Comment Charlie Pasarell a construit le tournoi d'Indian Wells

16 mars 2017 à 19:05:49

Avant d'être le premier Masters 1000 de la saison, le BNP Paribas Open d'Indian Wells a connu des heures compliquées. Son ancêtre, le tournoi de la Quinta, a même failli finir aux oubliettes. Mais Charlie Pasarell a réussi le tour de force de mainten

Avant d'être le premier Masters 1000 de la saison, le BNP Paribas Open d'Indian Wells a connu des heures compliquées. Son ancêtre, le tournoi de la Quinta, a même failli finir aux oubliettes. Mais Charlie Pasarell, son directeur de 1981 à 2012 a réussi le tour de force de maintenir le tournoi en vie et d'en faire l'un des plus gros moments du calendrier tennistique. Et un monstre en terme de business.

 

Presque quinze millions de dollars de dotation, classé Masters 1000 depuis plus de vingt-cinq ans, remporté par Federer, Nadal, Djokovic, Pete Sampras, Sharapova, Serena Williams, Steffi Graf et tous les plus gros joueurs de leur époque, près d'un demi-million de spectateurs par édition... Le tournoi BNP Paribas Open d’Indian Wells est un incontournable du calendrier. Un ogre de la saison ATP et WTA qui ressemble parfois à un mini Grand Chelem, et qui ouvre le grand bal des Masters 1000 au mois de mars, avant que le tournoi de Miami ne lui emboîte le pas quelques semaines plus tard. Mais si le tournoi d'Indian Wells fait aujourd'hui figure d'évidence sur le circuit, il est passé à deux doigts de ne jamais exister et doit son existence et son essor à un homme : Charlie Pasarell. Joueur de second plan dans les années 60 et 70, Pasarell range ses raquettes en 1979 mais avait parfaitement préparé son après-carrière. Membre du conseil d'administration de l'ATP depuis le milieu des seventies, Pasarell arrive à la tête du tournoi californien de la Quinta en 1981. Il récupère un bébé malade, presque mort-né, qui n'existe que depuis 1979 mais que l'ATP envisage déjà de faire déménager en Floride. En moins d'une décennie, Charlie Pasarell réussira à le transformer en rendez-vous phare de la saison, et fera du tournoi de la Quinta le tournoi d'Indian Wells que tout le monde connait aujourd'hui.

 

Un hôtel pour jouer au tennis

 

La première édition du tournoi de la Quinta en 1979 était anecdotique. La deuxième en 1980 a été arrêtée avant la fin. L'ATP n'avait alors qu'une priorité, arrêter les frais. Le plan était de faire passer le tournoi du soleil de la Californie à celui de la Floride, mais Charlie Pasarell, tout juste nommé directeur, met son veto. Il jure pouvoir développer l’événement, et n'a aucun mal à imaginer l'avenir en grand : « Quand j'ai commencé à m'occuper de ce tournoi, j'ai senti qu'il fallait avoir une vision pour les vingt prochaines années, expliquait-il en interview en 2014. Donc j'ai commencé à lancer des projets pour rendre le tournoi plus compétitif, et en faire un grand événement. » Premier chantier, la construction d'un stade digne de ce nom, et Pasarell fait construire un hôtel de 350 chambres et un stade de tennis prêt à accueillir quelques milliers de personnes juste à côté de La Quinta, dans la ville voisine d'Indian Wells. En attendant la fin des travaux, il arrive à faire venir les gros noms à la Quinta. Jimmy Connors soulève deux fois le trophée, Yannick Noah bat Ivan Lendl en 1982 lors d'une finale homérique, et quelques années plus tard, en 1987, le nouveau stade est enfin prêt et tout le monde peut poser ses valises à Indian Wells. Toujours à la baguette, Charlie Pasarell sait qu'il a déjà réussi son pari : « Le prix pour le vainqueur a vite doublé et est monté à 700 000 dollars, et nous avons trouvé de sponsors pour payer. » Et rapidement, même l'hôtel/stade sorti de terre dans les années 80 devient trop petit.

 

« J’ai d’abord cherché à Las Vegas »

 

Surtout que le tournoi féminin est arrivé en 1989, et Pasarell se met vite à la recherche d'un nouveau lieu plus adapté : « Vers 1994, nous nous sommes aperçus que nous n'avions pas assez de place, pas assez de parkings, pas assez de courts. J'ai d'abord cherché un endroit à Las Vegas, mais heureusement, nous avons trouvé quelque chose à Indian Wells. » Problème, les prix de l'immobilier sont complètement dingues. Mais Pasarell passe un deal avec le groupe IMG, le géant de l'événementiel sportif, et trouve les fonds pour bâtir le Indian Wells Tennis Garden, complexe gigantesque qui ouvre ses portes en 2000 et accueille encore le tournoi de nos jours. Le coût total des travaux est de 77 millions de dollars, le court principal est doté de gradins de 16 000 places, le complexe couvre presque 100 hectares. Toujours en 2014, Pasarell revenait sur sa folie des grandeurs avec la certitude d'avoir bien fait : « Nous ne voulions pas seulement être le meilleur tournoi de la région, mais le meilleur de tous. Nous sommes devenus le plus gros événement de toute la région en termes d'impact économique, et nous allons approcher des 350 ou 400 millions de dollars de revenus par édition. Tout ça à partir d'un petit tournoi de trente-deux joueurs qui se déroulait à La Quinta ! » Après de nouveaux agrandissements du site, Pasarell passe la main et vend le tournoi au milliardaire américain Larry Ellison en 2012. « La meilleure décision que nous avons jamais prise niveau du bizness », se réjouit l'ancien joueur. Indian Wells peut définitivement remercier son chef indien.

 

Par Alexandre Doskov

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