De retour à la compétition après un an d’absence, Serena Williams, désormais 1204e mondiale et wild card, s’est inclinée - 7/5 1/6 7/6 - au premier tour de Wimbledon face à la Française Harmony Tan, 115e du classement WTA, et son jeu façon surprise du chef. Si elle est restée floue quant à la suite de sa carrière, l’Américaine a toutefois donné quelques pistes laissant espérer de nouvelles apparitions au cours des mois prochains.

 

Si jamais je faisais mes adieux, je ne le dirais à personne (sourire).

18 février 2021. Battue en demi-finale de l’Open d’Australie par Naomi Osaka, Serena Williams quittait sa conférence de presse sur ces mots. Gorge serrée, larmes aux yeux. Depuis, le flou ne s’est jamais dissipé. Les saisons ont passé, mais la brume d’automne est restée autour de l’avenir du monument aux 23 titres du Grand Chelem en simple. Désormais préparés à l’imprévisible, sachant que chaque grand tournoi pourrait être son dernier, les observateurs sont aux aguets. Sans surprise, après la défaite de l’Américaine - cuite par la cuisine étoilée d’Harmony Tan -, la question a été posée : était-ce son dernier match à Wimbledon ?

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre, a-t-elle confié. Je ne sais pas. Qui sait ? Qui sait où je vais réapparaître ?” Aussi douée pour entretenir le brouillard avec ses mots que pour faire parler la foudre avec sa raquette, la quarantenaire a tout de même allumé les phares pour apporter un peu de lumière sur le sujet au fil des interrogations des journalistes. Certes, ce mardi, elle a atteint son premier objectif. Avant l’entame de la quinzaine, elle avait déclaré être aussi venue à Londres pour effacer le mauvais souvenir de 2021. Celui d’un abandon d’entrée, à 3/3 après une mauvaise glissade face à Aliaksandra Sasnovich. “C’était un long, très long combat (de 3h10, face à Harmony Tan), a-t-elle expliqué après son élimination. C’est définitivement mieux que l’an dernier (comme éventuel dernier match à Wimbledon)…

“Vous me connaissez, je ne peux évidemment pas me satisfaire d’une défaite au premier tour comme éventuel dernier match à Wimbledon”

La pièce de théâtre en trois actes à la dramaturgie insoutenable, jouée avec Tan, devant un public en admiration jusqu’au dénouement au super tie-break a été un grand moment de tennis. Mais une légende de la trempe de Serena pourrait-elle se satisfaire d’une tombée de rideau dès la scène initiale comme ultime apparition au sein du “Temple du tennis” ? “Évidemment que non, a-t-elle assuré. Vous me connaissez. Certainement pas.” Bien que ne sachant pas elle-même de quoi pourrait être fait son futur et si elle serait présente en capitale britannique en 2023, la native du Michigan a laissé transparaître son envie de poursuivre l’aventure. À court terme, au moins. Tout en prenant soin de garder une part d’ombre.

Aujourd’hui (mardi), j’ai donné tout ce que j’avais, a-t-elle détaillé. Demain, peut-être que je pourrai donner davantage. Et dans une semaine, peut-être encore plus.” De quoi espérer la voir sur les courts cet été ? “Je ne sais pas, a-t-elle ajouté. Comme je l’ai dit, je planifie sur le moment, je vois comment je me sens, et j’avance à partir de là.” Et malgré la désillusion liée à la défaite - sa troisième seulement au premier tour d’un Majeur en simple, en 80 participations, mais la deuxième de suite -, elle n’a pas perdu la flamme. “Quand vous ne jouez pas mal et que vous n’êtes pas loin, ça donne assurément envie d’aller sur le terrain d'entraînement, s’est-elle épanchée. Je sors sur une impression du genre : ‘OK Serena, tu peux y arriver si tu le veux.’”  


“Contre n’importe quelle autre adversaire, le résultat aurait probablement été différent”

Je pense que contre n’importe quelle autre adversaire, dont le style aurait mieux convenu à mon jeu, le résultat aurait probablement été différent, a-t-elle complété en soulignant la justesse tactique de Tan. Je savais qu’elle faisait beaucoup d’amorties, de slices etc., mais je n’étais pas préparée à ce qu’elle en fasse autant (de slices), surtout en coup droit. C’était très dur de trouver mon rythme. J’ai un très bon recul sur ce qu’il s’est passé.” Hormis deux matchs de double disputés avec Ons Jabeur à Eastbourne, la cadette des sœurs Williams a débarqué sur le Centre Court sans préparation. “Quand vous jouez semaine après semaine, ou même toutes les trois ou quatre semaines (ce qui est, sauf blessure, son type de calendrier depuis plusieurs années) vous êtes plus résistant mentalement pendant un match, notamment sur les points clefs. Peut-être que j’aurais pu mieux faire sur certains d’entre eux.

Avant le début de la compétition, la surnommée “Reine” avait été questionnée quant à ses ambitions sur le gazon le plus prestigieux de la planète, où elle s’est imposée sept fois sans compter les doubles : “Vous connaissez la réponse (sourire).” La victoire. Sans doute. Histoire d’égaler Margaret Court et ses 24 titres en Majeur. Un record dont elle s’est rapprochée à une unité grâce à son sacre à Melbourne en 2017. Depuis, elle a toujours buté sur la dernière marche. Quatre finales perdues : deux à Wimbledon et deux à l’US Open, en 2018 et 2019. Mais elle n’a vraisemblablement pas dit son dernier mot. Si elle n’a rien confirmé, Flushing Meadows pourrait bien accueillir sa sextuple championne une fois de plus dès septembre.

“L’US Open a toujours été spécial pour moi, ça me donne beaucoup de motivation pour m’améliorer et jouer à la maison”

C’est à la maison, à New York, et c’est le premier tournoi du Grand Chelem que j’ai gagné (en 1999, face à Martina Hingis), a-t-elle rappelé. Ça (l’US Open) a toujours été super spécial pour moi. La première fois est toujours spéciale. Ça me donne assurément beaucoup de motivation pour m’améliorer et jouer à la maison.” Et pouvoir prétendre à la couronne pour rejoindre Margaret Court sur le trône ? Après tout, en tant qu’amoureux du tennis, peu importe. Profitons des joutes de Serena Williams. Qu’elles ne soient plus qu’une poignée, ou des dizaines. Revenant de douze mois d’absence, elle nous a offert - avec Harmony Tan - un scénario à la tension incommensurable, comptant plus de rebondissements qu’un film de Scorcese, dès son premier duel.

Au point que le public anglais, souvent taciturne, s’est égosillé à faire sauter le premier bouton de sa chemise fermée jusqu’au col et a applaudi à en avoir les mains écarlates. Parce qu'eux aussi l’avaient en tête. C’était peut-être le dernier match de “SW” à SW19. Celle qui est sans doute, déjà, la plus grande joueuse de tous les temps. Margaret Court a beau compter un trophée de plus en Grand Chelem, treize d’entre eux ont été soulevés avant l'ère Open. Et, au total, onze ont été glanés à l’Open d’Australie, à une époque où toutes les meilleures de la planète ne faisaient pas le déplacement en raison du long voyage alors beaucoup plus compliqué que maintenant.

Ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu, mais c’est arrivé, a répondu Serena Williams à propos du T-shirt ‘Be The Game Changer’ avec lequel elle est apparue en conférence de presse. D’une certaine manière, je suis Serena. Et c’est assez génial.