David Ferrer et ses cent-soixante-quinze centimètres ne cessent de démontrer depuis près de dix ans qu'on peut avoir un gabarit modeste et appartenir à l'élite mondiale. A l'heure des Isner, Raonic et autres Del...

David Ferrer et ses cent-soixante-quinze centimètres ne cessent de démontrer depuis près de dix ans qu'on peut avoir un gabarit modeste et appartenir à l'élite mondiale. A l'heure des Isner, Raonic et autres Del Potro qui affleurent ou dépassent les deux mètres, aura-t-il des héritiers ?

  Les statistiques sont parfois trompeuses. Vingt-deux joueurs du Top 100 de l'ATP de cette semaine du 8 octobre mesurent 180 centimètres ou moins. La palme appartient à l'Italien Flavio Cipolla et au vétéran yankee Michael Russell avec 1,73m. Un trompe l'œil donc, puisque huit joueurs seulement prennent place dans les cinquante premiers. Dont quatre font tout pile 1,80m. Une sorte de minimum syndical pour appartenir au gotha mondial, la taille d'André Agassi jadis. En comparaison, dix tennismen dépassent les 195 centimètres dans les cent et ils sont sept à appartenir au Top 50. Au royaume des curiosités, Ferrer (1,75m) et Tipsarevic (1,80m) campent depuis un moment dans les dix meilleurs mondiaux sans arborer une taille de basketteur. Ils le doivent à des qualités tennistiques de haut niveau, à une couverture de terrain exceptionnelle et à un mental d'assassin. Pour autant, sont-ils une race en voie d'extinction ?   Dans les années 70, Eddie Dibbs (1,70m) et Harold Solomon (1,68m) brillaient des deux côtés de l'Atlantique (demi et finaliste à Roland-Garros, Ndlr). Connors ne mesurait qu'un mètre soixante-dix-sept, Borg et MC Enroe trois centimètres de plus alors que sévissaient déjà de forts beaux bébés - Stan Smith, Ashe, Curren, Lendl - qui oscillaient entre les 185 et les 193 centimètres. « Les temps ont changé, les façons de s'alimenter aussi, analyse le docteur Bernheim, spécialiste en médecine morphologique à Paris. Autrefois, la catégorie reine de la boxe, avec les lourds, c'était les poids moyens (72,5 kg, Ndlr) alors que désormais ce sont plutôt les super mi-moyens (78 kg, Ndlr). Cela ressemble plus à l'évolution des gabarits dans les sociétés occidentales. En France, la taille moyenne a gagné chez les hommes six centimètres en vingt ans (de 1,70 à 1,76 m, Ndlr). Cette évolution existe bien entendu dans le sport. Le tennis est un sport où le service compte énormément et où plus on est grand, plus on sert fort puisque la balle tombe de plus haut. Il est donc logique de trouver des gens de grande taille parmi les meilleurs mondiaux. »  

« Ce qui handicape les morphologies les plus modestes, c'est le lift monstrueux »

  Historiquement, les serveurs mastocs - des Australiens des 1960s à Krajicek en passant par Tanner ou Curren - ont toujours existé. En général, ils cohabitaient avec des gabarits plus modestes au plus haut niveau. A bien y regarder, depuis le début des années 80, la taille idéale semble se situer entre 1,85m et 1,90 : Lendl, Becker, Edberg, Courier, Sampras, Kuerten, Federer, Nadal, Djokovic... Il y a bien sûr des exceptions. Agassi ou Hewitt (1,80m) ont dominé à un moment donné le monde. Sans parler de Rios (1,75m, numéro un mondial), Chang (1,73m, trois finales de Grand Chelem dont une victorieuse) ou Gaudio (1,75m , Paris 2004). A l'autre bout du sceptre, Del Potro (1,98, un US Open) et Marat Safin (1,93m, deux tournois du Grand Chelem). « Au basket, des joueurs comme Dirk Nowitski (2,11m et 113 kg, Ndlr) ont démontré qu'on pouvait être très grands et en même temps relativement véloce et faire preuve d'une coordination extraordinaire », poursuit le Dr Bernheim. Cilic, Isner, Del Potro voir Raonic en ont fait la preuve récemment, y compris sur terre battue...   Le nivellement des surfaces marche dans les deux sens. Les « petits » arrivent à briller sur surface rapide et les grands ne souffrent plus trop sur terre. Les Quatre fantastiques - Federer et Nadal (1,85), Djoko (1,88) et Murray (1,90) - disposent de la taille idéale et bien évidemment du talent nécessaire. Pas vraiment encourageant pour un futur proche mais pas non plus rédhibitoire. C’est en tout cas l’avis de l’ancien tennisman Christophe Roger-Vasselin. « La jauge n'est plus la même qu'avant où les joueurs étaient globalement plus petits. Ce qui handicape les morphologies les plus modestes, c'est le lift monstrueux, par exemple, d'un Nadal sur terre qu'il faut jouer à hauteur d'épaules ; c'est un manque de puissance dans l'échange et au service. Pour le reste, il y aura toujours des joueurs avec une taille inférieure à la moyenne, même si celle-ci ne cesse de grimper. Parmi eux, de temps à autre, il y aura des phénomènes comme Agassi, Rios, Hewitt hier ou Ferrer aujourd'hui qui émergeront, plaide le demi-finaliste à Roland-Garros en 1983. Ils compenseront avec d'autres armes : le coup d'œil, une prise de balle précoce, le toucher, une couverture de terrain et une condition physique supérieure à la moyenne. Contre eux, croyez-moi, ce ne sera jamais facile. » CQFD.   Par Rico Rizzitelli