Brad Gilbert ou les mains sales

9 mai 2012 à 15:47:11

Brad Gilbert ou les mains sales
Joueur limité, entraîneur de légende, Brad Gilbert s’est surtout fait connaître avec la publication de « Winning ugly », une version détonante de « L’art de la guerre », façon tennis. Avant d’être un entraîneur de...

Joueur limité, entraîneur de légende, Brad Gilbert s’est surtout fait connaître avec la publication de « Winning ugly », une version détonante de « L’art de la guerre », façon tennis.

Avant d’être un entraîneur de renom (Agassi, Roddick, Murray, Nishikori…), Brad Gilbert a été le contemporain de Mc Enroe, Becker, Edberg, Wilander… Un joueur qui a tiré le meilleur parti de ses maigres moyens. Trois titres, une dix-huitième place au classement ATP à son meilleur et deux quarts de finale de Grand chelem (Wimbledon 90 et Flushing 87) comme Himalaya personnel. Issu de l’université de Pepperdine, en Californie, Gilbert passe pro à la fin de 1982, à vingt-deux ans et demi. Sans coup dominant, il devient un stratège avisé, un adepte du « coup en plus » à faire jouer à l’adversaire. Brad ressemble à ces équipes de football italiennes, très conscientes de leurs limites, et qui jouent en fonction d’elles.

Parfum de jalousie

En dépit de ses carences, le Californien rafle une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Séoul en 1988 et atteint une vingtaine de finales sur le circuit ATP. Las, il est rattrapé par ses propres manques. Au fil du temps, sa stratégie s’est améliorée : slice vicieux, changement de rythme, balles cotonneuses, analyse des faiblesses de l’adversaire, déstabilisation de celui-ci par toutes sortes de moyens plus ou moins licites… Le garçon a passé sa carrière à réfléchir comment ennuyer ses adversaires. En vieillissant, il est de plus en plus insupportable quand il maugrée et vitupère sur le court. Voire pire… « Lors de la coupe du Grand chelem, en 1990 à Munich, je me rappelle d’une demi-finale contre David Wheaton où les deux hommes auraient pu se battre sans l’intervention de l’arbitre. Wheaton se plaignait que Gilbert envahisse son espace. Tout le monde savait que Gilbert était prêt à tout pour faire disjoncter le gars d’en face » raconte Georges Deniau, l’entraîneur français.
 Il a donné des armes à Agassi et à Roddick qu’ils n’avaient pas.
Avec ses méthodes peu orthodoxes, Brad Gilbert avait de bons résultats dans ses face-à-face avec la plupart des meilleurs (hormis Mc Enroe, Edberg et Lendl). « Avec ses méthodes limite voyou et la sortie de son livre ‘Winning ugly’, on a perdu de vue toute l’intelligence du joueur et surtout de l’entraîneur rappelle Emilio Sanchez, le tennisman espagnol. Il a donné des armes à Agassi et à Roddick qu’ils n’avaient pas. Il leur a appris à gagner des matchs même dans un mauvais jour, quand leur formidable talent tournait à vide. Il a fourni au génie d’Agassi la petite chose qui lui manquait, sans parler du mental. » Winning Ugly ? A la fin de sa vie, il est probable que lorsqu’on écrira sa nécrologie, son livre et son coaching seront les éléments clés de sa biographie, plus que sa carrière de joueur.

S’arracher pour gagner

Le livre date de 1974 et fait référence à la manière de jouer de Brad Gilbert, « ugly » (sale). Comme un parfum de jalousie, de frustration de joueurs meilleurs que lui. « C’est injuste plaide Georges Deniau. Gagner contre plus fort que soi, en étant à la base moins bon, est une force. Tout le monde ne peut faire service-volée comme Edberg ou Mc Enroe. Dans le sport professionnel, la victoire importe plus que tout mais on ne peut pas forcément tout avoir. Comme entraîneur, Brad a pu mettre tout son savoir-faire et son sens de la stratégie au service de talents brut comme Agassi ou Murray, et c’était magnifique… » Comme Fabrice Santoro (dans un autre style) ou José Mourinho, Gilbert analyse finement le jeu de l’adversaire et n’a de cesse de le faire déjouer. Le but ultime ? Le faire sortir de sa filière, de ses habitudes pour l’amener sur des terres inconnues, inhospitalières pour mieux le battre.   Bref, toute la vie de Brad Gilbert n’est qu’une ode au labeur, aux besogneux qui doivent s’arracher pour gagner. Tirer le maximum de ses propres moyens, à la limite de la loi, pourrait être un bon résumé de la vie d’un coach. Aujourd’hui, quand il n’entraîne pas le Japonais Nishikori, il commente du tennis pour la télé américaine où son œil exercé fait merveille. Les téléspectateurs d’ESPN ne sont jamais plaints. Par Rico Rizzitelli      

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