Medvedev, la relance du bout du monde

18 août 2021 à 12:16:00 | par Mathieu Canac

Titré à Toronto la semaine passée, Daniil Medvedev - qui entre en lice ce mercredi à Cincinnati face à Mackenzie McDonald - a notamment vaincu John Isner et Reilly Opelka. Tranquillement, 6/2 6/2 et 6/3 6/4, en détruisant leurs services brutaux par son art du retour.

 

Parmi les “Kanté Facts”, ces blagues qui courent au sujet du milieu de terrain Français semblant doté du don d'ubiquité, l’une des plus connues est : “71 % de la Terre est couverte d’eau, le reste est couvert par N’Golo Kanté.” Pour le tennis, vous pouvez remplacer le patronyme du Tricolore par celui de Danill Medvedev, ça fonctionne aussi. Au cours de sa semaine victorieuse à Toronto - son quatrième sacre en Masters 1000 - le Russe a de nouveau démontré toute sa science du déplacement et du placement. Dès le retour, secteur du jeu dans lequel il s’est imposé comme l’un des maîtres.

Sur son chemin vers le trophée, le Moscovite a écarté John Isner - 2,08 m - en demi-finale et Reilly Opelka - 2,11 m - en finale. Les deux machines à servir les mieux huilées du circuit principal, sachant qu’Ivo Karlović, 42 ans, est désormais 216e de la hiérarchie planétaire. Depuis le début de leurs carrières, les deux géants américains ont respectivement tourné à 18,4 et 18,9 aces par match d’après les statistiques de l’ATP. En quatre manches face à eux, Medvedev n’en a pris que douze. Quatre contre John  “Acener”, huit contre Reilly “Opelkace”. Soit trois par set, seulement, en moyenne. Derrière sa première balle, le dernier nommé n’a remporté “que” 63,2 % des points dimanche. Jamais ce pourcentage n’avait été aussi bas sur dur pour lui.

“Il fait partie des trois meilleurs relanceurs au monde”

Publiée sur le site de l’ATP, une étude a illustré le fait que le numéro 2 mondial n’hésite pas à se positionner loin de sa ligne. Très loin. Jusqu’à sept mètres derrière, par exemple, pour relancer un canonnier comme Matteo Berrettini. Un choix tactique à l’opposé du retour bloqué habituellement préconisé pour contrer les serveurs les plus puissants. Certes, Medvedev n’a pas été le premier à oser aller flirter avec les bâches. Rafael Nadal, par exemple, l’a régulièrement fait. Stan Wawrinka aussi, sur son revers à une main côté avantage. Mais le surnommé “Meddy” en a fait une véritable marque de fabrique.

Je ne retourne pas vraiment proche de ma ligne comme le font certains joueurs (Andy Murray est un des spécialistes du genre), parce que je sais que ce n’est pas ma meilleure arme, a-t-il expliqué en conférence de presse à Toronto. Quand je suis très loin, je peux frapper à pleine puissance.” Avec une position très reculée, il a le temps de déployer son grand bras pour concasser la balle à plat sans crainte de la voir sortir en longueur. Chiffres à l’appui, l’article de l’ATP montre que les vitesses de ses relances ont bien souvent été supérieures à celles de ses adversaires. “Il fait partie des trois meilleurs relanceurs du monde, deuxième derrière Novak (Djokovic)", a analysé Opelka devant les journalistes.

Il peut adapter sa position à l’adversaire

Avec son allonge et son envergure, il peut se permettre d’être loin derrière sa ligne, a poursuivi le natif du Michigan. Je pense que sa prise de coup droit assez traditionnelle, plutôt ouverte, lui permet de bien gérer les coups frappés loin derrière sa ligne de fond. Et il est rapide. Vraiment très rapide. Il peut ensuite courir d’un bout à l’autre du court pour ramener des balles même en étant très loin.” Pour émerger au plus haut niveau, Medvedev s’est appuyé sur son sens tactique et l’adaptation à l’adversaire. Une caractéristique qu’il n’a pas oublié d’appliquer au moment de se tenir prêt pour renvoyer les engagements de ses rivaux.

J’ai travaillé beaucoup de choses à l’entraînement : retourner loin de la ligne, proche et en position intermédiaire, a-t-il confié au Canada. Je sens que je suis capable de tout faire. J’aime relancer en étant loin, mais je peux varier en fonction des conditions de jeu et de l’adversaire. Contre Hubert (Hurkacz, en quart de finale), à plusieurs reprises j’ai d’abord pensé à reculer, mais j’ai changé d’avis pour ne pas lui donner des angles qu’il exploitait à merveille. J’avais besoin d’être parfois plus proche pour le gêner.” A ce rythme, on ne dira bientôt plus que c’est Daniil Medvedev qui tente de breaker le serveur, mais que c’est le serveur qui essaie de garder sa mise en jeu.

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