Autoproclamé « cinquième Grand Chelem » au milieu des années 1980, le tournoi de Miami, popularisé sous le nom de Key Biscayne, occupe une place à part dans le listing des Masters 1000. Une place que le tournoi doit...

Autoproclamé « cinquième Grand Chelem » au milieu des années 1980, le tournoi de Miami, popularisé sous le nom de Key Biscayne, occupe une place à part dans le listing des Masters 1000. Une place que le tournoi doit à quelques histoires mémorables. En voici dix, où il sera notamment question de la tempête du siècle, des premiers coups de corne d’un taurillon énervé, d’un innocent dans le couloir de la mort ou encore d’un bûcheron autrichien victime des vices de Miami.

 

1- Un sale 1er avril

1er avril 1989. La très mauvaise blague pour Thomas Muster. L’Autrichien de 22 ans est en pleine ascension : récent demi-finaliste à l’Open d’Australie, il vient de se qualifier pour la finale de Key Biscayne, où l’attend Ivan Lendl. Mais dans la soirée suivant sa victoire sur Yannick Noah, la voiture dans laquelle il vient de prendre place est percutée par un chauffard ivre. Les trois passagers du véhicule sont amenés en urgence à l’hôpital. Tous en réchapperont, mais l’Autrichien est gravement blessé, le genou gauche broyé. Passée la photo spectaculaire le montrant occupé à frapper des coups droits attaché à un banc – cliché qu’il mettra lui-même en scène pour illustrer son esprit combatif – Muster mettra longtemps à retrouver le niveau qu’il était alors en train d’atteindre sur surfaces dures. Et se vengera en devenant le Musterminator de terre battue (40 de ses 44 titres !). [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=6uNB4tMl8P8[/youtube]  

2- En pleine tempête

Rafales de vent à plus de 100km/h, pluies diluviennes, arbres arrachés et bâches envolées dans le complexe de Crandon Park, gradins sens dessus dessous et, last but not least, la surface du Central injouable car craquelée par endroits… La « tempête du siècle » qui s’abat de Cuba au Québec en mars 1993 perturbe considérablement le tournoi sur la presqu’île de Key Biscayne. L’épreuve débute ainsi avec deux jours de retard, et sera, huit jours durant, régulièrement perturbée par les conditions climatiques difficiles. Il faudra tout l’art de Pete Sampras pour passer entre les bourrasques… et lancer son envol spectaculaire vers la première place mondiale. [youtube]https://www.youtube.com/watch?v=fDG3VXLP7Mg[/youtube]  

3- Serena « eye of the tiger » Williams

Un champion ne s’avoue jamais vaincu. Encore plus lorsqu’il s’agit de Serena Williams, et qu’elle affronte celle qui fut sans doute la plus grande rivale de sa carrière : Justine Hénin. Leur finale au sommet en 2007 est pourtant sur le point d’accoucher d’une souris quand Hénin, n°1 mondiale, mène 6/0 5-4 40-15 sur son service contre la lauréate de l’Open d’Australie. Mais un smash rageur et une accélération de coup droit ravageuse plus tard, l’Américaine est revenue à égalité. Plus entreprenante, plus agressive, le combat a changé d’âme. Sous les acclamations d’un public acquis à sa cause, Serena remporte finalement le match (0/6 7/5 6/3). Et boit du petit lait : « Définitivement, je ne suis pas une personne sensible à la peur. Quand je me sens mal, une partie de moi se dit toujours : ‘Okay, ce n’est pas fini, je peux faire mieux.’ Je pense que tous les champions ont ça. » Hénin ne dira pas le contraire, elle qui prendra une revanche éclatante en quarts de finale des trois tournois du Grand Chelem suivants. 2007, le pic de la rivalité entre les deux championnes les plus marquantes de la décennie. [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=D0BoEedeUR4[/youtube]  

4- « Ouvrez l’œil qu’il vous reste ! »

En 1988, Jimmy Connors a 35 ans. Mais n’a rien du vieux lion assoupi. En demi-finale du tournoi, stade où les matchs se jouent cette année-là au meilleur des cinq sets, il rugit même assez fort pour attirer le superviseur ATP Alan Mills au pied de la chaise d’arbitre. A 5-3 dans le deuxième set, Connors reproche à ce dernier, un certain Richard Kaufman, d’avoir accordé à son adversaire Miloslav Mecir un ace, selon lui, hors des limites du carré de service. « Ouvrez l’œil qu’il vous reste ! », gronde t-il vers l’arbitre, faisant allusion à d’autres décisions litigieuses depuis le début de la partie. L’officiel lui adresse un avertissement, puis un point de pénalité. Connors éructe, envoie balader sa chaise et fait partager tout le mal qu’il pense de l’arbitre par le biais du micro d’ambiance de la chaine ESPN. Le match finira par reprendre, dans un climat tendu. Et comme souvent dans de telles conditions, Connors y puisera sa proverbiale rage de vaincre (6/3 3/6 7/5 6/1).  

5- Terrien, t’es rien

Thomas Muster contre Sergi Bruguera. L’explication finale à Roland-Garros entre les deux maîtres de l’ocre du mitan des années 1990 ? Non, la finale du troisième plus important rendez-vous de l’année sur dur extérieur, à Key Biscayne. En 1997, les deux anciens vainqueurs du « French » prétendent étendre leurs compétences hors de leur pré carré. Mal leur en prend : à trop vouloir se diversifier, ils ne gagneront plus jamais nulle part. Pour Muster, ce dernier titre obtenu aux dépens de Bruguera sonne cependant comme une douce revanche sur le sort, après son accident de 1989. Quant à l’Espagnol, bientôt réduit au rang de vestige du passé par Gustavo Kuerten à Paris, il se consolera en se disant que sa demi-finale remportée au forceps face à Pete Sampras (5/7 7/6 6/4) lui vaut d’intégrer, avec Richard Krajicek et Michaël Stich, le petit cercle de ses contemporains à posséder un radio victoires – défaites positif face au joueur dominant des 90s (3-2).  

