L’Open d’Australie est-il toujours le parent pauvre des Grands chelems ?

22 janv. 2013 à 15:35:06

L’Open d’Australie est-il toujours le parent pauvre des Grands chelems ?
« C’est mon Grand chelem préféré. » Lancé dans sa quête d’un quatrième titre austral, Novak Djokovic n’hésite pas longtemps à l’heure d’établir sa hiérarchie des tournois majeurs. Et son vote en faveur de l’Open...

« C’est mon Grand chelem préféré. » Lancé dans sa quête d’un quatrième titre austral, Novak Djokovic n’hésite pas longtemps à l’heure d’établir sa hiérarchie des tournois majeurs. Et son vote en faveur de l’Open d’Australie en dit long sur le retour en grâce de l’ancien vilain petit canard des Grands chelems. Récit d’un mauvais élève devenu tête de classe.

 

1/ De Rod Laver à Bruce Springsteen

Le changement fondamental dans la destinée de l’Open d’Australie survient au milieu des années 80. Conscients de l’archaïsme d’un tournoi disputé sur herbe, au moment des fêtes de Noël, dans le vieux stade de Kooyong, et lassés de couronner d’obscurs Mark Edmondson ou Barbara Jordan, la fédération australienne et la direction de l’épreuve reprennent leur copie et la repensent de A à Z : date, lieu, surface. En 1988, c’est la renaissance : l’Open d’Australie prend ses quartiers au mois de janvier, au cœur de Melbourne, et coupe les ponts avec l’héritage anglais en abandonnant le gazon. Et si l’option de la surface dure (Rebound ace, puis Plexicushion) condamne les espoirs de succès des locaux Rafter, Philippoussis et même Hewitt, tous plus à l’aise sur courts rapides, elle épouse à merveille la tendance qui mène au ralentissement général des surfaces durant la décennie 2000. « Je me demande encore pourquoi j’ai attendu si longtemps avant de venir jouer ici », note Andre Agassi, quadruple vainqueur de l’épreuve et débarqué pour la première fois à Melbourne en 1995. Fer de lance de cet Open d’Australie tout nouveau, tout beau, son court central, bientôt nommé « Rod Laver Arena » : un écrin de 15 000 places, surplombé d’un toit rétractable offrant réponse à la canicule de l’été austral. Cadre de la finale Australie – France de Coupe Davis par BNP Paribas en 2001, l’enceinte présente la particularité de n’être pas uniquement dédiée au tennis, et d’accueillir des concerts le reste de l’année. Springsteen ou Neil Young vont ainsi s’y produire en 2013. De quoi vite rentabiliser son coût originel…  

2/ Le « Grand chelem des joueurs »

31 millions de dollars australiens en 2013 (24,5 millions d’euros), soit 15% d’augmentation par rapport à 2012, qui était déjà une année de dotation record : c’est devenu le refrain du mois de janvier, l’Open d’Australie ne cesse de revoir à la hausse son enveloppe globale, surfant sur la bonne vague économique du pays… quitte à alimenter la compétition avec ses trois homologues – et néanmoins rivaux. Cette générosité donne en revanche toute satisfaction aux joueurs, que l’épreuve a su choyer pour assurer sa popularité. L’Australie y glane ainsi le surnom de « Grand chelem des joueurs ». Dernier « coup » en date : la grosse augmentation du prize money versé aux éliminés précoces. Elle fait suite à une revendication de ces derniers. « Les hausses les plus importantes se trouvent dans les premiers tours, les qualifications et le double, qui récompensent un grand nombre de joueurs moins bien classés pour des réalisations qui ne doivent pas être sous-estimées, explique Craig Tiley, directeur de l’épreuve. Pour atteindre un tableau principal en Grand chelem, un joueur doit être classé dans le Top 100, ce qui fait du tennis un des sports professionnels, sinon le sport, le plus compétitif au monde. Nous ne nous arrêterons pas là. Il y aura d'autres négociations et d'autres hausses au cours des quatre années à venir. » Quatre ans, c’est la durée du prochain plan de développement du tournoi, pour plus de 600 millions d’euros d’investissements. Cela comprend la couverture du troisième grand court, la Margaret Court Arena, et l’ajout de 2 000 places supplémentaires sur le Central. Enfin, les Australiens ont été les premiers à pratiquer l’ouverture sur l’Asie (le tournoi a été officiellement rebaptisé ‘Grand chelem Asie - Pacifique’) et son énorme marché potentiel. Tout sauf un hasard si c’est à Melbourne que le tennis chinois a pris son envol, du titre en double de Zheng Jie et Yan Zi en 2006, à la finale de Li Na en 2011.  

3/ « Ici, c’est comme au foot ! »

L’Open d’Australie, c’est la fête dans les gradins, loin des Parisiens frondeurs, des Londoniens stoïques et des New-Yorkais sans-gêne. D’un pays cosmopolite, l’épreuve tire une ambiance unique. « J’aime tout ici, détaille Novak Djokovic : Central, surface, conditions de jeu, et surtout l’incroyable ambiance dans les tribunes. C’est le Grand Chelem le plus coloré, avec des fans serbes, suédois, croates, grecs… Il possède une ferveur vraiment différente. » Bigarré, l’Open d’Australie l’est assurément. Les fans suédois ont donné le ton dès l’arrivée à Melbourne Park, avant que tour à tour les communautés chilienne (avec Marcelo Rios, Fernando Gonzalez), serbe (Novak Djokovic) ou grecque (Marcos Baghdatis) ne fassent contrepoint aux chants à la gloire de Pat Rafter et Lleyton Hewitt. « C’est comme un public de Coupe Davis par BNP Paribas, décrit Baghdatis, un chouchou des lieux. Il vous porte dans une ambiance fantastique, et il adore soutenir l’outsider. Si vous êtes généreux, il vous le rend. Ici, c’est comme au foot ! » Et comme au foot, c’est aussi à Melbourne que ce public en général festif et bon esprit a le plus débordé ces dernières années. Tout le monde a en tête l’image de ces fumigènes lancés durant un match de Gonzalez en 2010, ou de la bagarre survenue, en 2009, entre supporters serbes et bosniaques, en marge du match opposant Novak Djokovic à l’Américain Amer Delic, bosnien d’origine. La police avait alors expulsé 30 personnes du stade. Mais malgré ces éclats, « l’OZ » reste aussi le tournoi des vacances scolaires, de l’espace dans les allées et des concerts le soir…  

4/ Le tableau de l’honneur

Ces améliorations ont logiquement conduit à ce que tous les champions dominants de ces deux dernières décennies, hommes et femmes confondus, inscrivent leur nom au palmarès austral. Mieux, depuis que Mats Wilander a inauguré l’enceinte de Melbourne Park, seuls deux de ses lauréats n’ont pas connu les honneurs de la première place mondiale : Petr Korda (1998) et Thomas Johansson (2002). Il n’y a guère que l’US Open pour friser autant l’excellence (Del Potro en 2009, Murray en 2012), quand Wimbledon en compte trois et Roland-Garros, cinq. Aussi pour les plus jeunes, plus de distinguo de valeur entre les quatre piliers du tennis : « On s’entraîne, on joue, on rêve Grand chelem, décrit Victoria Azarenka, championne en titre. Peu importe lequel. Moi, c’est en Australie que j’ai connu mon premier succès chez les juniors. C’est ce qui en fait un endroit particulier pour moi, cher à mon cœur. » Ainsi naissent les nouvelles références.   Par Guillaume Willecoq  

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