avoir gagné un…

Les années 90 se sont achevées avec un dernier titre à Roland-Garros pour Steffi Graf, portant à vingt-deux son impressionnante collection de majeurs. Les années 2000 seront, quant à elles, en partie squattées par les filles de l’Est, les sœurs Williams et un binôme belge : une Flamande (Kim Clijsters) et une Wallonne (Justine Hénin).  L'accession conjuguée des deux a commencé en 2001, à l’occasion d’une  demi-finale à Roland Garros, le tournoi du Grand Chelem qui vaut le plus outre-Quiévrain. Pour cette première, ce sera Clijsters qui s’imposera avant de s’incliner en finale contre Jennifer Capriati au bout du troisième set (10-12). « L’émergence de Justine et de Kim en même temps a boosté le nombre de licenciés dans tout le pays. La finale de 2003 entre les deux a eu un écho incroyable dans tout le pays », rappelle Filip Dewulf, lui-même quart et demi-finaliste à Paris en 1997 et 98.   7 juin 2003 : finale des internationaux de France. Les deux joueuses du Royaume ont gagné ensemble la Fed cup un an et demi auparavant. Cet affrontement de surfemmes en finale d’un grand chelem est le premier d’une série de trois quasi-consécutifs. Seul Wimbledon échappera à un clash belgo-belge. « Kim avait dominé les premières rencontres mais Justine a maturé un peu plus lentement. Une fois lancée, elle est devenue presque injouable pendant ses meilleures années », se souvient Dominique Monami, une autre joueuse du Royaume, entrée dans le top 10, au début des 00’s. En ce printemps 2003, toute la royauté et une flopée de ministres se sont déplacées en France pour assister à ce qui demeurera pour toujours une des dates majeures du sport belge. Pour en arriver là, la Flamande, numéro deux mondiale, n’a dû concéder qu’un set, le premier (0-6) contre Magdalena Maleeva en quart. Le parcours de Justine Hénin-Hardenne (elle est encore une jeune mariée à l’époque, ndlr) est un brin plus compliqué, notamment lors de sa demi-finale épique contre Serena Williams, gagnée (7-5) au troisième.  
« La mort prématurée de sa maman a fait basculer Justine dans une autre dimension »
  Leur personnalité ainsi que la manière d'approcher leur passion sont fort différentes. Henin est une stakhanoviste qui se donne tous les moyens pour y arriver, là où Clijsters affiche un air beaucoup plus détaché. « Vous ne m'entendrez jamais dire que je vise la première place mondiale » détaillait alors la native de Bilzen. « Justine avait beaucoup de choses à prouver. La mort prématurée de sa maman l’a fait basculer dans une autre dimension ; elle était incroyablement déterminée, ne s’autorisait aucune faiblesse », poursuit Dewulf. Et de fait, plus âgée d’un an, Hénin ne laisse aucune chance à sa compatriote (6-0, 6-4) sur la terre ocre de la porte d’Auteuil… Ce sera la même chose à Flushing-Meadows et à Melbourne. Au final, Clijsters devra attendre 2005 pour décrocher son premier grand chelem (US Open) pour un total de quatre et trois Masters, série en cours… La Wallonne en cumule sept, plus deux Masters et l’or olympique à Athènes. Avec quatre titres à Paris, elle demeure la joueuse la plus titrée de la décennie à Roland-Garros…   « Pour nous, ces matchs entre les deux meilleures joueuses belges qui appartenaient peu ou prou au top 5 mondial, c’était comme un rêve. Un truc qui n’appartenait qu’aux grandes nations. Dans tout le pays, chacun supportait sa joueuse sans tenir compte de la communauté linguistique à laquelle elle appartenait », souligne Dominique Monami. Au reste, dans l’inconscient collectif comme l’histoire du tennis, et sans tenir compte des palmarès, les trajectoires de Kim Clijsters et de Justine Hénin semblent inévitablement liées. Comme celles de Borg et McEnroe, de Sampras et d’Agassi, de Nadal et de Federer. Le plus beau des hommages…   Par Rico Rizzitelli