Mais bon Dieu, pourquoi les joueurs changent si souvent d’entraîneurs ?

12 févr. 2013 à 18:09:06

A l’instar des présidents de club de foot, les tennismen n’hésitent pas à changer d’entraîneur pour endiguer une spirale négative. Ce qui a pour conséquence de rendre le travail du coach de plus en plus précaire et...

A l’instar des présidents de club de foot, les tennismen n’hésitent pas à changer d’entraîneur pour endiguer une spirale négative. Ce qui a pour conséquence de rendre le travail du coach de plus en plus précaire et délicat.

  « Je n’ai pas encore d’entraînement, je n’ai pas d’entraîneur. Je joue uniquement sur la volonté. J’essaie de bien faire (…) J’ai quelques pistes. Ça prend un peu de temps car il faut tomber d’accord sur le nombre de semaines, la méthode de travail, le lieu, la structure, etc. » Si, comme il l’a déclaré la semaine dernière, Gaël Monfils est toujours à la recherche d’un entraîneur, c’est parce qu’en novembre dernier, il a décidé de stopper sa collaboration vieille de seize mois avec Patrick Chamagne. Auparavant, « la Monf’ » avait travaillé avec Thierry Champion (par deux fois), Pier Gauthier, Roger Rasheed, Olivier Delaitre ou encore Tarik Benhabilès. A chaque fois, le même épilogue : après quelques mois, une déclaration solennelle devant la presse avec remerciements et un « bonne chance pour la suite » en guise de lettre d’adieu. En vérité, le demi-finaliste de Roland Garros 2008 est tout sauf un cas isolé. Rarissimes sont les joueurs du circuit ATP à ne pas « consommer » une poignée d’entraineurs au long de leur carrière. En d’autres termes, embrasser une carrière de coach revient à apposer l’étiquette « jetable » sur sa casquette… Une situation pas toujours facile à encaisser, même si « parfois, il arrive que ce soit le coach qui choisisse de mettre un terme à l’aventure », souligne Thierry Tulasne. « Le rôle d’un entraîneur consiste à répéter en permanence la même chose à son poulain », explique Thierry Ascione, ancien joueur reconverti entraîneur. Il est donc logique qu’à un moment donné, le joueur arrive à saturation. Et quand en plus les résultats ne suivent pas, alors le discours rébarbatif ne passe plus. Voilà pourquoi il n’est pas rare de voir certains membres du circuit ATP prendre la décision de se séparer de leur mentor après une sale défaite, et de leur en faire part dès le débrief d’après match, dans la chambre d’hôtel. Pour les joueurs au delà de la centième place, aux dotations plus modestes, rentrent également en jeu les considérations économiques. « Lorsque j’étais sur le circuit, je n’avais pas d’entraîneur. J’ai décidé d’en prendre un. Après huit défaites au premier tour, j’ai dû m’en séparer : je ne pouvais plus le payer », se souvient Jérôme Potier, actuel entraîneur, entre autres, de Josselin Ouanna. Reste que la pilule ne passe pas toujours. « Une rupture, c’est le même principe que dans une relation amoureuse. Ce n’est jamais agréable. Un entraîneur passe autant de temps avec son joueur qu’avec sa femme, alors quand ça s’arrête du jour au lendemain, ce n’est pas simple… Mais il est important que ça se passe de manière saine », avance Thierry Ascione. Résultat, de plus en plus de coaches font inclure des clauses dans les contrats les liant aux joueurs pour se protéger, stipulant par exemple l’obligation d’un préavis de plusieurs mois en cas de séparation. Car là est tout le paradoxe du métier d’entraîneur : rémunéré par le joueur, il est obligé de marcher sur des œufs et est parfois confronté à des conflits d’intérêt. « Grosso-modo, vous êtes payé pour rentrer dans le lard de votre propre employeur. C’est une situation extrêmement ambiguë, délicate à gérer et qui peut vous amener au point de rupture. C’est pour ça que j’ai choisi d’être rétribué par la fédé. Elle décide des joueurs que j’entraîne », détaille Jérôme Potier. Ne pas croire pour autant qu’une rupture entre un joueur et son coach débouchera à terme sur une condamnation aux prud’hommes. Si le joueur trouve les mots adéquats, il n’y aucune raison que la relation s’envenime et que les deux hommes en viennent au conflit, à en croire Thierry Ascione : « Au cours de ma carrière, il m’est arrivé de reprendre un entraîneur dont je m’étais séparé quelques années plus tôt. Et les six que j’ai connus sont tous venus à mon mariage ».   Par Marc Hevez  

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