6- Malisse et le couloir de la mort

« J’ai payé pour ma mauvaise réputation. C'est comme si on envoyait quelqu'un dans le couloir de la mort alors qu'il n'a rien fait. » Miami 2005. Réputé pour son fort caractère, Xavier Malisse donne la preuve que, non, le temps des colériques n’est pas passé avec le changement de millénaire. En rogne après une juge de ligne qui lui a déjà compté deux fautes de pied dans son deuxième tour contre David Ferrer, le Flamand de Floride – il est basé non loin de là, à Bradenton – grommelle quelque chose de peu poétique dans sa direction. La jeune femme et l’arbitre, Cédric Mourier, entendent une insulte, quand Malisse dira pour sa défense que « c’est un quiproquo : j’ai dit quelque chose, et elle a compris d’autres mots au son similaire. » Disqualifié, Malisse perd le contrôle de ses nerfs. Il hurle au visage du superviseur de l’ATP, s’allonge sur le court les mains sur le visage, brise sa raquette, donne un coup de pied sur le grillage bordant le court… Il sera sanctionné par la perte de son prize money du tournoi. 8 000€ tout de même. Ca fait cher l’insulte (ou le quiproquo). [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Oe6uLXaAnhQ[/youtube]  

7- Kournikova, (bonne) joueuse de tennis

Anna Kournikova est loin d’avoir tenu toutes ses promesses sur un court de tennis. En simple particulièrement, son palmarès est resté vierge de tout trophée. La poupée russe originelle a pourtant quelques faits de gloire non négligeables à son actif, comme cette finale de Key Biscayne atteinte en 1998, à seulement 16 ans. Après une demi-finale à Wimbledon huit mois plus tôt, c’est alors sa première finale WTA. Son tableau de chasse a de l’allure : Monica Seles (n°4 mondiale), Conchita Martinez (n°9), Lindsay Davenport (n°2) et Arantxa Sanchez (n°8) à la suite. Seule Venus Williams parvient à l’arrêter en finale, en trois sets (2/6 6/4 6/1). Jamais plus elle ne sera si proche de remporter un titre sur le circuit, laissant ainsi, bien malgré elle, son nom à une main de poker : as de cœur et roi de carreau, soit en anglais les lettres A et K, ses initiales. Une main dite « très jolie mais qui ne gagne que très rarement. » [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=yg8gjeguIw8[/youtube]  

8- Ivanisevic tord le cou au show made in USA

« J’ai bien compris que tout le monde rêvait d’une finale Sampras contre Agassi. Les télés, les fans, les organisateurs… J’ai juste souri et, ok, bonne chance les gars. » Goran Ivanisevic avait la tête du plaisantin content de lui après avoir sorti Pete Sampras en demi-finale de Key Biscayne en 1996. Il n’avait pas prévu que, durant la nuit suivante, il allait contracter un torticolis dans son sommeil. Panique à Miami : Andre Agassi accepte que la finale soit reportée d’une heure afin que le Croate puisse se faire soigner à coup de piqûres dans les fesses. Sans succès. Sur le court, « Aceman » voit les points défiler, incapable de frapper la balle correctement. A 3-0 40-0 en faveur d’Agassi, il abandonne. Télés, fans et organisateurs sont ravis : jusqu’au bout, Ivanisevic a perturbé la mécanique du show à l’américaine.  

9- Docteur Youzhny et Mister Mikhaïl

En le voyant s’ouvrir sauvagement le crâne sur le court en 2008, on peine à imaginer que Mikhaïl Youzhny est un sportif doublé d’un intellectuel, titulaire d’un doctorat en philosophie. Quoique quand on sait que sa thèse portait sur les attitudes et comportements en tennis, il fait ici un excellent sujet d’étude… et Nicolas Almagro un excellent dindon de la farce : complètement déstabilisé par l’automutilation du Russe, l’Espagnol – qui était pourtant à deux points du match sur son service à ce moment-là – perdra finalement la partie. L’art de la guerre par Mikhaïl Youzhny. [dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x4xldc_mikhail-youzhny-perd-un-point-et-s_sport#.UTc8FDdWpFs[/dailymotion]  

10- Babyface killer

Fin d’hiver 2004. Roger Federer s’est solidement installé sur le trône mondial, enchaînant Masters de fin d’année, Open d’Australie et Indian Wells. A Miami, il s’incline pourtant au troisième tour face à un Espagnol peu connu, âgé de 17 ans.  Le score est certes sec (6/3 6/3), mais la fatigue, ainsi qu’un gros rhume, sont invoqués pour expliquer ce qui n’est après tout que la deuxième défaite de l’année du Suisse. Lui-même ne sait pas trop si c’est du lard ou du cochon : « C’est toujours difficile de jouer quelqu’un pour la première fois. Il joue de manière agressive, avec énormément de lift. Il est encore jeune. On verra où il en sera dans deux ans, mais en tout cas son début de carrière est remarquable. » Deux ans ? Même pas. A peine plus d’un an plus tard, Rafael Nadal commencera à faire de Federer son souffre-douleur favori à Roland Garros. [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=1apISwdYCrA[/youtube] Par Guillaume Willecoq