Vic Seixas, travailler plus pour gagner plus

21 avr. 2016 à 11:33:40

Cette semaine se dispute sur terre battue l’ATP 500 de Barcelone. Un tournoi qui a connu d’illustres vainqueurs, comme Nadal, Nastase, Borg ou encore Vic Seixas, lauréat de la première édition du tournoi, en 1953. Une légende du tennis américain

Cette semaine se dispute sur terre battue l’ATP 500 de Barcelone. Un tournoi qui a connu d’illustres vainqueurs, comme Rafael Nadal, Ilie Nastase, Björn Borg ou encore Vic Seixas, lauréat de la première édition du tournoi, en 1953. Une légende du tennis américain d’après-guerre qui a concouru à l’époque où les joueurs étaient encore amateurs et ne vivaient pas tellement de leur passion. Raison pour laquelle il est encore obligé de servir des cafés dans un bar californien pour arrondir les fins de mois. À 92 ans.  

 

Ce sont plus d’une cinquantaine de trophées qui remplissent l’armoire chinoise posée au milieu de son salon. L’un de ses rares signes extérieurs de richesse. À 92 ans, Vic Seixas vit seul dans un petit studio à Mill Valley, une municipalité californienne située à quelques kilomètres au nord de San Francisco. Sur les étagères, le trophée le plus ancien, son premier, est celui d’un tournoi junior remporté en 1937 ; il côtoie les reliques de ses victoires à Wimbledon et l’US Open, en 1953 et 1954. Mais il manque quelques pièces à sa collection. À la fin des seventies, Vic Seixas a vendu une bonne partie de ses coupes et médailles quand le cours de l’argent ne cessait de grimper. Pour se faire un peu d’argent de poche ? Pour vivre, tout simplement. Diplômé de l'université de Caroline du Nord, il est en effet l’un des rares amateurs des fifties à ne pas être passé professionnel. Curieusement, c'est à 50 ans passés qu'il franchit le pas en participant au Grand Masters Circuit, tournée professionnelle réservée aux plus de 35 ans et organisée à partir de 1975. Son gain le plus élevé ? 2000 dollars. Une misère. « J’ai joué au tennis à une époque où les trophées, et non les chèques, étaient les seules récompenses pour une victoire, explique-il en 1999 au Los Angeles Times. Il paraît qu’il existait alors des des dessous-de-table pour certains joueurs dans le besoin, mais je n’en jamais vus. »

 

30 dollars de pourboires

Quelques années plus tôt, en 1958 et en parallèle du tennis, Seixas essaie de joindre les deux bouts comme courtier en immobilier, du côté de Philadelphie. Une affaire qui durera finalement 17 ans. Il devient ensuite professeur de tennis à la Nouvelle-Orléans jusqu’à ce qu’un ami d’enfance lui propose, il y a plus de 10 ans, un poste de barman à temps partiel à l’Harbor Point Racquet and Beach Club, un centre sportif, de nutrition et de bien-être de Mill Valley. Seixas a alors presque 80 ans. Aujourd’hui, à 92 piges, l’hyperactif fait encore couler quelques expressos bien serrés. « Quand les gens me demandent pourquoi, à mon âge, je leur sers encore le café, je leur réponds : ‘Parce que je peux en boire gratuitement’, rigole-t-il. En réalité, en une matinée, vous pouvez vous faire jusqu’à 30 dollars de pourboires. C’est de l’argent facile et ça ne me prend pas tout mon temps. » Ce temps passé derrière le bar lui permet aussi de jouer au vieux combattant, et de conter aux clients ses principaux faits d’arme. C’est peu dire qu’ils sont nombreux : Seixas détient encore aujourd’hui le record de participations à l’US Open (28 entre 1940 et 1968) ; il compte 15 titres majeurs en simple, double et mixte, ainsi qu’une Coupe Davis par BNP Paribas. À 42 ans, il remporte également l’un des matchs les plus longs de l’Histoire. C’était en 1966, à Philadelphie, face Bill Bowrey, un Australien de 20 ans son cadet. Le score : 32-34, 6-4, 10-8. Soit 94 jeux disputés au total. Energique et viril, l’Américain compense un jeu finalement très classique par un lob lifté d’une efficacité redoutable et une condition physique à toute épreuve. Qui ne l’a jamais vraiment quittée. « Je n’ai pas pris un gramme depuis la fin de ma carrière, se gargarise-t-il. Quand j’ai commencé à être barman, je me levais et faisais des séries d’abdominaux et de pompes. A 73 ans, je faisais 73 pompes et 73 abdos tous les matins. Maintenant, je peux en faire à peine 15 et je n’ai plus vraiment envie de me réveiller quotidiennement à 4h30… »

 

« Comme une sensation de vertige »

Seuls stigmates du temps qui passe, ses genoux, qui n’ont plus de cartilages. La douleur est parfois incommodante. « Il m’en faudrait deux nouveaux, mais pour cela il faut de l’argent ». Surtout quand on sait que le gros de ses économies s’évapore tous les mois dans trois pensions alimentaires. Celles de sa première femme, sa seconde, et de sa fille de 19 ans, étudiante à l’université. Alors quand les fins de mois approchent, Seixas sort sa calculette. Refait les comptes. « Il y a quelques années, j’ai calculé la somme que j’aurais gagnée si les prize money étaient ceux d’aujourd’hui… Je me suis arrêté à 5 millions de dollars, ça me donnait comme une sensation de vertige. » Au total, en faisant un peu d’anachronisme, il aurait ainsi pu récolter près de 15 millions de dollars de gains en tournoi s’il était né quelques années plus tard. Peu importe. « Je ne suis pas riche, mais j’ai toujours quelque chose à manger, même si je dois encore travailler », résume-t-il, un brin philosophe, toujours dans les colonnes du Los Angeles Times. Pour terminer ses vieux jours, Seixas peut compter sur l’apport que lui a rapporté la vente de ses trophées. Et quand il s’ennuie, il peut toujours lorgner sur ceux qui lui restent et trônent fièrement dans son armoire Shanxi, en s’interrogeant sur les mystères de la vie. « C’est fou comment plus les victoires sont importantes, plus les trophées sont petits. » Et ça n’a rien d’un proverbe chinois…

 

Par Victor Le Grand

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