Ce jour où Pete Sampras a vomi sur le court

14 août 2012 à 15:23:06

Septembre 1996, quart de finale de l'US Open. Pete Sampras, dans une mauvaise passe, rencontre Alex Corretja, alors tout jeune joueur de 22 ans. Dans la cinquième manche, le numéro 1 mondial titube, chancelle jusqu'à...

Septembre 1996, quart de finale de l'US Open. Pete Sampras, dans une mauvaise passe, rencontre Alex Corretja, alors tout jeune joueur de 22 ans. Dans la cinquième manche, le numéro 1 mondial titube, chancelle jusqu'à vomir sur le court. Il a alors besoin de sa raquette pour tenir debout. Et terminer un match qui rentrera dans la légende de ce jeu. Récit.

  Ce jeudi 7 septembre, Flushing Meadows ne vit pas un jour comme un autre. En début de soirée, Tony Pickard est sans voix : « Je ne trouve pas de mots pour exprimer ce que je ressens ». Son protégé Stefan Edberg, battu par Goran Ivanisevic en quart de finale, vient de jouer la dernière partie de sa carrière en Grand Chelem. Pendant ce temps-là, Pete Sampras entre sur le court pour affronter Alex Corretja. Vierge de tout succès en Grand Chelem, cette saison est la plus difficile de sa carrière. Deux mois plus tôt, il perd son ancien coach, son meilleur ami aussi, Tim Gullikson, décédé d'un cancer. « Pete Sampras est physiquement et mentalement fatigué depuis dix-huit mois...», explique Paul Annaconeson entraineur de l'époque. Pour ce match, Corretja, 31ème joueur mondial, a un plan: amener l’Américain vers des points longs pour l'user. L'amener vers un jeu de terre battue. Ce tennis qu'il déteste tant. Dès le deuxième set, exténué, Sampras essaie lui d'abréger les points dès qu'il peut. Mais l’Espagnol donne le tempo : les échanges sont intenses et disputés. Tout comme la rencontre, qui dure. Au début du 5ème set, Pete Sampras est physiquement au plus mal et seule sa première balle le laisse dans le match. A l'agonie, il ne tient plus debout. Sa raquette lui sert de canne, de reposoir et Pistol Pete trimballe alors une tête de cadavre. Sampras est ailleurs. Il ne le sait pas encore mais il est en train d'écrire sa légende.  
« Merde, je vais vomir. Je vais dégueuler, devant le monde entier! »
  Mené 2-1 dans le tie-break de l'ultime manche, Sampras, victime de déshydratation, marche alors dans le vide, se plie et vomit sur le court le peu d’eau qu’il lui reste dans le corps. Il avouera après : « Je me souviens d'avoir joué un point disputé et d'avoir eu soudain cette pensée: "Merde, je vais vomir. Je vais dégueuler, devant le monde entier!" ». Chaque point est une souffrance. Chaque changement de côté est un effort en soi. A chaque pause, il baisse la tête, épuisé. Son allure habituellement fatiguée, nonchalante, ici démultipliée, prend alors tout son sens. Sampras n'a jamais été aussi théâtral. Il joue dans un état second et lâche tous ses coups. Il n'a plus la force de faire autre chose. Des « We love you Pete » quittent les travées. Les 23 000 personnes réunies dans le Louis Armstrong Stadium ont conscience de voir l'histoire sous leurs yeux. Celle avec un grand H. A 6-5, il obtient une première balle de match mais l’envoie dans le haut du filet. A 6-7, c'est Alex Corretja qui a l'opportunité de l'emporter. Sampras sert et monte au filet, Corretja croise alors un passing plongeant parfait. Sampras s'allonge et dépose une volée venue de nulle part.   Une sortie sous intraveineuse   Quelques minutes plus tard, pour la deuxième balle de match de l'Américain, le Catalan sort une double faute, et tombe au sol. Il vient de perdre le tie-break 9-7. Pete Sampras tout juste vainqueur sort vite du court, accompagné par des médecins. Il est mis sous intraveineuse pour se réhydrater. Alex Corretja reste lui sur sa chaise, seul, la tête dans une serviette, alors que le stade est encore sous le choc. «Je ne pensais à rien. Je ne pouvais pas bouger. La foule aurait pu quitter le stade... C'était le plus grand match de ma carrière. Le plus beau, et le pire », raconte-t-il. La copine de l'époque de Sampras, DeLaina Mulcahy, avouera : « Il est tombé dans mes bras après le match. On a pleuré tous les deux. Il m'a dit: "Celui-là est pour Tim". » Paul Annacone d’ajouter : « Le public a vu aujourd’hui sur le court plus d’émotion que beaucoup n’en verront dans toute une vie ». Non, ce jeudi 7 septembre, Flushing Meadows n'a décidément pas vécu une journée comme une autre.   Par Antoine Mestres

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