Karsten Braasch : le fumeur qui a ridiculisé les sœurs Williams

9 avr. 2013 à 10:26:13

Janvier 1998, les sœurs Williams n’ont pas encore dicté leur loi sur le tennis féminin qu’elles pensent déjà à rivaliser avec les garçons. Un drôle d’Allemand en fin de carrière se fera un plaisir de leur donner tort...

Janvier 1998, les sœurs Williams n’ont pas encore dicté leur loi sur le tennis féminin qu’elles pensent déjà à rivaliser avec les garçons. Un drôle d’Allemand en fin de carrière se fera un plaisir de leur donner tort sur un court de Melbourne.

  « Je pense vraiment que le tennis masculin et féminin sont très différents. Les hommes sont juste plus costauds que les femmes. C’est comme comparer des pommes et des oranges. » En juillet 2010, Serena Williams met fin à la guerre des sexes. La joueuse la plus titrée de ces 20 dernières années avoue même qu’elle « n’aurait aucune chance contre un Top 100 masculin ». L’Américaine n’a pas toujours tenu ce discours. Quand elle débarque sur le circuit WTA à la fin des années 90 avec sœur Vénus, son appareil dentaire et ses perles dans les cheveux, elle clame haut et fort pouvoir taper « n’importe quel mec du Top 200 ». Un homme va se charger de ramener les deux adolescentes à la raison.  

Une cigarette au changement de côté

Sans sa double confrontation contre les sœurs Williams, l’histoire aurait retenu de Karsten Braasch son service improbable décomposé jusqu'à la caricature – qu’il semble avoir copié sur Monsieur Hulot – plutôt que son meilleur classement : une 38e place en juin 1994. Quatre ans plus tard, à l’Open d’Australie, l’Allemand a rasé sa moustache si reconnaissable et file déjà vers une fin de carrière, dans le plus parfait anonymat. Braasch affiche alors 31 ans au compteur et fume toujours un paquet de cigarettes par jour (ce qui peut expliquer pourquoi il n’a gagné qu’un match au meilleur des cinq sets dans sa vie !). Déjà éliminé en simple et double dans ce tournoi du Grand Chelem, il traîne devant le bureau de l’ATP quand les deux sœurs Williams demandent si un garçon du Top 200 est disponible pour qu’elles puissent prouver ce qu’elles crient sur les toits depuis un moment. Braasch relève le défi. Après tout, il pointe bien au 203e rang mondial. Programmé le premier dimanche de l’Open d’Australie, le match est repoussé à cause de la pluie. Le lundi, Serena (qui s’est inclinée contre son aînée au 2e tour) s’avance la première sur le court 17 de Melbourne Park. Son adversaire a préparé la rencontre à sa manière : « J’ai descendu des cocktails et j’ai fait un parcours de golf ». Sûr de lui, Braasch se met un handicap supplémentaire : il ne s’autorise qu’une balle de service. Malgré cela, l’Allemand donne une leçon de tennis à la demoiselle de 16 ans. Victoire en un set très sec 6-1. Habituée aux frappes en cadence, Serena ne comprend rien au tennis anachronique de son adversaire. Comme frapper ses balles chopées ? Comme le déborder ? Impossible de trouver la solution. « C’était très dur, je ne pensais pas que cela allait être aussi dur, soupire-t-elle après le match. Je frappais des coups qui auraient été gagnants sur le circuit WTA, mais lui les rattrapait facilement ». Tellement facilement que Braasch grille une clope à un changement de côté.  

« J’ai joué comme un mec classé 600e »

Venus débarque alors pour venger sa cadette. A l’époque, l’ainée de la famille appartient déjà au Top 20 mondial et parait mieux disposée à résister. Le résultat sera presque identique. Défaite 6-2. Selon les témoins de ces deux rencontres, Braasch a presque semblé retenir ses coups. L’intéressé confirme, un rien chambreur : « Je ne pense pas qu’elle puisse battre un joueur dans les 500 premiers, parce qu’aujourd’hui j’ai joué comme un mec classé 600e ».  Malgré tout, le bourreau reconnaît des qualités à ses deux malheureuses adversaires. « Les deux jouaient déjà très bien et frappaient vraiment bien dans la balle, explique-t-il quelques années plus tard au Guardian. A la fin, c’est moi qui ai gagné, mais ni moi ni elles n’avons vraiment pris ce match au sérieux. On a juste bien rigolé». La défaite à peine digérée, les sœurs Williams annoncent qu’elles veulent désormais s’attaquer à un autre joueur, mais classé cette fois au-delà de la 350e place. Avec pas mal d’humour, Braasch leur demande d’attendre un peu : « J’ai expliqué à Serena et Venus que  la semaine prochaine, j’allais perdre des points ATP d’un tournoi de la saison dernière. Je ne devrais pas être loin de la 350e place. » Malgré la perche tendue, la revanche n’aura jamais lieu. Les sœurs William ont préféré dicter leur loi chez les filles et Karsten Braasch jouer au golf entre deux bouffées de cigarette.   Par Alexandre Pedro

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