Créé en 1970, le Masters, joué en indoor à l'exception des éditions 1974, 2003 et 2004, a connu trois surfaces dans son histoire : moquette, gazon - une fois, en 1974 - et dur. La terre battue, jamais.

Pour le taureau, l'arène est presque toujours un tombeau. Le noble animal termine rarement la corrida avec ses oreilles et sa queue. À moins de croiser un Mike Tyson un peu soupe au lait, Rafael Nadal devrait, lui, conserver tous ses attributs. Néanmoins, chaque fois qu'il met les sabots dans l'O2 Arena de Londres, le "Taureau de Manacor" finit par tomber. Depuis 2005, l'Espagnol se qualifie chaque année pour le Masters. Sans jamais triompher. Que ce soit à Shanghaï - de 2005 à 2008 - ou en capitale britannique.

La surface est l'une des explications à sa "malédiction". Parmi ses 84 titres ; un seul sur dur indoor. À Madrid, jadis, en 2005. "On se qualifie pour les ATP Finals en jouant sur gazon, dur, terre et en indoor, explique 'Rafa' au Daily Mail en novembre 2015. Jouer systématiquement le Masters sur dur indoor, je ne suis donc pas sûr que ce soit 100 % juste. J'ai toujours joué (le Masters) sur la pire surface (dur indoor) pour moi. Jouer en salle à l'O2 Arena, très bien, c'est un endroit fantastique. Mais rien n'empêche d'y mettre de la terre battue."

Dans notre réalité, nul ne s'est vraiment soucié des suggestions de Nadal. Alors, muni du fameux générateur de vortex de Sliders : les mondes parallèles, j'ai pu explorer un univers alternatif. Un univers où les paroles du Majorquin ont fait vibrer le tympan d'une oreille attentive.

Les puissants ne sont pas de froides machines prenant leurs décisions sans la moindre émotion. Un petit cœur bat sous l'acier. Président de l'ATP en quête permanente d'égalité, le Chris Kermode de cet autre monde, touché par les "complaintes nadaliennes", se laisse emporter par ses élans de justicier sans cape. Quitte à passer pour un "Rafan", il favorise la mise en place de l'alternance des surfaces : une année sur dur, l'autre sur terre et la suivante sur gazon.

Fin 2017, l'O2 Arena se pare d'ocre. Pour la première fois de l'histoire, le "Tournoi des maîtres" se joue sur terre battue. De fait, a fortiori en l'absence de Djokovic et Wawrinka, Nadal est favori. Malgré une blessure au genou. Celle qui, dans notre réalité, le pousse à quitter la compétition après une défaite 7/6 6/7 6/4 contre David Goffin - futur finaliste - pour son entrée en lice. Mais sur brique pilée, sa marge est telle qu'il parvient à s'en sortir sans être à 100 %.

Au fil des jours, la douleur diminue. Lors de son deuxième match, il écarte Grigor Dimitrov. Qualifié pour les demi-finales, il joue le troisième, contre Dominic Thiem, sans forcer. Histoire de récupérer encore un peu plus. Logiquement battu, il laisse la première place du groupe à l'Autrichien. Dans l'autre poule, à l'instar de notre monde, Roger Federer domine les débats. L'inattendu Jack Sock prenant le deuxième billet qualificatif devant Alexander Zverev et Marin Cilic. Les demi-finales opposent donc Thiem à Sock et Nadal à Federer.

Sans surprise, l'enfant de Manacor égruge le Suisse en lui pilonnant inlassablement le revers avec son "surlift". Victoire tranquille, 6/3 6/1. "J'en tire un enseignement définitif : le revers à une main est anachronique, s'emporte une nouvelle fois le toujours bronzé Nick Bollettieri après la rencontre. Si Roger veut battre Rafa sur terre, il n'a plus d'autre choix que d'apprendre le revers à deux mains." Encore plus courte, la seconde demie offre toutefois un moment inoubliable aux spectateurs ; l'abandon le plus bidonnant de l'histoire.

Comme face à Federer en poule, Sock, après une volée flottante, courte, se retourne pour présenter son postérieur à Thiem. Contrairement au Bâlois, "M. Mladenovic", à bout portant, ne fait pas l'erreur d'essayer d'éviter la cible. Habituellement très fair-play, cette fois, il n'a pas le choix. S'il veut gagner le point, il doit faire rougir ce "joufflu". Seul hic, après avoir rebondi sur "l'imposante distraction", la balle lui revient droit dans l'œil. À 2/2 dans la première manche, l'Autrichien doit jeter l'éponge. "Jacques Chaussette" est en finale.

Bien qu'en confiance dans la foulée de son sacre à Bercy, la marche semble beaucoup trop haute pour l'Américain. Étouffé par l'Espagnol, il perd l'acte initial 6/1. Là, voulant soulager un besoin naturel, Nadal se dirige vers les vestiaires. S'étant précipité pour passer le filet qu'il tire derrière lui, un jeune ramasseur n'aperçoit pas le champion et lui coupe la route. Pour éviter l'adolescent et sa "traîne", Nadal est contraint au sacrilège : poser le pied sur une ligne en dehors d'un échange.

L'équilibre de son monde s'écroule. Le gaucher perd tous ses repères. Complètement déboussolé, il tente même de jouer de la main droite. Jack Sock, qui dans notre réalité n'est plus qu'un "vulgaire" non classé sans le moindre point ATP, déroule. 1/6 6/0 6/0. Nadal reste maudit au Masters. Cette terre battue qui devait lui offrir le seul Majeur manquant à son palmarès lui coûte la couronne : sur une autre surface, pas de filet à passer. Une fois encore, le taureau a quitté l'arène abattu.