Dans la tête de Roger Federer

18 sept. 2012 à 13:51:54

Roger Federer n’a pas toujours été le gendre idéal. À l’époque où Roger était encore un rocker, il avait les cheveux longs et cassait les raquettes. Mais un jour, il en a eu marre et est devenu le meilleur. Tout...

Roger Federer n’a pas toujours été le gendre idéal. À l’époque où Roger était encore un rocker, il avait les cheveux longs et cassait les raquettes. Mais un jour, il en a eu marre et est devenu le meilleur. Tout simplement.

Le 14 mai 2001, la légende commence par une défaite. Ce jour-là, Roger Federer (18ème ATP) et Franco Squillari (19ème ATP) s’affrontent au premier tour du tournoi de Hambourg sur un court annexe. Ce jour-là, il ne se passe rien ou pas grand chose. Un gamin mal élevé balance une raquette de rage et perd un match de premier tour. C’est tout. Mais ce gamin, c’est Roger Federer et quand le meilleur joueur de tennis du monde raconte lui-même cette histoire, il y a comme un début d’épopée : « Jusqu’à 21 ans, j’ai eu énormément de mal à apprendre à contrôler mon tempérament ». Tout change en 2001 : « Je me souviens très bien, c’était à Hambourg contre Squillari. (…) Balle de match contre moi, je joue un bon point, je monte au filet et il frappe un passing croisé en revers. Je rate la volée et la balle passe juste entre ma raquette et le court. Je me dis alors : ‘Bon sang mais qu’est-ce que je suis en train de faire !’ J’explose ma raquette. Je jure alors dans ma tête : ‘A partir de maintenant, je ne dirai plus un mot’ ». Les deux joueurs se serrent la main. Le match terminé, Roger regagne son banc et achève sa raquette.

Le dire c’est bien, le faire c’est mieux

Le petit Federer était un sale gosse. Dans Roger Federer, the greatest, Chris Bowers raconte un Roger irascible, insolent et très instable. Comme possédé par les démons du tennis. Roger s’explique : « Ma pire époque a peut-être été vers les 10, 12, 15 ans. C’était horrible, même parfois risible : je lançais tout le temps ma raquette, je faisais des réflexions sur tous les points parce que je n’acceptais pas de perdre. J’avais beaucoup de talent alors je me disais : ‘Ce n’est pas possible que je joue mal’ ». Avant de devenir l’homme le plus classe du monde en short et chemisette, Roger est moche et insupportable. Contre Squillari, il touche le fond : « Ce qui m’a rendu fou, ce n’est pas juste de perdre le match mais c’est mon attitude. J’ai senti qu’il fallait absolument que je change. Je me souviens avoir pensé : `Je n’ai jamais cassé de raquette après un match, seulement pendant les matchs. C’est fini. Je ne m’énerverai plus jamais. Je suis allé trop loin’ ». Sept semaines plus tard, il atteint les quarts de finale à Roland Garros. En juin, il signe son arrivée en grande section et élimine Pete Sampras en huitièmes à Wimbledon. Pas une seule raquette lancée, pas même une petite insulte à son adversaire. Roger a grandi. « Je me suis rendu compte que cette technique marchait. Alors j’ai continué ». Federer est né.

Roger Vs Federer

Squillari, lui, n’a jamais lancé de raquette. Il n’a jamais gagné Wimbledon non plus. D’ailleurs, si le talent suffisait à la victoire, Nadal jouerait au foot et Richard Gasquet serait sur une série de 31 victoires consécutives à Roland Garros. Le tennis est un sport qui se joue à trois : vous, votre adversaire et votre surmoi. Gérer le stress est aussi important que la justesse des coups. Plus il y a de talent et plus il y a de pression. Squillari en a vu passer des comètes : « Même à l’entrainement, quand les joueurs talentueux voient que les choses ne vont pas, ils peuvent partir d’un seul coup et sans prévenir. Ils aiment trop gagner et désespèrent. André Agassi, par exemple, était un peu comme ça. Sur le court, il avait l’air tranquille. En fait, il accumulait tout. Lui aussi il lui arrivait fréquemment d’abandonner et de quitter les entrainements, furieux ». L’Argentin se souvient du Roger d’avant : « Il explosait d’un seul coup et voulait tout casser. Il suffisait de mener un peu au score, son dos se courbait et il se mettait à jeter sa raquette ou à laisser filer le match ». Résultat : 2 matchs, 2 victoires pour Squillari. Malin comme un argentin.

Le talent, le meilleur ennemi

Le bruit courait sur le circuit à l’époque qu’il suffisait d’agacer un peu Roger pour qu’il laisse filer un match. Car être talentueux est une croix qu’il faut savoir porter, explique Makis Chamalidis, psychologue du sport. « On ne naît pas champion, on le devient. Il faut d’abord être un champion dans sa tête et savoir affronter ses démons à base d’exercices quotidiens et d’actes symboliques. Pour Federer, par exemple, ranger sa chambre était une façon de reprendre le contrôle sur lui-même ». Chez le sportif de haut-niveau, les routines ne sont pas des superstitions, elles sont des bouées de sauvetage. Le tennis est un sport inhumain car il exige un contrôle absolu et individuel de son corps et de ses émotions. En ce sens, le talent est le meilleur ennemi du jeune sportif. « Quand on vous répète à longueur de journée que vous êtes le meilleur, reprend le psy, le talent peut devenir un obstacle ». Richard Gasquet likes this.

Vouloir c’est pouvoir

En somme, pour devenir numéro un mondial, il suffirait de le vouloir très fort et de n’écouter personne. Sauf qu’il faut le vouloir tout le temps. Pour Chamalidis, être sportif c’est un peu comme être curé : « Il faut aussi avoir une volonté à toute épreuve, une vision à long terme, un peu comme les grands managers ». Seppli Kacovski en a vu passer des colériques dans son tennis club. Coach du génie entre 8 et 15 ans, il avait déjà remarqué quelque chose à l’époque : « Il n’en avait jamais assez. Quand nous terminions les longues séances d’entrainement, il s’installait face au mur ou cherchait un partenaire pour continuer à taper des balles. Il disait toujours : ‘Un jour, je serai le numéro un mondial´. Personne ne l’a jamais cru (…). Ce n’est pas le seul gamin de 14 ans à dire cela. Mais il a travaillé pour y arriver ». Le principal actif de Federer, c’est Roger. Le tennis n’est qu’un prétexte : « J’ai choisi le tennis parce que tout dépend de moi. Je ne peux pas mettre la défaite sur le dos d’un gardien de but ou quelconque autre chose. Je suis content d’avoir choisi le tennis. Au fond, ce n’était pas une décision difficile ». Quand on veut, on peut. Par Thibaud Leplat

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